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vendredi 24 février 2017
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Selon le président du parti libéral genevois, les pauvres et les chômeurs sont coupables de l’être

par Frank BRUNNER


Olivier Jornot

A Genève, l’année 2003 s’achève sur une polémique politicienne dont l’intérêt réside non pas dans ce qui est dit, mais dans ce qui n’est pas dit.

En substance, Olivier Jornot, le président du parti libéral genevois, fustige « un Conseil d’Etat [l’exécutif du canton] où la majorité est plus souvent qu’à son tour composée des trois magistrats de gauche renforcés par les deux élus PDC. Le résultat n’est guère enthousiasmant : dépenses publiques non maîtrisées et budgets sociaux en pleine explosion, Hospice Général [le service social du canton] en capilotade et politique de l’emploi fondée sur l’aide aux chômeurs plutôt que sur l’encouragement à l’emploi. Bref, une majorité en décalage par rapport à celle du Grand Conseil [le parlement cantonal], en complète contradiction avec la volonté populaire. »


Ce qui est intéressant, dans le texte d’Olivier Jornot, c’est de constater à quel point son auteur est « à côté de la plaque » et imbu de préjugés. Si on suit bien son raisonnement, l’explosion des dépenses sociales résulterait de la générosité du gouvernement cantonal à l’égard des pauvres. Et il suffirait de supprimer toute aide aux chômeurs pour que ceux-ci obtiennent aussitôt l’un des emplois qu’on supprime, ou se fassent embaucher dans quelque entreprise en faillite… En d’autres termes, le président du parti libéral genevois refuse d’assumer les conséquences socio-économiques de la politique de fuite en avant dans la compétitivité internationale que lui-même et son parti préconisent. Les victimes sont coupables de l’être et il convient de les « responsabiliser ». Refrain connu.

En réalité, l’octroi de l’aide sociale repose sur des conditions restrictives qui ne se sont nullement assouplies. Quant au montant de l’aide sociale -le « minimum vital »-, voilà une éternité qu’il n’a même pas été adapté au renchérissement du coût de la vie. Ce montant correspond à un barème qui ne tient d’ailleurs aucun compte de la réalité. Il prévoit un « forfait » pour diverses dépenses obligatoires dont le montant réel est souvent très supérieur. Toutes les dépenses qui ne sont pas prévues par le barème doivent être prélevée sur le budget théoriquement destiné à la nourriture. C’est-à-dire que les pauvres sont de plus en plus pauvres. L’explosion des dépenses sociales ne fait que traduire l’extension de la paupérisation de la population.

Voici quelques années à peine, Claude Torracinta, l’actuel président du conseil d’administration de l’Hospice Général, s’est fait entarter, en direct, pendant une émission de télévision. A l’origine de cet entartage, il y avait la décision qu’il a prise à l’encontre d’un jeune couple de pauvres. Du haut de son arrogance, Claude Torracinta avait décrété que ce couple devait se débrouiller avec la moitié du « minimum vital » prévu pour une seule personne. On mentionnera, au passage, que ce jeune couple n’a reçu aucun soutien, ni des partis « de gauche », ni des syndicats genevois, ce qui permet de juger sur pièce les soi-disant « préoccupations sociales » de ce ramassis d’imposteurs.

Quant aux requérants d’asile, ils reçoivent tellement peu d’argent qu’il n’est pas exagéré de parler d’une politique visant littéralement à les affamer. Eux et leurs enfants. Et après, on vient se donner des airs indignés s’ils basculent dans la délinquance…

Les abus qu’on peut relever, du côté de l’Hospice Général, ne sont pas dus au fait que les pauvres recevraient trop d’argent. Olivier Jornot serait bien en peine de s’en sortir avec le « minimum vital ». Le problème réside plutôt dans les salaires de ministres qu’empochent les dirigeants du service social. D’une manière plus générale, il serait intéressant de connaître la proportion du budget social qui passe dans les salaires, et de la comparer à ce que reçoivent les pauvres auxquels le budget social est théoriquement destiné…

Frank BRUNNER

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