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AFP, 7 mars 2016

La Tunisie, cible d’une attaque djihadiste sans précédent

par Dhaou MAATOUG


Les forces spéciales tunisiennes prennent position durant des affrontements à Ben Guerdane, le 7 mars 2016

La Tunisie a subi, lundi 7 mars 2016, des attaques simultanées « sans précédent » dans une région voisine de la Libye, lors desquelles au moins 28 djihadistes, dix membres des forces de l’ordre et sept civils ont été tués. Déjà frappée en 2015 par des attentats sanglants, la Tunisie a annoncé la fermeture des postes frontaliers et le renforcement des patrouilles terrestres et aériennes à sa frontière avec la Libye, où le chaos profite notamment au groupe djihadiste État islamique.


Tunisie

Perpétrées à l’aube, ces attaques ont visé une caserne de l’armée, un poste de police et un poste de la garde nationale (gendarmerie) tunisiennes à Ben Guerdane, localité de 60000 habitants à une poignée de kilomètres du territoire libyen. Dans un bilan encore provisoire, les ministères de la Défense et de l’Intérieur ont indiqué que 28 djihadistes, six gendarmes, deux policiers, un douanier et un soldat avaient péri dans les affrontements. Au moins sept civils ont également été tués dans des circonstances non précisées. Le nombre total de djihadistes impliqués n’est pas connu, pas plus que leur identité, mais les autorités ont souligné que des opérations étaient toujours « en cours pour les pourchasser ». « Il s’agit d’une attaque sans précédent, coordonnée. (Les assaillants) avaient peut-être pour but de contrôler cette région et de proclamer une nouvelle province » au nom de groupes extrémistes, a réagi le président, Béji Caïd Essebsi. « Les Tunisiens sont en guerre contre cette barbarie et ces rats que nous allons exterminer », a-t-il enchaîné, selon des propos retransmis par la télévision publique.

Béji Caïd Essebsi

Un couvre-feu a été instauré à Ben Guerdane de 19h00 à 05h00, et le premier ministre, Habib Essid, a appelé les habitants à la « vigilance ». Les établissements publics sont restés fermés, d’après des témoins. Les forces de l’ordre patrouillaient dans les rues et incitaient par haut-parleur les citoyens à rester chez eux, selon un correspondant de l’AFP sur place. Des soldats montaient la garde du haut de certains toits. Des images sur l’internet montraient des habitants observant et applaudissant les soldats. « Vive la Tunisie ! Dieu est grand ! », criaient-ils alors que retentissaient toujours des tirs. Une des victimes civiles est un adolescent âgé de 12 ans, a dit à l’AFP Abdelkrim Chafroud, responsable de l’hôpital de la ville.

Habib Essid

Outre la fermeture des postes-frontières, pour une durée indéterminée, les autorités avaient également bouclé en matinée la route côtière reliant Ben Guerdane à Zarzis.

La Tunisie est confrontée, depuis sa révolution de 2011, à l’essor d’une mouvance djihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et de soldats ainsi que de touristes. Cette attaque simultanée contre des installations sécuritaires, d’ampleur inédite, intervient moins d’une semaine après de premiers heurts dans cette même région. Cinq extrémistes venus de Libye, retranchés dans une maison, avaient été tués par des unités de l’armée, de la garde nationale et de la police. Un civil était également mort d’une balle perdue et un commandant blessé. Au moins quatre des extrémistes étaient de nationalité tunisienne, d’après les autorités, qui avaient dit avoir mis la main sur un arsenal de guerre. Elles avaient évoqué la possible entrée sur le sol tunisien de « groupes terroristes » après un raid américain, le 19 février 2016, contre un camp d’entraînement de l’État islamique à Sabratha, dans l’Ouest libyen, à moins de 100 km de la frontière tunisienne. Ce bombardement avait fait des dizaines de morts, parmi lesquels aurait figuré Noureddine Chouchane, un Tunisien décrit comme un cadre opérationnel de l’État islamique impliqué dans deux des attaques perpétrées en 2015 en Tunisie, contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts) et près de Sousse (38 morts).

Si le profil des assaillants tués mercredi est inconnu, « des mouvements suspects étaient rapportés depuis le raid de Sabratha et on sentait bien que l’État islamique chercherait à se venger », a dit à l’AFP Hamza Meddeb, chercheur au centre Carnegie. « Ce n’était qu’une question de temps et il y avait des indices forts pour que la Tunisie en soit la cible », a-t-il ajouté.

Paris et Berlin ont condamné les attaques, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier dénonçant une nouvelle tentative « de déstabilisation de la démocratie tunisienne ».

La Tunisie, qui compte plusieurs milliers de ressortissants dans les rangs d’organisations djihadistes à l’étranger, exprime régulièrement son inquiétude à propos de la Libye. Pour tenter de se protéger, elle a construit un « système d’obstacles » sur près de la moitié des 500 km de frontière. Les postes frontaliers avaient déjà été temporairement fermés à l’automne 2015, après l’attentat contre la sécurité présidentielle à Tunis (douze morts), revendiqué par l’État islamique.

Dhaou MAATOUG

Des terroristes abattus à Ben Guerdane, le 7 mars 2016

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