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mercredi 7 décembre 2016
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Le Courrier, 14 mars 2016

Corruption : La belle unité de l’oligarchie espagnole

par Benito PEREZ


Letizia Ortiz Rocasolano

Les messages de soutien des rois d’Espagne à l’entrepreneur Javier López Madrid, suspecté dans plusieurs affaires de corruption, présentent à nouveau la cour des Bourbon sous une lumière crue. « Nous savons qui tu es, tu sais qui nous sommes. Nous nous connaissons, nous nous aimons, nous nous respectons. Le reste, merde », écrit notamment la reine Letizia, non sans avoir au préalable insulté un média coupable de révélations sur l’affaire d’abus de biens sociaux à la banque Caja Madrid.


Espagne

Selon le site indépendant eldiario.es, qui révèle ces SMS datant d’octobre 2014, les messages ont été récemment saisis sur le portable de M. López Madrid dans le cadre d’une enquête sur une affaire de mœurs. Mais une autre procédure impliquant l’homme d’affaires inquiète bien davantage la classe politique espagnole. Le dirigeant de l’entreprise de construction Obrascón Huarte Lain (OHL, 4 milliards de francs de chiffre d’affaires) serait en effet au cœur de l’affaire « Punica », qui voit la fine fleur du capitalisme madrilène soupçonnée de financement illégal du Parti populaire (PP). Le scandale a d’ores et déjà coûté sa carrière à la baronne locale du PP, Esperanza Aguirre.

Javier López Madrid

Face à ce tremblement de terre menaçant également le géant de la construction ACS (plus de 40 milliards de chiffre d’affaires), en mains du président du Real Madrid, Florentino Pérez, et la polyvalente Indra Systèmes (3 milliards de chiffre d’affaires), longtemps présidée par Javier Monzón, les textos royaux peuvent sembler anecdotiques. Ils sont au contraire révélateurs de la solidarité régnant au sein de l’oligarchie qui contrôle ce pays depuis des décennies et qui tente aujourd’hui par tous les moyens de résister à la tempête politique –Podemos– et judiciaire –lutte contre la corruption– qui s’abat sur elle.

Florentino Pérez Rodríguez

A tous les étages, on retrouve en effet les héritiers du franquisme, reconvertis au libéralisme dans le sillage de la maison royale et des autres roitelets nés de la Transition. Ainsi M. López Madrid, beau-fils de Juan Miguel Villar Mir, baron de l’économie semi-planifiée des années 1960, puis ministre des débuts de la Transition sous Juan Carlos, qui fera fortune en récupérant pour une peseta symbolique une partie de l’ancien consortium franquiste AHV… qu’il avait lui-même dirigé. Forbes calcule sa fortune actuelle à 3,6 milliards de dollars, une réussite qui vaut bien le titre de marquis octroyé par le vieux roi en février 2011, tout juste deux ans avant que son nom n’apparaisse dans les comptes occultes du PP. Sans conséquences juridiques.

Juan Miguel Villar Mir

La géante ACS, elle, est l’héritière directe de la fortune de la dynastie March, dont le fondateur, Juan, fut le principal financier du coup d’Etat de 1936.

Juan March Ordinas

Quant à Javier Monzón, demeuré vingt ans à la tête d’Indra, il est si proche de Juan Carlos que le reste de la bourgeoisie espagnole ne lui pardonna jamais d’avoir accaparé le roi durant un voyage d’affaires en Arabie saoudite, dont la maison royale est toute dévouée à son homologue de Castille et Aragon. Pour preuve, le TGV Médine-La Mecque attribué à un consortium regroupant notamment ACS, Indra et OHL…

Javier Monzón

« En Espagne, le pouvoir réel est détenu par un groupe de 1000 à 2000 personnes avec un pouvoir impressionnant, qui provient en grande majorité du franquisme. Ils occupent les conseils d’administration de l’industrie, des services, des médias et des banques », détaille le professeur d’économie appliquée Juan Torres López, de l’université de Séville. Il aurait pu ajouter qu’ils peuvent s’appuyer sur l’essentiel des forces politiques, des socialistes aux conservateurs du PP comme de Ciudadanos, qui s’escriment depuis le 20 décembre 2015 à empêcher l’émergence d’un gouvernement de gauche en Espagne, en dépit d’un parlement à majorité progressiste.

Benito PEREZ

Juan Torres López

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