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jeudi 8 décembre 2016
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Le Courrier, 17 mars 2016

Suisse : Le droit plutôt que la décence

par Philippe BACH


Vue du centre de requérants d’asile d’Anières

Vendredi 11 mars 2016, à 03h45, Amanuel G. réfugié érythréen, a été réveillé par six policiers qui ont pénétré dans sa chambre où il dormait avec sa famille au centre d’Anières, à Genève. Il a été expulsé vers l’Italie. L’affaire a fait grand bruit car caractéristique d’une politique d’asile qui érige l’inhumanité en règle (1).


Suisse

Mercredi 16 mars 2016, le magistat Pierre Maudet s’est cru obligé d’en rajouter une louche (2). Il a contesté la manière dont le déroulement des événements a été rapporté par le CSP (Centre social protestant). C’est sans doute qu’il y était, personnellement. Plus probable : sa version des faits est celle du rapport édulcoré fourni par ses services. Tirer quelqu’un du lit, devant sa famille, et l’expédier seul en Italie ne serait constitutif d’aucune violence d’Etat ? Pierre Maudet se moque tout simplement du monde. Ainsi donc, on peut séparer une famille –le couple a deux enfants, la femme attend un troisième– au nom du strict respect du droit.

Pierre Maudet

Oh, à ne pas en douter, ce dernier a été respecté. Le Tribunal administratif fédéral n’a rien trouvé à redire à ce déchirement familial. En revanche, prudent, il s’est bien gardé de se prononcer sur le droit des enfants de vivre près de leur père, à ce dernier de connaître la naissance de son enfant et à celui-ci de venir au monde dans un cadre familial stable. Non, les tentatives désespérées de ce réfugié de se trouver un destin sont jugées « à la limite de l’abus de droit ». Ah bon ? On peut au contraire estimer que cette affaire nauséeuse pulvérise toutes les limites de la décence. Il est déplorable que les autorités genevoises n’aient pas osé faire preuve d’un peu de courage dans cette affaire et faire prévaloir le bon sens plutôt que la légalité à tout prix. Il semblerait que Simonetta Sommaruga ait refusé l’idée d’un arrangement ; fallait-il faire du zèle pour autant ?

Simonetta Sommaruga

On a vu dans un passé récent des gouvernements cantonaux plus ouverts sur ces questions. Mais sans doute l’udécéisation [référence au parti d’extrême droite UDC] des esprits progresse-t-elle ; les faibles marges de manœuvre dont disposaient les autorités cantonales fondent, tout comme leur détermination.

On en est là. C’est à pleurer.

Amanuel G. avec sa famille

Philippe BACH

Notes :

(1) Le Courrier du 14 avril.

(2) Tribune de Genève du 16 avril.

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