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La Presse, 19 mars 2016

Sciences : Quatre essais de médicaments interrompus au Canada

par Philippe MERCURE


Des morts survenues pendant des tests sur un médicament anti-cancer ont forcé l’interruption d’urgence de six études menées sur des patients à travers le monde, dont quatre se déroulaient au Canada. Des patients québécois sont touchés par ces mesures.


Le produit en cause est le Zydelig, un médicament offert aux patients gravement malades qui n’ont pas répondu aux traitements classiques. Le fabricant du produit, l’entreprise californienne Gilead, a avisé que des morts et des « réactions indésirables graves » ont forcé l’arrêt de tous les tests sur le médicament. Selon des informations transmises par Santé Canada à La Presse, trois morts associées au Zydelig sont survenues au Canada lors des essais qui viennent d’être interrompus. Les études se déroulaient dans huit provinces, dont le Québec.

À première vue, l’arrêt des études cliniques rappelle la tragédie qui s’est produite en France il y a à peine deux mois, quand un volontaire est mort et cinq autres ont été hospitalisés après avoir testé un médicament. Jean Spénard, professeur au département de pharmacologie de l’Université de Montréal, estime toutefois que les deux cas sont complètement différents. « En France, on parlait de volontaires sains qui n’ont aucun bénéfice à espérer des études. Ici, on parle de patients gravement malades souffrant du cancer qui ne répondaient pas aux traitements reconnus et ont volontairement accepté le risque de recevoir un traitement expérimental qui sera peut-être leur dernière chance », dit-il. Selon lui, des situations comme celle impliquant le Zydelig, bien que « regrettables », surviennent parfois.

Jean Spénard

Au Canada, le Zydelig est donné aux patients dans deux contextes distincts. Le médicament est d’abord approuvé pour traiter un type de cancer appelé « leucémie lymphoïde chronique récidivante » en combinaison avec un autre médicament, le rituximab. Il a aussi été approuvé pour traiter un cancer des ganglions nommé « lymphome folliculaire récidivant » dans certaines circonstances bien précises, mais à condition que les tests sur les patients se poursuivent pour obtenir plus d’informations. Ce sont ces derniers tests qui ont été interrompus.

Dans tous les cas, le médicament est réservé aux maladies « graves, mettant la vie en danger ou sévèrement débilitante », selon la monographie du produit. C’est que les effets secondaires du Zydelig étaient déjà connus et sont très importants. Le médicament peut notamment provoquer des diarrhées graves, des infections des poumons et des réactions cutanées qui, dans tous les cas, peuvent s’avérer mortelles. Selon Santé Canada, pas moins de 140 réactions indésirables liées au Zydelig ont été rapportées depuis son homologation, en avril 2015.

Pour l’instant, les patients qui consomment le Zyelig hors des études cliniques peuvent continuer à le prendre, mais Santé Canada « procède aussi à un examen du médicament Zydelig et prendra ensuite les mesures qui s’imposent ». En Europe, les autorités ont déjà changé le protocole d’administration du Zydelig. On recommande désormais de toujours l’accompagner d’antibiotiques pour prévenir les infections des poumons.

Philippe MERCURE

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