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samedi 10 décembre 2016
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Bloggia, 30 mars 2016

Suisse : Les statistiques de Santésuisse

par Mauro POGGIA


"Les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes : ils fournissent bien plus un appui qu’un éclairage", écrivait Jean Dion.


Suisse

C’est ainsi que Santésuisse (1) retient de ses statistiques, que le coût moyen d’une consultation en cabinet de groupe est de 210 francs, alors qu’il n’est que de 186 francs pour un cabinet individuel

http://www.tdg.ch/suisse/santesuisse-critique-cabinets-groupe/story/22099384

En conclusion, travailler en groupe inciterait à multiplier les actes médicaux et donc à facturer davantage. Limpide, donc ? Pourtant, trop clair pour être vrai.

D’abord, parce qu’il est curieux que Santésuisse, qui soutenait jusqu’ici les réseaux de soins (managed care), au point de demander que les assurés qui ne s’y soumettaient pas voient leurs primes majorées, fasse brusquement volte-face.

http://www.bag.admin.ch/themen/krankenversicherung/00305/06506/06664/index.html?lang=fr

Ensuite, parce que le mobile est avoué : fixer une rémunération, non plus à l’acte, mais au forfait par cas. Selon la pathologie, les médecins intervenants devraient ainsi se partager un montant déterminé, avec les difficultés pratiques que l’on imagine sans peine.

Maîtriser l’information, c’est détenir le pouvoir. Et Santésuisse le sait parfaitement.

Prenons un exemple illustratif du système utilisé par Santésuisse pour mesurer l’économicité de nos médecins : un patient a mal au genou ; il va voir son généraliste qui, après une consultation, et selon son diagnostic, peut prescrire un traitement médicamenteux, une physiothérapie, voire les deux, ou, l’adresser à un spécialiste. Dans le premier cas, le coût global de prise en charge viendra influencer le coût moyen par patient du seul généraliste. Dans le second, la prise en charge de ce patient sera supportée par un généraliste et un, voire plusieurs, spécialistes, avec un coût global supérieur (peut-être d’ailleurs parfaitement justifié par la pathologie).

Dans la mesure où Santésuisse examine les coûts par numéro de remboursement LAMal (2), le généraliste aura une pratique moins économique dans le premier que dans le second cas, alors que, globalement, il aura permis une prise en charge plus économique du patient, si celui-ci ne nécessitait pas une approche multidisciplinaire.

Ainsi, dans les cabinets collectifs, il est probable qu’au lieu de cumuler les consultations dans des cabinets individuels, le patient est immédiatement mieux orienté, avec un coût moyen légèrement supérieur, mais néanmoins inférieur à la somme des factures que sa prise en charge aurait engendrées s’il s’était adressé à un cabinet individuel.

Tout ceci démontre que Santésuisse, selon ce qu’elle veut nous faire croire, et selon où elle veut nous amener, distille les informations à son gré, sans nuance, et sans contrôle possible.

Mauro POGGIA

Le siège de Santésuisse à Solothurn

Notes :

(1) Santésuisse est le lobby des assurances maladie.

(2) Loi fédérale sur l’assurance-maladie.

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