retour article original

dimanche 4 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Le lobby juif
Rivarol, 31 mars 2016

Le lobby juif : Une main baladeuse sous la tunique de Thémis

par HANNIBAL


Le Tribunal de Grande Instance de Paris

L’heure du cognac avivait la causticité de François Brigneau. C’était le moment où il aimait lancer cette blague qui nous réjouissait comme un signe de ralliement : « Faisons confiance à la justice de notre pays ! »


France

Nous faisions confiance à la justice de notre pays depuis Cauchon, Mongibeaux, Gardet et quelques autres, pour se rouler toujours plus bas dans la fange et y rechercher les ressources de fourberie qui lui permettent de se courber plus gracieusement devant les puissants en accablant les faibles d’une iniquité toujours plus pesante. Cela ne nous mettait pas de triste humeur, au contraire, cela avivait notre soif. Et je regardais François avec admiration : notre Thémis bleu-blanc-rouge l’avait tenu de nombreux mois en prison.

La prison, avec sursis, c’est ce qui est requis contre Robert Faurisson et Paul-Eric Blanrue dans le procès qui leur est fait en appel devant la cour de Paris pour le film Un homme : Robert Faurisson répond aux questions de Paul-Eric Blanrue. L’audience s’est passée de manière surprenante. Les juges s’efforcent en général de ne jamais venir au fond, on sait qu’en matière de crimes contre l’humanité comme de diffamation la vérité n’est pas une défense. Souvent, le président interdit même au prévenu de prononcer un mot qui puisse établir la véracité des paroles qui lui sont reprochées, ce serait répéter le crime de contestation contre l’humanité. Cela va parfois plus loin encore. J’ai raconté dix fois cette audience ubuesque où le président avait téléphoné à la chancellerie pour savoir si le greffier devait ou non lire l’acte d’accusation. La Shoah emporte la magistrature française vers des abîmes métaphysiques.

Robert Faurisson

Cette fois, rien de tel. La présidente a eu très vite cette phrase :

— Vous niez, mais qu’est-ce qui s’est passé ? »

Est-elle naïve ? Très rouée au contraire ? Etait-elle agacée ? Curieuse ? Voulait-elle vraiment savoir ou seulement le mettre au défi ? En tout cas, c’était inviter Robert Faurisson à parler. Ouvrir des vannes qu’il retenait depuis des décennies. Et, malgré ses 87 ans, Faurisson n’est pas resté muet comme le Maréchal Pétain. Il s’est lancé dans une longue démonstration de l’impossibilité de ceci et de la falsification de cela, et la précision de sa mémoire semblait telle qu’on se demandait s’il s’agissait d’un être humain ou d’une machine à réviser le détail de l’Histoire. Si c’est un homme, c’en est un de l’espèce combative et intraitable, un crabe de la dialectique, arc bouté à son droit comme un tourteau dans son rocher, mais faisant des sorties pour contre-attaquer l’adversaire comme un étrille vous pique la main, dès qu’il en a l’occasion. La présidente, qui voulait le limiter d’abord à une demi-heure, a dû rendre les armes.

De son argumentation je ne vous dirai rien, car j’ignore tout des chambres à gaz, et je confesse sur la question ce qu’en dit la loi française, fermement appuyée sur le Tribunal de Nuremberg, où ont travaillé des juristes et des historiens aussi chevronnés que feu Iona Nikitchenko, juge soviétique réputé. Seul m’intéresse le long tango du professeur avec la justice française.

Il faut faire gaffe avec les dames, la danse est parfois truquée. Et Thémis est une drôle de fille. Cette enfant du ciel et de la terre a donné à Zeus, dont elle fut la deuxième épouse, des rejetons inquiétants, les Heures, les Moires, et, dit-on, Omonia, déesse de la Concorde, ce qui m’étonne quand même un peu. Elle prétend n’avoir rien à voir avec la muse de l’Histoire, sa nièce Clio, fille de sa sœur Mnémosyne, déesse de la mémoire. Pourtant, du procès de Riom à celui de Touvier en passant par ceux de Barbie, Papon et quelques autres, à Nuremberg ou Francfort, les tribunaux s’acharnent à écrire l’histoire, encouragés par l’exécutif et le législatif. C’est une confusion des pouvoirs caractéristique de notre démocratie.

Que peut attendre Robert Faurisson, pot de terre universel, face à d’aussi tonitruants pots de fer ? Rien, sinon qu’ils s’entrechoquent et qu’ils se prennent d’eux-mêmes les pieds dans le tapis lors de l’une de leurs chorégraphies staliniennes. C’est d’ailleurs advenu une fois, en 1983, quand la cour d’appel de Paris, tout en le condamnant, a reconnu le sérieux de son travail. Voilà pourquoi je pense qu’il a pris un risque énorme le dix-sept mars, celui de voir des magistrats défaire ce que leurs prédécesseurs avaient fait et le condamner au fond, afin d’établir une jurisprudence qui lui soit défavorable. Pour moi qui vois le mal partout, c’est aussi pour cela que la présidente lui a si complaisamment laissé la parole. Cela réduirait en effet ce saillant dans la ligne judiciaire antirévisionniste que constitue l’arrêt du 26 avril 1983.

L’importance m’en avait échappé à l’époque, et c’est en bavardant récemment avec Robert Faurisson qu’elle m’a sauté aux yeux. C’est pourquoi j’ai demandé au professeur de me faire tenir l’Epilogue judiciaire de l’affaire Faurisson, publié par Jessie Aitken à la vieille Taupe en 1983. A sa demande, Jean Plantin, qui dirige la méritante maison Akribeïa, m’a envoyé trois exemplaires de la réimpression de 1990, qui comporte deux éléments intéressants, une courte note introductive, et une feuille volante portant une précision capitale sur la page douze, dont nous reparlerons. Je remercie Robert Faurisson et Jean Plantin de cet envoi.

De quoi s’agit-il en deux mots ? A la suite de la publication par Robert Faurisson de travaux tendant à « contester l’existence dans l’Allemagne nazie de camps d’extermination », et à établir que « Hitler n’a jamais ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa race ou de sa religion », la LICRA et d’autres associations spécialisées le poursuivaient devant le tribunal correctionnel de Paris. Le 8 juillet 1981, la première section de la première chambre, sous la présidence de M. Caratini, avec pour assesseurs Pierre Drai et Mme Martzloff, le condamnait. La cour, présidée par M. Grégoire assisté de Fouret et Le Foyer de Costil confirmait la condamnation le 26 avril 1983, mais certains de ses considérants méritent d’être notés. Les 4 suivants, notamment, page 9 (les gras sont de moi) :

— « Considérant qu’à s’en tenir provisoirement au problème historique que M. Faurisson a voulu soulever sur ce point précis, il convient de constater que les accusations de légèreté formulées contre lui manquent de pertinence et ne sont pas suffisamment établies ; qu’en effet la démarche logique de M. Faurisson consiste à tenter de démontrer, par une argumentation de nature scientifique, que l’existence des chambres à gaz, telles que décrites habituellement depuis 1945, se heurte à une impossibilité absolue, qui suffirait à elle seule à invalider tous les témoignages existants ou à tout le moins à les frapper de suspicion ;

— Que s’il n’appartient pas à la cour de se prononcer sur la légitimité d’une telle méthode ni sur la portée des arguments exposés par M. Faurisson, il n’est pas davantage permis d’affirmer, eu égard à la nature des études auxquelles, il s’est livré, qu’il a écarté les témoignages par légèreté ou négligence, ou délibérément choisi de les ignorer ;

— Qu’en outre, personne ne peut en l’état le convaincre de mensonge lorsqu’il énumère les multiples documents qu’il affirme avoir étudiés et les organismes auprès desquels il aurait enquêté pendant plus de quatorze ans ;

— Que la valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public ».

Voilà des phrases sans ambiguïté, citées in extenso. Or ce que les magistrats affirment vaut relaxe sur toutes les accusations de malhonnêteté. Ils disent : nous n’avons pas en tant que juges à juger la méthode ni les conclusions de Robert Faurisson, mais, ayant entendu les parties et lu leurs justifications, nous n’y avons rien trouvé qui en fasse un menteur ou un falsificateur. Il a travaillé en scientifique honnête, c’est maintenant à chacun de se faire son opinion.

Pourtant, ils l’ont condamné : pourquoi ?

Ici leurs explications sont moins claires. Reprochant à Faurisson « d’atténuer le caractère de la déportation », ils s’embarquent, avec une naïveté touchante, dans une spéculation historique sur le sens des « actions spéciales » mentionnées à quinze reprises dans le journal du médecin Kremer. Ils font ensuite un timide procès d’intention à Faurisson en affirmant (si l’on peut dire !) que son « révisionnisme […] peut faire figure d’une tentative de réhabilitation globale des criminels nazis ». Puis ils lui reprochent des positions « outrageantes » pour la mémoire des victimes, « blessantes » pour leurs proches, et « de nature à provoquer des réactions passionnelles d’agressivité contre tous ceux qui se trouvent ainsi implicitement accusés de mensonge et d’imposture ».

Mais d’abord et surtout, ils reprochent à son travail de conduire « le lecteur, de façon plus ou moins insinuante, à cette idée que, “chambre à gaz” et “génocide” se confondant […] le massacre des juifs est une exagération […]  ». Ils le condamnent au fond pour « des assertions d’ordre général qui ne présentent plus aucun caractère scientifique ». Ce qu’ils condamnent explicitement, c’est la phrase fétiche du professeur Faurisson, celle qui est longue de soixante mots et que je me garderai de citer car elle affirme des choses illégales. Ils la tronquent avec entrain pour la présenter comme un « slogan ». Ici je n’entrerai pas avec Jessie Aitken dans une controverse avec la cour, pour déterminer si son interprétation est hasardée, ses intentions pures, ses citations honnêtes. Ce qui m’intéresse, c’est le raisonnement des juges.

Ce qu’ils reprochent (que ce soit juste ou injuste n’est pas mon affaire) à Robert Faurisson n’est pas sa critique historique de la question des chambres à gaz, ce sont les conséquences abusives (selon la cour) qu’il en tire, qu’elles soient historiques ou politiques, le manque de respect pour les familles et les conséquences qu’il peut avoir pour l’ordre public. Ils lui reprochent explicitement, page dix, d’être ainsi « délibérément sorti du domaine de la recherche historique ». Le mouvement de la pensée des magistrats ne fait pas le moindre doute : tant que Faurisson se cantonnait dans la « recherche historique » sur les chambres à gaz, il faisait un travail de « critique » de caractère « scientifique ». Quand il en tire abusivement des conclusions générales propres à satisfaire éventuellement les néonazis, nous le condamnons.

Voilà qui tranche une controverse à deux shekels lancée par un dénommé Thomas Hochmann visant à faire croire que « l’interprétation faurissonienne » est abusive et que la « maladroite motivation » des juges ne signifie en rien qu’ils ont reconnu le sérieux de Faurisson. Dans une analyse pseudo-juridique de la chose longue comme un film de Bernard-Henri Lévy, cet aimable plaisantin s’applique à démontrer que le jour est la nuit, dans un mélange caractéristique de pilpoul et de pathos destiné à intimider. Au bout de pesantes contorsions, il n’a évidemment rien démontré, sinon qu’il est incapable de citer proprement et complètement un texte, ni d’en percevoir la logique. Ou peut-être au contraire l’a-t-il parfaitement comprise, car il se garde prudemment de citer la partie des considérants qui servent à condamner Faurisson, mais, comme je l’ai montré plus haut, confirment que dans sa critique « historique », Faurisson a utilisé une « argumentation de nature scientifique ». Et non d’une « apparence externe scientifique », comme préfère écrire Thomas Hochmann.

Thomas Hochmann

Significativement l’individu a choisi d’ajouter trois mots au premier considérant cité plus haut :

— «  (qu’en) effet la démarche logique de M. Faurisson consiste à tenter de démontrer, par une argumentation qu’il estime de nature scientifique, que l’existence des (etc.)  »

Que dit le texte ? L’original de l’arrêt ne comporte pas ces mots. Ils ont été rajoutés à la main, c’est ce que signale la réimpression de l’Epilogue en 1990. Ce rajout à la main est un faux manifeste et la preuve que circulent dans la justice française des individus sans foi ni loi. Quiconque a jamais signé le moindre contrat sait avec quelle minutie obsessionnelle le plus petit des clercs de notaire, si un mot se trouve biffé ou rajouté, le signale, et le fait figurer noir sur blanc, avec signature des personnes concernées. Alors, dans un arrêt de la cour d’appel de Paris ! Un rajout à la main non signalé ne peut être qu’un faux grossier commis par un homme que les considérants de l’arrêt ne satisfaisaient pas. Cette main baladeuse est la preuve manifeste que la justice française tolère de certains des pratiques pas vraiment catholiques.

Qu’Hochmann ait pu se faire receleur d’un tel faux et parader après cela dans une revue en vue en dit long sur les mœurs de notre république et sur la valeur de son travail. Il cite ensuite avec le plus indécent cynisme le cas Badinter, qui voulut écraser le professeur Faurisson de tout son poids social et moral (le grand garde des Sceaux de Mitterrand, le président du conseil constitutionnel !) en prétendant l’avoir fait condamner en tant que « faussaire de l’histoire ». C’était faux, naturellement, mais le tribunal n’a pas sanctionné cette diffamation, retenant la « bonne foi » de Badinter, et… a condamné Faurisson ! Admirable Badinter dont la famille a quitté la Bessarabie pour conquérir les ors de la République, admirable Badinter qui a lui même conquis l’or des cheveux de son épouse, l’héritière Bleustein-Blanchet Elisabeth, philosophe rêveuse et sérieuse à sourire d’Allemande, avec ses faux airs de vampire triste ou de blanchisseur chinois du Far West !

Robert Badinter

Robert Faurisson a décidément la peau dure et le cœur accroché pour repartir une fois de plus au combat devant tant d’iniquité sereinement empilée, et, qu’il perde ou qu’il gagne, nous lui tirerons notre chapeau, rien que pour les coups de pied qu’il donne dans l’impudente parade républicaine.

HANNIBAL

Chronique d’Hannibal parue à la page 12 de RIVAROL numéro 3228 daté du jeudi 24 mars 2016.

Abonnement un an : 114 euros. Paiement par Paypal sur le site www.rivarol.com ou par chèque à l’ordre des Editions des Tuileries à l’adresse suivante : Editions des Tuileries, 19 avenue d’Italie, 75013 Paris.

AUTEURS 

  • HANNIBAL

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source