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vendredi 2 décembre 2016
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Le Courrier, 5 avril 2016

Informations internationales : Ces mafias qui nous gouvernent

par Benito PEREZ


Panama City

Les superlatifs sont de mise, depuis dimanche 3 avril 2016 au soir, et la révélation des « Panama Papers », quelque 11,5 millions de pages dérobées à la firme financière centraméricaine Mossack Fonseca et passées au crible depuis un an par un consortium de 370 journalistes !


Au-delà de ces chiffres impressionnants, il s’agit là de la meilleure radiographie des paradis fiscaux et de leurs ramifications internationales jamais rendue publique. Nous ne sommes plus dans les coulisses d’une banque (SwissLeaks) ou d’un pays (LuxLeaks) mais d’une fabrique de sociétés écrans travaillant pour l’ensemble de la finance mondiale.

Certes, l’existence de cette finance grise, où évasion fiscale plus ou moins « légale » et argent sale se côtoient, n’est un secret pour personne. Même le volume pharaonique empruntant ces catacombes de l’économie globale est connu. Quant au rôle central de la Suisse, et de Genève en particulier, il n’avait guère besoin d’être confirmé.

L’intérêt des Panama Papers se trouve d’abord dans sa valeur d’exemple, la mise en exergue concrète du délit supputé. Lorsque ce journal avait révélé, en 2013, que le gratin du barreau genevois jouait les prête-noms au Panama (1), on nous avait rétorqué qu’il n’y avait là rien de répréhensible et qu’une société écran ne cachait pas forcément un délit. Visiblement, la probabilité est quand même assez forte !

Mais le plus spectaculaire, dans les entrailles de Mossack Fonseca, est sans doute la somme de dirigeants politiques et de leurs proches liés d’une façon ou d’une autre à ces paradis fiscaux. Pas un Etat, pas un bord politique n’est absent de ce who’s who de la cassette occulte. Dans les hautes sphères du pouvoir, il semble que créer une société au Panama ou aux îles Vierges soit aussi banal que, pour un quidam, ouvrir un compte à la Banque cantonale. Voilà qui devrait éclairer l’absence de résultats de la communauté internationale dans sa prétendue chasse aux paradis fiscaux.

Les Etats-Unis, dont le Panama est un allié fidèle depuis l’intervention de 1989 contre le général Noriega, sont ici clairement dans le rôle du complice principal. Comment croire qu’avec ses grandes oreilles Washington ignore l’industrie de la fraude qui s’est établie dans son arrière-cour ? Et que l’un de ses chefs, Ramon Fonseca himself, siégeait jusqu’au mois dernier au gouvernement du Panama ?

Ramón Fonseca Mora

Pas plus que ses prédécesseurs ce nouveau scandale ne devrait modifier l’architecture financière ultralibérale mise en place depuis quarante ans au profit des possédants. Mais peut-être dessillera-t-il les yeux des citoyens auxquels on raconte la faribole des caisses vides, des efforts partagés et de l’austérité.

Benito PEREZ

Note :

(1) www.lecourrier.ch/107631/l_amour_des_avocats_genevois_pour_panama

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