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lundi 5 décembre 2016
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Le Courrier, 6 avril 2016

République du Congo : Une histoire françafricaine

par Benito PEREZ


Vue de Brazzaville

Lundi 4 avril 2016, le nom de Sassou-Nguesso a eu par deux fois les « honneurs » de l’actualité. Le matin, Denis Christel Sassou-Nguesso surgissait des entrailles des Panama Papers pour atterrir sur lemonde.fr comme l’un des détenteurs de la société offshore Phoenix Best Finance Ltd. Le soir, son paternel, Denis Sassou-Nguesso, était proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 20 mars par la Cour constitutionnelle du Congo-Brazzaville. Une belle marque de confiance après trente-deux ans de pouvoir catastrophique, qui a fait de cet Etat riche en pétrole l’un des plus pauvres de la planète.


République du Congo

Le point commun entre ces deux infos ? Entre le Congo-Brazzaville et la famille Sassou-Nguesso, impossible de glisser un papier à cigarette, et encore moins une élection libre : la fusion est totale. Ainsi le fils n’est-il pas aussi le patron des raffineries locales, à travers lesquelles il a servi des affaires en or à Philia, son partenaire suisse de… la Phoenix Best Finance Ltd ?

Denis Christel Sassou-Nguesso

Quant au papa, après avoir assuré la sûreté de l’Etat jusqu’en 1979, il en a pris le contrôle tellement à cœur que le bref intermède démocratique imposé par la rue entre 1992 à 1997 s’est achevé en guerre civile, secrètement appuyée par la France de Jacques Chirac. En remerciement pour service rendu au Congo et aux Sassou, le paternel, de retour sur son trône, s’est empressé de diviser par deux les royalties exigées par son prédécesseur, Pascal Lissouba, à la société Elf (Total).

Denis Sassou-Nguesso

Dix-sept ans après la fin de cette dramatique pétro-guerre civile, les milliers de morts n’ont pas trouvé de responsable, et tandis qu’un Congolais sur deux vit sous le seuil de pauvreté, le train de vie du clan Sassou –qui disposerait d’au moins dix-huit appartements en France, dont une modeste villa de 700 mètres carrés au Vésinet– ferait pâlir n’importe quel émir du Golfe.

Surtout, le franchisé franco-congolais continue de disposer du pays à sa guise, octroyant ici une concession portuaire à Bolloré, là des privilèges aux sociétés forestières françaises. Et, bien sûr, de réserver à la maison-mère plus de 60 % du pétrole congolais.

Une touchante proximité qu’illustre l’empressement du gouvernement Hollande à se rendre auprès de Denis Sassou-Nguesso le plus souvent possible (Le Drian quatre fois en deux ans, Valls, Royal, Fabius…). De même que la magnanime caution délivrée par François Hollande, en octobre 2015, à son homologue désireux de tripatouiller la Constitution afin de se faire réélire. Faveur qu’il avait pourtant refusée l’année d’avant au Burkinabé Blaise Compaoré. Il est vrai, en l’assortissant d’une supplique au tyran congolais qui venait de tirer sur la foule (vingt morts) : « Rassemblez, respectez et apaisez ». Rassurés ?

Après la réélection de Sassou-Nguesso et celles programmées cette semaine du Tchadien Idriss Déby (vingt ans de dictature) et du Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh (dix-sept ans), il n’y a plus de doute : la fin de la Françafrique suit le même chemin que les autres promesses de M. Hollande.

Benito PEREZ

François Hollande

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