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mercredi 7 décembre 2016
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24heures, 9 avril 2016

Taxe sociale : Le revenu de base donne des boutons à Alain Berset

Suivi d’un commentaire

par Florent QUIQUEREZ


Alain Berset

Les partisans de l’initiative avaient distribué des billets de 10 francs pour lancer leur campagne. Vendredi 8 avril 2016, Alain Berset n’a pas sorti son « crapaud ». Le conseiller fédéral [exécutif de la confédération] s’est contenté de sonner la fin de la récréation. « C’était intéressant de débattre sur la vision de la société, cette fois, c’est du sérieux ». L’avertissement en vue de la votation du 5 juin est lancé.


Suisse

Fini donc de rêver. Que l’Etat verse 2500 francs par mois à chaque citoyen pour lui permettre de se réaliser, Alain Berset n’y croit pas. Certes, le but du revenu de base pour tous –permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne– est louable, mais ses conséquences seraient catastrophiques. « Ce projet affaiblit l’incitation à travailler, notamment des bas revenus et des temps partiels ». « Perte de main-d’œuvre, fin de certaines activités, augmentation du travail au noir », l’initiative collectionne les tares.

Ses auteurs promettent pourtant une simplification du système de sécurité sociale, puisque leur projet pourrait remplacer une bonne partie des assurances actuelles. Cantons et confédération pensent le contraire. « Dans bien des cas, les personnes fragilisées ont besoin de plus que les montants prévus », note le ministre de la Santé, pour qui « le revenu de base alourdirait le système actuel ». Pis, « il mettrait en danger les acquis sociaux », ajoute la conseillère d’Etat fribourgeoise Anne-Claude Demierre, venue défendre la voix des cantons.

L’instauration d’un tel revenu pose aussi la question de notre rapport au travail. Travail qui va se raréfier dans une société de plus en plus numérisée. « Une question légitime », reconnaît Anne-Claude Demierre, mais il faut faire attention quand on veut découpler l’activité professionnelle du revenu. « Le travail joue un rôle essentiel dans l’intégration et l’organisation du temps. Ici, on nie sa valeur ». Des accusations infondées pour les initiants, qui avancent les résultats d’un sondage : avec 2500 francs, seuls 2 % des Suisses arrêteraient véritablement de travailler.

Anne-Claude Demierre

Autre argument massue, le coût du projet : 208 milliards par année. Si l’on soustrait la part des revenus professionnels et des fonds qui ne seraient plus octroyés à la sécurité sociale, ce sont encore 25 milliards qu’il faut trouver. « Cela reviendrait à presque doubler la TVA », avertit Alain Berset. Quant à la possibilité d’une taxe sur les transactions financières, elle est difficilement concevable, estime le conseiller fédéral : « Cette option a déjà été discutée dans le cadre d’un autre projet. La Suisse ne peut pas être la seule à l’introduire ». Avec un revenu de base se poserait enfin la question de l’attractivité du pays, nouvel eldorado des profiteurs. Et pourtant, certains pays y réfléchissent, certaines villes aussi. La Finlande, par exemple, voudrait ainsi simplifier son système d’assurances sociales. « Les montants prévus n’ont rien à voir avec ceux évoqués par les initiants », coupe Alain Berset, visiblement peu séduit par le projet.

Cette fronde du Conseil fédéral n’est en tout cas pas une surprise. Au parlement déjà, l’initiative –qualifiée d’utopiste– avait été dégommée de toutes parts. Seuls quelques élus de gauche s’étaient permis de « rêver ».

Le revenu de base en quatre points

C’est quoi ? Le revenu de base inconditionnel (RBI) est une somme d’argent suffisante pour vivre, qui serait donnée à chaque personne chaque mois, sans conditions. Ce revenu remplacerait en partie les autres assurances sociales.

Pour qui ? Toute personne qui vit en Suisse devrait avoir droit au RBI. Toutefois, les initiants estiment qu’il faudrait introduire un certain délai pour les étrangers qui viennent d’arriver. La condition pourrait être la détention d’un permis C.

Combien ? Aucun montant n’est articulé dans l’initiative. Le texte précise uniquement que ce revenu doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique. Les chiffres de 2500 francs par adulte et 625 francs pour les mineurs ont été avancés durant la campagne. Au niveau national, cela représenterait une somme de 208 milliards par année.

Quel financement ? L’initiative ne le dit pas non plus. Si le texte passe, ce sera au parlement de trouver la solution. Parmi les pistes étudiées, une hausse de la TVA ou l’instauration d’une taxe sur le transfert de capitaux. Selon les initiants, un prélèvement de 0,02 % suffirait à financer le RBI.

Florent QUIQUEREZ

Commentaire

L’opposition à un revenu de base inconditionnel n’est pas fondée sur des arguments rationnels mais sur des a priori idéologiques. Ces mêmes a priori idéologiques qui s’opposent à l’idée d’augmenter les impôts des riches, des banquiers et des multinationales ou de taxer la spéculation qui représente l’essentiel des mouvements financiers.

D’un point de vue financier, le coût d’un revenu inconditionnel ne représenterait qu’une fraction des cadeaux fiscaux que ses détracteurs ont accordé -et continuent d’accorder- aux riches. De surcroît, le montant du revenu inconditionnel serait aussitôt dépensé au profit de l’économie locale, tandis que l’argent des riches est consacré à la spéculation ou se retrouve soustrait au fisc dans des paradis fiscaux.

En réalité, le milieu politique s’oppose à un revenu inconditionnel parce que les pauvres doivent pouvoir être contraints d’accepter n’importe quel emploi pour n’importe quel salaire. Le reste n’est que du blabla hypocrite destiné à nous faire croire qu’un revenu inconditionnel provoquerait la fin du monde.

Frank BRUNNER

Taxer les mouvements financiers pour améliorer le revenu de chacun

http://www.interet-general.info/spip.php?article8

Vidéo : Simon Thorpe Vers un monde (pratiquement) sans taxes

https://www.youtube.com/watch?v=jSEiMVQAIY4

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