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Le Courrier, 31 mai 2016

Suisse : Les chauffeurs d’Uber déplorent la baisse de leurs revenus

par Eric LECOULTRE


Un conducteur de taxi manifeste contre Uber, à Genève, le 29 juin 2015

Ils sont généralement anonymes. Ils apparaissent parfois dans la rubrique des faits divers, après une agression. Ils disent subir au quotidien menaces, injures et rayures sur leur outil de travail, à savoir leur voiture. Les chauffeurs actifs grâce à Uber, l’application controversée, se regroupent depuis le 6 avril 2016 au sein d’une association nommée VTC-Genève (1). Ils sont aujourd’hui une soixantaine à vouloir se défendre, notamment face aux taxis qui ont récemment organisé une protestation au niveau national.


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Etonnamment, leurs premières critiques ne visent pas seulement leurs concurrents, les taxis, mais également le géant américain qui leur fournit les clients et dicte le prix des courses. « En février, Uber a diminué les tarifs de 25 %, alors qu’il avait déjà augmenté sa commission de 5 % auparavant », indique Nasr El Din Hassenein, le président de VTC-Genève. Un chauffeur à 100 % pouvait gagner environ 7500 francs brut par mois, mais ses revenus ont aujourd’hui largement chuté. « Dès son arrivée, Uber a encouragé les conducteurs de limousine à utiliser son application et a veillé à se démarquer par la qualité de ses services, poursuit-il. Mais la société incite aujourd’hui activement de nombreuses personnes à devenir chauffeurs indépendants et à utiliser sa plateforme. Elle n’attire pas pour autant l’attention sur les exigences qualitatives de ce métier ». La concurrence entre tous les véhicules d’Uber diminue de fait l’activité de chacun. « Les prix sont actuellement trop bas pour pouvoir vivre correctement grâce à Uber », ajoute Franck Bardon, vice-président de VTC-Genève. L’association reçoit les plaintes de certains chauffeurs qui ont, à la suite d’une présentation trop optimiste d’Uber, investi dans une nouvelle voiture, « et qui se retrouvent pris à la gorge ».

Le directeur d’Uber Genève, Steve Salom

Les membres de VTC-Genève ne souhaitent évidemment pas la disparition d’Uber. « Cette société a créé de l’emploi, précise Nasr El Din Hassenein. Elle a permis à des chômeurs en fin de droit de pouvoir se lancer facilement dans ce métier ». Ils veulent surtout prendre part à l’élaboration de la future Loi sur les taxis et limousines, actuellement traitée par la commission des transports du Grand Conseil [parlement cantonal], et qui devrait notamment réguler l’activité de la société américaine sur le canton. « Ce texte a été rédigé (par le Conseil d’Etat, ndlr) [exécutif cantonal] très rapidement, sans le recul nécessaire, estime M. Hassenein. Nous voulons apporter nos propositions ».

Souhaitent-ils que les autorités réglementent les revenus des chauffeurs indépendants ? « Le législateur pourrait intervenir, estime le président de VTC-Genève. Un chauffeur travaillant à 100 %, par le biais d’un ou de plusieurs diffuseurs de courses tel qu’Uber, devrait pouvoir gagner sa vie sans devoir prendre des risques et enfreindre la loi en effectuant par exemple trop d’heures supplémentaires. C’est la sécurité des usagers et l’ordre public qui nous importent ». Dans ce sens, l’association propose également d’établir une sélection des candidats souhaitant devenir chauffeur indépendant à Genève. Des critères comme la maîtrise du français ou la connaissance des quartiers genevois seraient pris en compte. « Nous ne souhaitons pas limiter le nombre de véhicules, explique Nasr El Din Hassenein. Nous sommes opposés à la situation de monopole voulue par les taxis ».

Lors de leur manifestation du 17 mai 2016, les taxis genevois demandaient au Conseil d’Etat qu’il fasse cesser l’activité du géant californien sur le canton, qu’ils qualifiaient d’« illégale ». Les membres de VTC-Genève enfreignent-ils quotidiennement la loi ? Si certains ont reçu des amendes en 2015, les procédures sont aujourd’hui en cours auprès de la justice. En attendant que celle-ci tranche, l’exploitation de leur véhicule par les chauffeurs d’Uber n’est pas répréhensible. Certains utilisent des plaques vaudoises, afin de contourner des contraintes administratives propres à Genève, ce qui n’est pas illégal. « Nous sommes parfois arrêtés par la police ou par le service du commerce, précise Franck Bardon. Ils contrôlent nos documents, mais ne nous infligent plus d’amendes pour des courses via Uber ». Il réfute enfin le qualificatif de « hors-la-loi », souvent employé par les taxis. « Nous sommes des chauffeurs indépendants, avec des permis professionnels et des véhicules qui répondent à toutes les normes. Nous avons l’obligation de nous enregistrer auprès du registre du commerce et déclarons tous nos revenus », insiste Franck Bardon.

Eric LECOULTRE

Note :

(1) VTC : véhicule de tourisme avec chauffeur.

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