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rt.com, 1er juin 2016

Interviews : Danielle Simonnet s’exprime à propos de la politique antisociale du gouvernement français


Des manifestants, à Paris, le 9 avril 2016

Grèves, blocages, manifestations à répétition : la mobilisation contre la loi travail ne faiblit pas. Pour Danielle Simonnet, Coordinatrice du Parti de Gauche et Conseillère de Paris, c’est là la pire loi de régression sociale de la Vème République.


Danielle Simonnet

Question :

- "Les mobilisations contre la loi travail continuent et la tension monte. Certains accusent les syndicats de prendre en otage le pays, et 67 % des Français ont une mauvaise image de Philippe Martinez, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien/Aujourd’hui en France . Etes-vous d’accord avec ce mode opératoire jusqu’au-boutiste ?"

Danielle Simonnet :

- "Je suis profondément choquée par l’utilisation de termes comme « otage » ou « terroriste », qui ont pu être utilisés par Manuel Valls ou Pierre Gattaz. La stratégie jusqu’au-boutiste, c’est le Premier ministre qui l’applique, il est minoritaire au Parlement, il a du user du 49.3 pour imposer sa loi et il est minoritaire dans l’opinion publique. D’où sa stratégie jusqu’au-boutiste pour imposer une loi de régression sociale dont le peuple ne veut pas.

Beaucoup aimeraient nous faire croire que la loi a été vidée de son contenu, mais il n’en n’est rien. L’article 2 impose la hiérarchie des normes, et c’est là-dessus que Pierre Gattaz ne veut pas que le gouvernement cède. C’est la preuve que cet article est extrêmement problématique, car il va permettre des accords d’entreprise plus défavorables aux salariés que des accords de convention collective, et donc pouvoir, entreprise par entreprise, dans le cadre d’un chantage à l’emploi, imposer des régressions inacceptables.

D’autres articles graves comme l’article 27 bis, qui vise à encourager l’uberisation de la société. Il permet de protéger des plateformes dans l’économie faussement collaborative, et d’empêcher les travailleurs dits indépendants de pouvoir batailler pour leur requalification salarié. Sur ces deux articles, d’un côté on casse le code du travail, et de l’autre on permet à des multinationales de se passer du code du Travail".

Pierre Gattaz

-"Pierre Gattaz, président du Medef, a accusé des syndicalistes CGT de se comporter comme « des voyous » et « des terroristes ». Quelle est votre réaction à ces propos ?"

- "C’est une insulte à toutes les victimes que nous avons eues à cause des attentats terroristes. Il est intolérable et irresponsable d’user ainsi de ces termes. D’ailleurs, Manuel Valls n’hésite pas à utiliser le même vocabulaire que le patron du Medef. On voit toute leur promiscuité dans cette bataille.

C’est Pierre Gattaz le voyou, il n’est pas le patron des patrons, mais le patron du Medef, du CAC 40, c’est-à-dire de cette petite poignée de profiteurs qui ont encaissés le CICE (le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) sans créer un seul emploi. Ils sont responsables d’une vaste opération de détournement d’argent public au mépris de l’intérêt général".

-"Sommes-nous toujours dans le combat social, ou est-on passé à un combat plus politique entre la gauche de la gauche et la gauche gouvernementale ?"

- "On est dans un combat social qui fédère le peuple. Le mot gauche ne veut plus rien dire, parce que des gens comme Manuel Valls, Emmanuel Macron, ou François Hollande l’ont complètement dénaturé. Donc les gens ne se réfèrent plus à ça. Mais, par contre, l’opposition ne veut pas de cette loi-là, qui prône une régression sociale et qui casse notre modèle de protection social.

J’ai participé à une tribune de solidarité avec les grévistes, qui regroupe onze organisations de taxis. Pourtant, cette profession est directement impactée par la pénurie d’essence, mais ils expriment leur solidarité. Cela prouve bien que cette bataille fédère le peuple".

Manuel Valls

-"Ne pensez-vous pas que le combat pour le retrait de la loi travail est vain ? A un an des présidentielles, le gouvernement prendrait-il le risque de se discréditer ?"

- "Premièrement, il y a toujours la possibilité qu’il y ait une motion de censure de gauche. Il a manqué deux voix, deux signatures aux parlementaires de gauche, que j’espère ils vont trouver d’ici quelques mois. Deuxièmement, même s’ils échouaient, ils ont toujours la possibilité d’utiliser une motion de censure de droite. Je ne perds pas espoir qu’au parlement, ceux qui prétendent être opposés à cette loi, assument leur responsabilité et préfèrent se boucher le nez et utiliser la motion de censure de droite pour empêcher la pire loi de régression sociale de la Veme République.

La mobilisation continue, et la manifestation du 14 juin 2016 sera extrêmement massive. Que le gouvernement qui est dans l’impasse prenne en compte la réalité dans laquelle il est, et soit à l’initiative de retirer la loi".

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