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samedi 10 décembre 2016
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7 juin 2016

France : Un délégué syndical « gaulliste » défend le français contre la direction de Carrefour

par Frank BRUNNER


Vue du magasin Carrefour de Nîmes-Sud

Charles de Gaulle exigeait que le français soit une des langues officielles de toutes les organisations internationales auxquelles la France contribuait financièrement. Le nom de ces organisations devait figurer en français sur les plaques d’immeubles, le papier à lettre, etc... Et la taille des lettres devait être identique à celle de la version anglaise... Dans la défense du français, Charles de Gaulle a fait des émules jusqu’au sein du syndicat CGT dans la personne du délégué syndical Régis Ravat qui travaille au magasin Carrefour de Nîmes-Sud.


France

Le 6 avril 2016, un exercice d’alerte incendie et d’évacuation a eu lieu au magasin Carrefour de Nîmes-Sud. Constatant que le message d’alerte destiné au personnel et aux clients n’était traduit qu’en anglais, Régis Ravat a refusé de quitter son poste de travail. Il faut savoir que, selon l’article 4 de la loi n°94-665 (loi Toubon), une traduction de ce genre doit être faite en au moins deux langues étrangères, pas seulement en anglais. A plusieurs reprises, Régis Ravat avait soulevé ce problème auprès de la direction nationale de Carrefour depuis décembre 2011, sans résultat.

En raison de son refus d’évacuer le magasin comme on le lui avait demandé, Régis Ravat a reçu un avertissement disciplinaire de son directeur, Roberto Preite. Il a alors protesté, dans une longue lettre, auprès de Jérôme Bédier, directeur général délégué et secrétaire général du groupe Carrefour.

Jérôme Bédier

Dans cette lettre, datée du 27 mai 2016, Régis Ravat fait valoir que la traduction d’un message en anglais seulement constitue une forme de discrimination à l’encontre des clients étrangers qui ne parlent pas l’anglais, puisqu’ils sont moins bien traités que ceux qui parlent anglais.

On peut également lire quelques tirades que Charles de Gaulle n’aurait pas reniées : « l’anglais n’est pas la seconde langue de France, notre pays n’étant ni une colonie ni un protectorat anglo-américain » ; « mon quotidien à Carrefour me montre que l’anglomanie de l’Enseigne ne s’arrête pas au seul message de l’alerte-incendie en bilingue français-anglais de ses magasins, mais qu’au contraire, elle est multiple et variée, et de nombreux exemples, hélas, viennent corroborer la fâcheuse manie de Carrefour de mettre la langue de Tesco et de Wal-Mart, partout et en tout » ; « comment se fait-il alors que lorsque Carrefour organise une Coupe, elle l’appelle en anglais Carrefour Cup ? Comment se fait-il que chez Carrefour, une Promo du Jour, s’appelle un Deal, voire un Crazy Deal ? Comment se fait-il que notre logistique ait été baptisé du nom barbare de Supply Chain, etc. ? Et, cerise sur le gâteau, que dire de Carrefour qui parraine l’Équipe de France de Ballon pour l’Euro 2016, et qui a choisi pour elle, pour ses supporteurs, pour Paris, pour la France, une chanson en anglais, une chanson en anglais dont les paroles en gros caractères ont été affichées dans tous les Carrefour de France pour que le personnel puisse les apprendre et chanter ainsi en anglais dans nos magasins, une chanson en anglais au point que le Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères en charge du développement et de la Francophonie, M. André Vallini, a qualifié cela de consternant et d’inacceptable (sic) ».

Et Régis Ravat de conclure : « J’en appelle à vous pour qu’entre autres actions contre l’anglicisation, l’alerte-incendie de nos magasins ne soit plus en bilingue, mais, soit uniquement en français (notre langue étant la seule langue officielle de notre pays - article II de notre Constitution), ou soit en plusieurs langues étrangères (au moins deux langues étrangères), si vous voulez jouer la carte de la traduction.

En vous remerciant de votre attention, et en espérant que Carrefour va enfin définir une politique linguistique en faveur de la langue française tant en France qu’à l’étranger plutôt que de promouvoir l’anglais, la langue de ses concurrents anglo-saxons, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur général délégué et Monsieur le Secrétaire général du groupe Carrefour, l’expression de mes respectueuses salutations ».

Il ne reste plus qu’à jouer La Marseillaise.

Frank BRUNNER

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