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samedi 10 décembre 2016
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AFP, 19 juin 2016

Grèce : La détention des migrants devrait cesser immédiatement

par Hélène COLLIOPOULOU et Odile DUPERRY


Ban Ki-moon avec des émigrants, à Mytilene, le 18 juin 2016

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, est venu à son tour se rendre compte, samedi 18 juin 2016, en Grèce, de la situation des dizaines de milliers de migrants bloqués dans ce pays, porte d’accès de l’Union européenne qu’il a exhortée à mieux traiter. En particulier, a-t-il dit, « la détention doit cesser immédiatement » : depuis l’entrée en vigueur, le 20 mars, de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie qui prévoit le renvoi systématique en Turquie des migrants débarquant illicitement en Grèce, quelque 8500 migrants arrivés depuis cette date sont en effet retenus sur les îles comme Lesbos, en attendant l’examen de leur cas.


Grèce

À Athènes, le premier ministre grec Alexis Tsipras a offert dans la matinée à M. Ban un « cadeau symbolique » : un gilet de sauvetage ramassé, comme des milliers d’autres, sur les côtes de ces îles, mais qui n’ont pas empêché la noyade de centaines de personnes depuis 2015. « C’est un instrument de survie pour des milliers de réfugiés qui sont arrivés sur les îles grecques en traversant la mer Égée », a déclaré M. Tsipras en présentant l’objet à M. Ban. Ce dernier a tenu à dire qu’il s’agissait d’« un cadeau important » et l’a revêtu, mais à l’envers, avant de l’enlever rapidement.

Ban Ki-moon et Alexis Tsipras, à Athènes, le 18 juin 2016

Dans l’après-midi, Ban Ki-moon, accompagné de son épouse, s’est rendu sur l’île de Lesbos, par où ont transité environ la moitié du million de migrants arrivés depuis début 2015 en Union européenne par la Grèce. Il a visité le camp fermé de Moria, qui héberge 2700 personnes, puis celui de Kara Tepe, réservé aux cas les plus vulnérables, surtout des familles avec de jeunes enfants.

Sous un soleil de plomb, en chemisette verte et casquette bleue du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le secrétaire général a serré les mains pendant une demi-heure, et embrassé les enfants, dans une vaste cohue. Il a réconforté Cécile, une Camerounaise arrivée par la Turquie il y a trois mois avec deux jumeaux âgés de six ans, et qui se fait peu d’illusions sur son maintien en Union européenne. Mais il n’a pas vu Najah, une Syrienne, tentant de braver la foule avec une minuscule bébé dans les bras, pour lui tendre un petit papier le suppliant de l’aider, elle et ses trois enfants.

Dans un coin, Maher grommelle. Ce Syrien, arrivé le 19 mars 2016 à Lesbos, juste avant que le couperet ne tombe, y est toujours coincé avec sa femme et son bébé. Il se demande « à quoi servent toutes ces visites ». Lesbos a vu en effet défiler les ambassadeurs de bonne volonté des Nations unies -les actrices Susan Sarandon et Angelina Jolie, la reine Rania de Jordanie-, nombre de politiciens européens, et même le pape. Maher reconnaît néanmoins que ce serait pire « si personne n’attirait l’attention sur notre sort ».

Car il y a en Grèce continentale quelque 48000 autres migrants, piégés là depuis la soudaine fermeture des frontières au nord du pays, début mars 2016. Après l’évacuation, en mai, du camp improvisé d’Idomeni à la frontière greco-macédoine, le Conseil de l’Europe avait estimé que les nouveaux centres d’accueil dans le nord du pays, où de nombreux migrants étaient transférés, ne permettaient pas de les accueillir dans des conditions « décentes ». La rapporteuse de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe pour les migrations, Tineke Strik, s’était néanmoins dit « impressionnée par ce que les autorités grecques ont accompli en des délais aussi courts ». Samedi 18 juin, M. Ban a évité d’accabler la Grèce, saluant au contraire sa « générosité » et donnant en exemple les habitants de Lesbos, qui ont ouvert aux migrants « leurs maisons, leurs coeurs et leurs porte-monnaie ». Il a appelé la communauté internationale à soutenir le pays, estimant que le monde a « les moyens, la capacité et le devoir » de se confronter à cette crise migratoire.

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord Union européenne-Turquie, qui a très nettement tari les arrivées en Grèce -47 par jour en moyenne depuis mai 2016, contre 1740 avant l’accord, les migrants retrouvent l’ancienne route entre l’Afrique et l’Italie. Depuis janvier, 2510 personnes sont mortes en Méditerranée, souvent dans des naufrages faisant des centaines de victimes. L’Assemblée générale de l’ONU se réunira, le 19 septembre 2016, pour tenter de trouver une solution au problème des déplacements massifs de population.

Hélène COLLIOPOULOU et Odile DUPERRY

Ban Ki-moon avec des émigrants, à Lesbos, le 18 juin 2016

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