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lundi 5 décembre 2016
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17 juillet 2016

Histoire : Les véritables faussaires

par Frank BRUNNER


Vue du camp de concentration de Natzweiler-Struthof

Le site officiel de l’ex-camp de concentration de Natzweiler-Struthof, en Alsace, contient une rubrique intitulée « La chambre à gaz » (1). L’existence de cette chambre à gaz est présentée comme un fait avéré. Quiconque conteste cette existence est passible d’une condamnation pénale.


Le bâtiment qui aurait abrité la prétendue chambre à gaz du Struthof

Sur le site officiel, on peut lire : « Au KL-Natzweiler, les déportés n’étaient pas gazés de manière systématique, ni à la suite de sélections de masse.

La chambre à gaz fut créée en 1943, par le commandant du camp, Josef Kramer, à la demande des professeurs de médecine nazis de l’Université du Reich à Strasbourg afin de procéder à des expériences médicales. La chambre à gaz fut aménagée dans une petite pièce de 9 m2 à l’intérieur de l’ancienne salle des fêtes de l’auberge du Struthof, réquisitionnée dès 1941 par les SS pour y loger les premiers déportés en provenance du KL-Sachsenhausen.

Josef Kramer

Du 14 au 21 août 1943, 86 déportés juifs provenant du camp d’Auschwitz y sont gazés ; leur corps devaient servir à établir une collection de squelettes pour le professeur August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de l’Université du Reich de Strasbourg.

August Hirt

La chambre à gaz sera également utilisée par le professeur Otto BICKENBACH pour l’étude d’un traitement contre le gaz de combat phosgène (traitement à base d’urotropine). Des déportés, principalement tziganes, y servent de cobayes ».

Otto Bickenbach

Le 30 mai 2013, Robert Faurisson a publié un article intitulé : « Il est temps d’en finir avec la « chambre à gaz » du Struthof et ses 86 « gazés » (2). Robert Faurisson écrivait notamment : « Comme mainte rumeur de guerre celle-ci a connu des versions extraordinairement variables et contradictoires mais elle a fini par se fixer sous la forme suivante : en août 1943, Josef Kramer, le commandant de ce camp situé à 50 kilomètres de Strasbourg, y aurait, en personne (!), avec de l’acide cyanhydrique exécuté dans une petite chambre à gaz, en plusieurs fournées, un total de 86 juifs, envoyés spécialement d’Auschwitz à la demande du professeur August Hirt… désireux d’enrichir sa collection de squelettes à Strasbourg !

Robert Faurisson

Or voilà plus de soixante-six ans qu’un rapport d’expertise toxicologique signée du Dr René Fabre, doyen de la Faculté de pharmacie de Paris, a pourtant établi, dans des conclusions rendues le 1er décembre 1945, que ni ce local ni ces cadavres (ou restes de cadavres) ne présentaient de traces d’acide cyanhydrique ! Ainsi, à la date du 1er décembre 1945, la cause était-elle entendue et les conclusions parfaitement claires : il n’y avait, en réalité, pour confirmer la rumeur de ces assassinats, ni arme (une prétendue chambre à gaz d’exécution), ni victimes (86 prétendus gazés). La rumeur n’était donc qu’une rumeur. Or l’existence de ce rapport d’expertise est obstinément passée sous silence. De quel droit ? Et comment peut-on continuer d’écrire sur cette prétendue chambre à gaz homicide et ces prétendues victimes sans tenir le moindre compte dudit rapport et même en prenant la précaution de n’en jamais nommer l’auteur ?

René Fabre

Puisqu’en réalité le crime n’a pas été commis, deux mystères se dissipent d’un même coup. Jusque là, en effet, on se demandait par quel mystère, à la fin de 1944, décidant d’abandonner le camp du Struthof, les Allemands n’avaient pas pris le soin de faire disparaître l’arme du crime et par quel autre mystère, à Strasbourg, le Dr Hirt avait pu laisser sur place les cadavres de ses victimes. La clé de ces deux « mystères » réside, on le voit grâce à l’expertise Fabre, dans le fait que cette arme prodigieuse et ces victimes d’un crime abominable n’ont tout simplement pas existé. Cette expertise nous explique également un troisième mystère : le fait qu’après la guerre, lors des procès dits des médecins du Struthof (à Metz en 1952 et à Lyon en 1954), les tribunaux français n’ont –apparemment– pas condamné cette « horreur nazie » qui, si elle s’était vraiment produite, aurait été le crime majeur du Struthof. Il me faut dire « apparemment » parce que, n’ayant pu, malgré ma demande écrite, avoir accès aux dossiers mêmes des procès, j’ai dû me limiter 1) d’abord aux comptes rendus de presse de ces procès, 2) puis aux dires de trois avocats consultés (dont Me Albert Naud et Me Raymond Geouffre de la Pradelle) et, enfin, 3) aux ouvrages portant sur le Struthof. En revanche, j’ai pu avoir accès, dans des circonstances que j’exposerai ci-dessous, à certains épais dossiers de la Gendarmerie et de la Justice militaire concernant ce camp. Et là, le 27 mars 1980, j’ai fait, en la présence de trois personnes qui m’accompagnaient dans mon enquête, une double découverte : 1) un document signé de deux professeurs de médecine (Piédelièvre et Simonin) et d’un médecin (Fourcade) attestait de l’existence et des conclusions négatives de l’expertise Fabre ; 2) en revanche, l’expertise Fabre elle-même allait rester INTROUVABLE dans l’intégralité des dossiers consultables. […]

En avril 2013, le serpent de mer (en jargon de presse, « le marronnier ») a fait sa réapparition. A cette occasion, c’est avec empressement que la presse française a tenté de nous resservir la rumeur du Struthof. C’est ainsi que, dans son supplément « Télévisions » (28-29 avril 2013, p. 9), Le Monde en est venu à publier un article signé de Jean-Baptiste de Montvalon pour nous annoncer que, le lundi 29 avril, France 3 diffuserait un documentaire de 55 minutes : « Au nom de la race et de la science / Quand les nazis voulaient garder trace des juifs qu’ils exterminaient » : tels étaient le titre et le sous-titre de l’article dont voici un extrait :

« Une mission est envoyée [en 1943] à Auschwitz pour y choisir 115 personnes. Leurs caractéristiques sont adressées à Hirt, qui en retient 87. Parce que des cadavres risqueraient d’être endommagés lors du transport, les juifs sont convoyés jusqu’au bloc 13 du camp du Struthof, en Alsace. Afin de leur rendre une apparence physique convenable, ils y sont correctement nourris. Pendant ce temps une petite chambre à gaz est aménagée dans une ancienne salle des fêtes, située à 800 mètres de là. Un soir d’août 1943, tous y sont conduits, en quatre groupes distincts. Une femme se révolte, elle est abattue ; son corps sera écarté de la « collection ». Le 1er décembre 1944, ce sont donc 86 corps –16 cadavres restés entiers, les autres mutilés et méconnaissables– qui sont découverts par les Alliés dans des cuves d’alcool au sous-sol de l’Institut d’anatomie de l’université du Reich de Strasbourg. Pour des raisons restées mystérieuses, Hirt n’a rien fait de sa "collection" une fois qu’elle fut constituée. Sauf tenter de maquiller le crime, pour ensuite le nier ».

En 1979, la LICA (LICRA), à laquelle allaient se joindre huit autres associations, m’avait intenté un vaste procès pour un « dommage à autrui » causé, disait-elle, « par falsification de l’histoire » parce que, dans Le Monde et ailleurs, j’avais conclu à l’époque, au terme d’une longue et méticuleuse enquête, que les prétendues chambres à gaz hitlériennes (au Struthof ou ailleurs) et le prétendu génocide des juifs formaient un seul et même mensonge historique. On n’imagine plus aujourd’hui combien cette conclusion avait pu indigner même des historiens chevronnés ; les temps ont changé et, notamment grâce à Internet, il y a « de l’eau dans le gaz » et « du mou dans la corde à nœuds ». La LIC[R]A était partie à la bataille flamberge au vent et sûre de sa victoire. Il lui avait vite fallu déchanter. Deux avocats juifs, dont Robert Badinter, étaient revenus quasiment bredouilles d’une mission en Pologne et en Israël où ils étaient allés chercher des preuves de l’existence de chambres à gaz nazies : abondantes en quantité, les pièces collectées se révélaient d’une si mauvaise qualité qu’elles allaient, en décembre 1982, faire publiquement, devant la première chambre de la cour d’appel de Paris, section A, le désespoir de Me Bernard Jouanneau, le coryphée de la LIC[R]A. Décidant d’une initiative qui allait se retourner contre eux, mes adversaires avaient alors demandé aux autorités compétentes le droit d’accéder aux pièces judiciaires relatives au camp du Struthof et détenues au Blanc (Indre) par la Direction de la Gendarmerie et de la Justice militaire. Ils en ignoraient le contenu mais comptaient sur la Providence pour leur faire découvrir dans un monceau de documents la preuve qu’au moins au Struthof il avait existé et fonctionné une chambre à gaz nazie. L’accès à ces documents leur fut accordé et, par voie de conséquence, il nous fut également accordé. Au Palais de justice de Paris, du 27 mars au 5 juin 1980, en huit longues séances de consultation, sous la surveillance, passablement relâchée, d’une fonctionnaire, nous eûmes la possibilité, Me Eric Delcroix, moi-même et deux autres personnes nous accompagnant, de découvrir un certain nombre de pièces qui allaient nettement renforcer les conclusions révisionnistes. Les photocopies étant interdites, il nous fallut prendre des notes. Dès le premier jour et dès mon examen du premier dossier, je tombai sur ce que nous allions appeler entre nous « le pot aux roses » et qui n’était autre que la double conclusion du rapport Fabre. Comme nous allions malheureusement le constater par la suite, le texte du rapport resterait, jusqu’au bout, introuvable. Sa disparition était-elle ancienne ou récente ? Ce singulier et précieux rapport avait-il, comme par hasard, disparu l’avant-veille de notre propre première consultation, c’est-à-dire le 25 mars 1980, jour où Georges Wellers, pour le compte de la LIC[R]A, s’était vu accorder le privilège d’ouvrir la série des consultations ?

Georges Wellers

Toujours est-il que nous disposions heureusement là de la preuve circonstanciée que René Fabre avait conclu son enquête de manière doublement négative. Le même carton n° 1 contenait, en effet, un « Document 96/B » consistant en un « rapport d’expertise » des Professeurs et Docteurs Piédelièvre (Paris) et Simonin (Strasbourg) ainsi que du Docteur Fourcade (Strasbourg). Ce rapport concernait 1) au Struthof, la « chambre à gaz » que, curieusement, les Allemands n’avaient pas pris la peine de détruire ; 2) à l’Hôpital civil de Strasbourg, les cadavres ou restes de cadavres que, non moins curieusement, les Allemands n’avaient pas pris le soin de faire disparaître. Pourtant, l’évacuation du camp ne s’était pas faite dans la précipitation : elle avait commencé au début de 1944 et les Américains n’étaient arrivés que le 25 novembre ; pour ne prendre que son exemple, le professeur Hirt, comme normalement en temps de guerre, avait fait détruire des documents par sa secrétaire avant de quitter la place (Steegmann, 2009, p. 327). Dans leur rapport les trois experts (qui n’étaient pas des toxicologues et que décevaient les conclusions du prestigieux toxicologue R. Fabre) écrivaient :

« Recherches toxicologiques. Inventaire des bocaux adressés à l’expert toxicologue, M. le Professeur FABRE de la Faculté de Pharmacie de Paris. Bocaux W. Produit de raclage du mur extérieur de la chambre à gaz, autour de la cheminée. Bocaux X. Plâtras provenant de la cheminée extérieure de la chambre à gaz au moment de son enlèvement (p. 52). Recherches toxicologiques. Les prélèvements de sang, de viscères faits au cours des autopsies ont donné lieu, de la part du professeur FABRE, à des recherches toxicologiques. De son rapport, daté du 1er décembre 1945, nous reproduisons les conclusions : « Dans les viscères conservés dans le liquide conservateur (alcool + formol) et remis aux fins d’analyse, il n’a pas été décelé de toxiques volatils, et particulièrement d’acide cyanhydrique ». Il convient de rappeler que ce toxique n’aurait pu, d’après les essais préliminaires, être décelé que s’il avait été présent à une dose supérieure à 6 milligrammes dans la prise d’essais (p. 61). [Donnant ensuite leur opinion, les trois médecins ajoutaient en guise de commentaire :] Les conclusions négatives du rapport d’expertise du professeur FABRE ne s’inscrivent pas en faux contre la possibilité et même la grande probabilité de l’intoxication par l’acide cyanhydrique » (p. 67).

Notons que cette dernière affirmation, où il n’était question que de « possibilité » ou de « grande probabilité » et non de « certitude », ne faisait l’objet d’aucune ébauche de justification de la part des trois médecins. […]

La Faculté de pharmacie de Paris compte depuis longtemps une salle qui porte le nom de René Fabre (1889-1966) et qu’orne un buste de l’honorable doyen mais, dans le répertoire des œuvres de ce dernier, consultable à la Bibliothèque interuniversitaire de pharmacie, 4, avenue de l’Observatoire à Paris (VIe), le texte de son rapport d’expertise est absent. De ce rapport il a dû exister plus d’un exemplaire. Aujourd’hui que ressurgit l’affaire du Struthof, il convient plus que jamais d’entreprendre des recherches pour retrouver un exemplaire du rapport disparu. Je mesure la gravité du dilemme devant lequel vont se trouver les historiens qui ont jusqu’ici soutenu la thèse officielle et j’imagine la confusion des associations et des autorités qui ont demandé ou décidé l’inscription de la chambre à gaz du Struthof sur la liste des monuments historiques. Mais on ne peut persister dans un mensonge qui, avec l’arrivée d’une troisième génération, devient de plus en plus fragile. De 1941 à 1944, le Struthof a été le témoin des souffrances des uns, puis, de 1945 à 1948, le témoin des souffrances des autres (appelés « collabos »). Ramené à son authenticité il constitue un emblème, parmi tant d’autres, des vraies horreurs et des vraies souffrances de la guerre et de la guerre civile. Voilà qui devrait suffire.

Quant à R. Steegman, qui écrivait au sujet de son ouvrage de 2009 : « Ce livre est le résultat d’un travail long de près de vingt années » (p. 375) et qui manifestement connaît toutes les pièces du dossier, on aimerait qu’il accepte de répondre aux questions suivantes :

1) Pourquoi avoir totalement passé sous silence l’existence du rapport Fabre et de ses conclusions négatives ?

2) Pourquoi avoir mentionné les médecins Piédelièvre, Simonin et Fourcade mais non ce qu’ils ont dit du rapport Fabre (Steegmann, 2005, p. 313-316, ainsi que les notes 1261 à 1264, situées aux pages 479-480) ?

3) Pourquoi avoir mentionné, de Jean-Claude Pressac, The Struthof Album (New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1985) sans révéler le contenu des passages dévastateurs où Pressac, sans pour autant nommer René Fabre, cite les conclusions de ce dernier en paraissant les approuver quand il écrit « toxicological testing was negative » (p. 12), « toxicological analyses, which seem to have yielded negative results » ou « the toxicological examination for cyanides did not yield any positive results » (p. 41) ?

4) Pourquoi n’avoir pas signalé la mise en capilotade par le même J.-C. Pressac de certains « témoignages » dont celui du prétendu gazeur Josef Kramer, ancien libraire, en particulier aux pages 5, 9, 29, 30-36 de son livre, où l’on peut lire, sous la plume de l’auteur, une conclusion révisionniste jusque dans sa formulation : « he would have ended up gassing himself » ([si ce qu’il dit était vrai,] il aurait fini par se gazer lui-même » (p. 5) ?

5) Pourquoi, dans les deux ouvrages de 2005 et de 2009, n’avoir jamais donné la moindre représentation physique de la « chambre à gaz du Struthof » ?

6) Pourquoi n’avoir pas publié l’intégralité de la lettre où le professeur Auguste Hirt, mis en cause par le Daily Mail de Londres le 3 (et le 6) janvier 1945, a rédigé, de Tübingen, une longue et ferme « Prise de position » (Stellungnahme) en trois points commençant par : « Ce reportage [du Daily Mail] est un typique conte imaginaire d’atrocités » (ein typisches Greuelmärchen) ?

7) Pourquoi, au lieu de nous reproduire ce texte (ce qui, pour une fois, aurait permis d’accorder la parole à un perpétuel accusé), s’être contenté de nous en indiquer la référence et de nous en résumer quelques fragments sur le ton du persiflage (en particulier, 2009, p. 337) ? Au sujet de Hirt on lit : « Très affecté par la disparition de sa femme et de son fils, morts dans le bombardement de Strasbourg, le 25 septembre 1944, il se suicide le 2 juin 1945 à Schönenbach en Forêt Noire (actuellement Schluschsee) » (p. 338) ; pourquoi cette seule note humaine (où, soit dit en passant, est évoquée l’atrocité –vraie, celle-là– du bombardement systématique des populations civiles par les Anglo-Américains), est-elle couverte par de faciles outrages adressés à la mémoire de l’homme qui s’est tué de désespoir : « vaniteux », « orgueilleux », « obséquieux », « monstrueu[x] », « criminel » ?

Robert Steegmann

R. Steegmann a eu le mérite de corriger les formidables exagérations colportées par certains historiens du Struthof et par Henri Amouroux, donnant à croire que la minuscule « chambre à gaz » de ce camp avait servi à des tueries massives et régulières. Dans les années 1970, alors que fleurissaient encore les récits les plus échevelés sur « la barbarie nazie », on accueillait favorablement l’ouvrage d’Henry Allainmat, mentionné par R. Steegmann et intitulé, de manière significative, Auschwitz en France / La vérité sur le seul camp d’extermination nazi en France, Presses de la Cité, 1974, 249 p. Or R. Steegman, révisant et rectifiant ce point de vue, est amené à conclure :

« Pour considérable qu’elle soit, surtout en cinq années, la mortalité, malgré la présence d’une chambre à gaz, ne peut faire de Natzweiler [ou du Struthof] un camp d’extermination. L’expression est pourtant récurrente depuis 1945, perpét[u]ée par les témoignages et les récits des rescapés. Cruel dilemme entre histoire et mémoire ! Le débat n’a pas lieu d’être. Car, si extermination il y a eu, elle a été perçue et vécue comme telle par les effets du travail, de l’usure, du non-respect des droits les plus élémentaires de l’homme, mais elle ne résultait pas de la mise à mort planifiée et systématique de groupes entiers » (2009, p. 308-309).

Malheureusement R. Steegmann en est parfois resté, comme on l’a vu, au langage vengeur des années 1950 et aux simplifications outrancières des historiens de l’époque. Citant un passage du livre de François Bayle paru en 1955 sous le titre de Croix gammée contre caducée, il fait sienne la conclusion suivante sur l’affaire Hirt (j’en mets certains mots en gras) : « Ainsi l’idée monstrueuse d’un seul criminel [Hirt], confiée à un grand débile bien placé [Brandt] et à un démoniaque violent [Sievers], rationnée par un chef cruel, borné, curieux et insensible [Himmler], fut réalisée par les soins d’une brute disciplinée [Kramer] » (2009, p. 338).

On peut concevoir que, pour des raisons d’ordre personnel, la haine que nourrit R. Steegmann à l’endroit du national-socialisme le conduise à approuver chez F. Bayle de tels excès de pensée et de langage mais notre historien serait bien inspiré d’aller voir de près ces écrits révisionnistes qu’il n’a fort probablement pas lus et qu’il se contente d’appeler « l’abjecte production des négationnistes » (2009, p. 329). Il y puiserait un nombre considérable d’enseignements sur la façon de mener une enquête historique autrement que comme le font ceux que j’appelle les « historiens de papier », lesquels se soucient trop peu de la matérialité des faits, en particulier quand il s’agit d’étudier un crime. Il s’y verrait remettre en mémoire qu’il faut établir les faits avant de les commenter et qu’il sied avant tout d’être concret, terre-à-terre et matérialiste comme le sont en principe un spécialiste de la police technique (sur la scène d’un crime) et un spécialiste de la police scientifique (en laboratoire). Il apprendrait également à lire de plus près les documents et, dans le cas présent, parmi d’autres, les « aveux » du SS Kramer dans leurs différentes versions, qui sont absurdes et inconciliables. Peut-être prendrait-il aussi en considération les fermes dénégations d’Allemands interrogés par la Justice française au sujet à la fois de la chambre à gaz prétendument homicide et du prétendu gazage des 86 juifs. Il prêterait plus d’attention aux témoignages selon lesquels cette misérable chambre à gaz, si élémentaire, si bricolée, avec ses joints de « feutre » (!), avait été en réalité utilisée pour l’inoffensif entraînement des recrues au port du masque à gaz (avec passage en atmosphère simplement viciée) quand ce n’était pas aux recherches du Dr Bickenbach sur l’urotropine ou tel autre antidote destiné aux malheureuses victimes des bombardements au phosphore ou du typhus. Dans mes écrits, il apprendrait que, durant l’été 1943, les autorités du camp en étaient encore à envisager l’installation d’une simple chambre à gaz de désinfestation et que le plan de construction qu’ils avaient soumis à Berlin et à Francfort leur avait été retourné avec des observations désobligeantes sur le peu de sérieux de leur projet (lettre de l’entreprise de désinfestation Heerdt-Lingler du 3 septembre 1943). A ce compte on se demande comment, peu auparavant, Kramer, libraire de profession dans la vie civile, avait pu, muni de quelques conseils, s’improviser maître en chambre à gaz homicide au point d’accumuler quatre exécutions de groupes humains totalisant 86 victimes et cela avec un matériel et une technique qui auraient normalement dû provoquer une série de catastrophes aussi bien pour l’exécutant que pour l’entourage proche et lointain. […]

R. Steegmann répète souvent que l’historien n’est ni juge, ni accusateur mais le malheur veut que, d’un bout à l’autre des ses deux principaux ouvrages sur le Struthof, il ait adopté le langage d’un juge-accusateur trop peu soucieux de dire « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Il a surtout caché à son lecteur l’existence et le contenu d’une expertise scientifique de première importance et il a ignoré trop de faits d’ordre essentiellement matériel qui, à eux seuls, suffisaient à convaincre que le récit des prétendus gazages homicides du Struthof ne pouvait être qu’une imposture. […]

Enfin, pour en revenir au cœur de notre sujet, la chambre à gaz du Struthof, il convient de savoir qu’au procès de Metz, selon un journal, le capitaine Henriez, substitut du commissaire du gouvernement, aurait pour sa part déclaré : « Je ne puis apporter la preuve qu’il y a eu des morts par empoisonnement au Struthof » (Dernières Nouvelles d’Alsace, 18 décembre 1952, p. 15).

Dans le livre « De Gaulle ou l’éternel défi » de Jean Lacouture et Roland Mehl, on peut lire le récit par Pierre Sudreau d’une visite de Charles de Gaulle au camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Il n’y est nullement question de l’existence d’une chambre à gaz.

Pierre Sudreau : […] « J’ai également été le témoin de son [Charles de Gaulle] émotion quand je l’ai accompagné avec Edmond Michelet à l’inauguration du monument au camp, à l’horrible camp de Struthof, qui se trouvait dans les Vosges. C’était un camp destiné à briser les prisonniers français. En quinze jours, trois semaines, on brisait les résistants : on les faisait courir dix heures autour d’une pièce d’eau, sous le fouet, par exemple. Les quelques survivants n’ont rien épargné, dans leurs récits, des sévices qu’ils avaient subis, et j’ai vu l’émotion du Général quand il est sorti du crématoire, une émotion extraordinaire qu’il ne parvenait pas à cacher » (3). […]

Dans ses Mémoires de guerre, à aucun moment Charles de Gaulle ne mentionne un génocide des juifs ou l’utilisation par les Allemands de chambres à gaz homicides (4). Ces allégations ne sont pas davantage mentionnées dans les mémoires de Winston Churchill (5) ou de Dwight Eisenhower (6). Tous les trois savaient ces allégations dénuées de fondement.

Frank BRUNNER

Charles de Gaulle au camp de concentration de Natzweiler-Struthof

Notes :

(1) http://www.struthof.fr/fr/le-kl-natzweiler/introduction-a-lhistoire-du-camp/la-chambre-a-gaz/

(2) http://robertfaurisson.blogspot.ch/2013/05/il-est-temps-den-finir-avec-la-chambre.html

(3) De Gaulle ou l’éternel défi, Seuil, 1988, page 87.

(4) http://www.interet-general.info/spip.php?article17389

(5) http://www.interet-general.info/spip.php?article17140

(6) http://www.interet-general.info/spip.php?article17278

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