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Le Monde, 31 août 2004

Proche Orient : La Syrie est rappelée au respect de la Constitution libanaise

par Mouna NAÏM


Vue de Beyrouth

A l’initiative de la France et des Etats-Unis, un projet de résolution est en discussion, au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige de la Syrie qu’elle respecte la souveraineté et l’indépendance du Liban. L’idée est de mettre un terme au cynisme de la politique pratiquée par Damas au pays du Cèdre. Les discussions portent sur la formulation du texte, dans le but de rallier à celui-ci tous les membres du Conseil de sécurité.

Liban


D’ores et déjà, les échos sont très favorables. Jacques Chirac aurait l’intention d’évoquer cette question avec le président russe, Vladimir Poutine, lors de sa visite de quelques heures à Sotchi, au bord de la mer Noire, mardi 31 août 2004.

Jacques Chirac en compagnie de Vladimir Poutine et Gerhard Schröder

Washington et Paris discutent de ce dossier depuis des mois, mais les choses se sont accélérées, il y a quelques jours, lorsque le président libanais, Emile Lahoud, en violation de la Constitution, s’est officiellement porté candidat à sa propre succession. Il était dès lors évident que la Syrie avait décidé de reconduire M. Lahoud dans ses fonctions. Sans préavis, le gouvernement libanais s’est ensuite réuni, samedi 28 août 2004, pour adopter, en une vingtaine de minutes, un projet d’amendement de l’article 49 de la Constitution, qui interdit au président de la République de briguer deux mandats successifs.

Emile Lahoud

Le projet de texte prévoit une prorogation du mandat de M. Lahoud pour une durée de trois ans. Trois ministres ont voté contre. Ils appartiennent à la famille politique du dirigeant druze Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste. Quatre ministres étaient absents, parmi lesquels deux se trouvaient à l’étranger. Les deux autres, Farès Boueiz et Jean Obeïd, n’ont pas justifié leur absence.

Walid Joublatt

Le projet d’amendement doit être approuvé par les deux tiers du Parlement pour entrer en vigueur. D’une durée de six ans, le mandat du président de la République vient à expiration le 23 novembre 2004. C’est la troisième fois depuis 1995, que, sur injonction syrienne, la Constitution libanaise est amendée, à titre provisoire, pour qu’accède à la plus haute magistrature un homme choisi par Damas.

Jean Obeid

Dès l’annonce de la candidature de M. Lahoud, les Etats-Unis, par la voix de leur ambassadeur au Liban, ont signifié leur mécontentement, en rappelant à Damas la nécessité de respecter les textes constitutionnels. Washington, qui, depuis des années, n’avait jamais fait du respect de l’indépendance et de la souveraineté du Liban l’une de ses priorités régionales, multiplie les pressions sur la Syrie pour qu’elle replie les quelque 20000 soldats qu’elle maintient au Liban depuis 1976.

Vue de Damascus

Les autorités syriennes ont été prévenues qu’elles ne devaient pas prendre cette exigence à la légère, faute de quoi elles devraient en payer le prix. L’administration américaine exige également de Damas qu’elle manifeste une meilleure coopération pour enrayer le terrorisme dans l’Irak voisin et soupçonne la Syrie de détenir des armes de destruction massive.

Le Conseil de sécurité de l’ONU

Vive opposition

Les pays les plus influents au Proche-Orient au sein de l’Union européenne exigent, eux aussi, de la Syrie qu’elle respecte la souveraineté libanaise. Il y a quelques jours, le président Jacques Chirac, le premier ministre britannique, Tony Blair, et le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer -qui était en visite à Damas- l’ont clairement signifié.

Joschka Fischer

A l’intérieur du pays, la seule idée d’amender la Constitution avait entraîné une vive opposition transcendant les clivages communautaires et politiques. L’adoption du projet d’amendement par le gouvernement a accentué l’amertume. "Ce qui s’est passé (...) a été ourdi la nuit et appliqué le jour à grande vitesse, (...) comme si le Liban était devenu un ballon que se renvoient des joueurs régionaux et internationaux, comme si ses fils étaient devenus des étrangers qui n’ont pas leur mot à dire, (...) comme si les protagonistes de cet événement -l’adoption du projet d’amendement- avaient été réquisitionnés pour faire ce qu’ils ont été sommés de faire", a déclaré, dimanche 29 août 2004, du haut de sa chaire, le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir.

Des cèdres

D’autres personnalités se sont exprimées dans le même sens, pour dénoncer l’outrecuidance syrienne. Du côté des pro-amendement se rangent notamment le Hezbollah, la branche libanaise du parti Baas au pouvoir en Syrie et le Parti syrien national social.

Mouna NAÏM

Bachar Al-Assad

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