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lundi 27 février 2017
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AFP, 21 juillet 2016

Corruption : Scandale en Malaisie

par Jeremy TORDJMAN


Vue de Kuala Lumpur

Des appartements de luxe, un jet privé et même les royalties du film The Wolf of Wall Street : les autorités américaines veulent saisir un milliard de dollars d’actifs liés à un vaste scandale impliquant un fonds souverain malaisien.


Malaysia

L’offensive judiciaire lancée mercredi 20 juillet 2016 par le ministère américain de la Justice (DoJ) cible une « conspiration internationale » visant à blanchir des centaines de millions de dollars détournés du 1Malaysia Development Berhad (1MDB), un fonds public créé en 2009 et dont le premier ministre malaisien, Najib Razak, est le président consultatif. « C’est une étape importante dans notre combat contre la corruption mondiale et pour s’assurer que les États-Unis n’offrent pas un abri à ceux qui utilisent illégalement des fonds publics pour leurs gains personnels », a assuré la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, ajoutant que les actifs saisis seraient restitués à la Malaisie.

Loretta Lynch

Selon la plainte des autorités américaines, des proches du pouvoir malaisien, voire des responsables gouvernementaux, ont au total siphonné trois milliards de dollars via un complexe réseau de sociétés-écrans, afin de mener grand train. La liste de leurs acquisitions comprend plusieurs propriétés de luxe à Beverly Hills ou à New York, un jet privé Bombardier, une toile de Vincent Van Gogh et une autre de Claude Monet payée 35 millions de dollars. Ils ont également pris une participation, à hauteur de 106 millions de dollars, dans la major musicale EMI, leur permettant de percevoir des revenus dès qu’un titre du catalogue est joué ou diffusé « publiquement », selon le ministère.

Dans le collimateur des autorités figure notamment Riza Aziz, le beau-fils du premier ministre malaisien, qui aurait illicitement perçu 238 millions de dollars et en aurait utilisé une partie pour co-fonder un studio de cinéma à Hollywood, baptisé Red Granite. Ironiquement, son catalogue inclut notamment The Wolf of Wall Street (2013), le film de Martin Scorsese inspiré de la vie d’un courtier ayant construit sa fortune en détournant l’argent de ses clients. Le rôle-titre était campé par Leonardo DiCaprio. Red Granite a déboursé 100 millions de dollars pour produire ce film, qui en a rapporté 392 dans le monde. « Bien sûr, la population malaisienne n’a pas perçu un centime des bénéfices réalisés par ce film. (...) Cet argent est allé dans les poches des parents et associés des responsables corrompus de 1MDB », a déclaré la ministre adjointe de la Justice américaine, Leslie Caldwell, en annonçant la saisie des futurs revenus tirés de l’exploitation de ce film.

Leslie Caldwell

Contacté par l’AFP, le studio Red Granite a assuré qu’aucun des fonds qu’il avait reçus n’avait « quoi que ce soit d’illégitime ». « Quand les faits seront connus, il sera évident que Riza Aziz et Red Granite n’ont rien fait d’illégal », indique son communiqué.

Riza Aziz

Le scandale de 1MDB a entraîné l’ouverture d’enquêtes dans plusieurs pays et a fini par atteindre le Premier ministre malaisien, après des révélations du Wall Street Journal selon lesquelles il aurait perçu un milliard de dollars de financements liés au fonds souverain. M. Razak, qui a toujours nié ces accusations, n’est pas formellement nommé dans la plainte américaine.

Najib Razak

Pressé de savoir si les États-Unis cherchaient ainsi à ménager un de leurs alliés, la ministre de la Justice a nié tout « arrangement » et assuré que la plainte visait avant tout à « traquer » les actifs controversés.

Des établissements financiers risquent également d’être éclaboussés. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si Goldman Sachs, qui a aidé 1MDB à lever des fonds, n’a pas omis d’avertir les autorités de transactions suspectes. « Goldman Sachs et un nombre d’autres institutions ont été impliquées dans différents aspects de ces transactions. Nous continuons d’enquêter et nous suivrons toutes les pistes », a assuré Mme Caldwell.

Le scandale a également des ramifications en Suisse où le gendarme des marchés a ordonné, fin mai 2016, la dissolution de la banque BSI pour avoir exécuté de nombreuses transactions « opaques » pour le compte du fonds malaisien. Le fonds lui-même traverse de grandes difficultés financières. En 2014, il affichait une dette de 11 milliards et s’est déclaré, fin avril, en défaut de paiement, après avoir échoué à rembourser 50 millions de dollars d’intérêts.

Jeremy TORDJMAN

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