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Le Courrier, 26 juillet 2016

Côte d’Ivoire : Colère sociale malgré la croissance

par Alexis ADÉLÉ


Des manifestants s’en prennent au siège de la Compagnie ivoirienne d’électricité, à Yamoussoukro, le 19 juillet 2016

Des véhicules et des établissements administratifs et bancaires saccagés. Du matériel de travail emporté. Des travailleurs exfiltrés par les forces de l’ordre. D’abord à Yamoussoukro, la capitale politique, puis à Daloa, la troisième plus grande ville de Côte d’Ivoire, et enfin à Bouaké, la deuxième grande agglomération, la population ivoirienne a dit son ras-le-bol dans la violence. A Bouaké, les émeutes se sont soldées, vendredi 22 juillet 2016, par la mort d’un manifestant et une dizaine de blessés.


Côte d’Ivoire

« Trop c’est trop. Nous voyons, à longueur de journées, des investissements de milliards de francs CFA arrivés pour améliorer nos conditions de vie. Mais c’est le contraire qui se produit. Les prix des denrées alimentaires sont à la hausse, il n’y a aucune réponse au chômage. Et comme si tout cela ne suffisait pas, on nous envoie régulièrement des factures d’électricité au coût exorbitant. Nous n’en pouvons plus », explique Drissa Traoré, un manifestant à Bouaké, joint au téléphone.

Manifestation devant une agence d’électricité ivoirienne de Bouaké, le 22 juillet 2016

Depuis le mois de janvier 2016, la population ivoirienne est confrontée à la vie chère. Le prix des aliments de base a été multiplié par deux, les factures d’électricité ont connu une hausse de 50 % (contre 14 % annoncée), quand le premier emploi se fait rare pour un million de jeunes en âge de travailler. Si les populations ont longtemps soupiré leur état d’âme, elles ont fini par matérialiser leur grogne, alors que les signaux économiques du pays sont annoncés au vert.

Selon le ministère ivoirien de l’Economie, le taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) s’est établi à 10,7 % en 2012, 9,2 % en 2013 puis 8,5 % en 2014 et 8 % 2015, grâce au retour à la stabilité politique et aux réformes macroéconomiques mises en place par le libéral Alassane Ouattara. La croissance devrait se maintenir à 8,5 % en 2016.

Alassane Ouattara

« En réalité, la croissance ivoirienne ne profite qu’à une minorité, constate l’analyste politique Médjan Touré. Des centres commerciaux et des boutiques de luxe sortent de terre partout. Les gens voient passer des voitures rutilantes, mais ils peinent à assurer leur quotidien. Il y a une politique économique qui conduit plus à des inégalités, ne profitant qu’aux investisseurs au détriment des populations ».

Depuis son arrivée au pouvoir, en avril 2011, le président Alassane Ouattara et son gouvernement ont, certes, permis une ruée d’investisseurs vers le pays, permettant la mise en route de nombreux chantiers d’infrastructures industrielles, routières, hôtelières. Seulement, les fruits de la croissance ne parviennent pas au bas de l’échelle des Ivoiriens.

Les manifestants s’en prennent à une banque à Bouaké

Depuis 2008, en effet, près d’un million d’Ivoiriens ont basculé dans la pauvreté, avec moins d’un dollar de dépense par jour. Et les choses ne se sont visiblement pas améliorées, cinq ans après la grave crise post-électorale que le pays a connue entre 2010 et 2011, causant 3000 morts. Les emplois ne sont pas toujours stables et le taux de chômage avoisine désormais les 25 % sur un marché qui accueille chaque année plus de 300000 nouveaux travailleurs.

« Si les Ivoiriens continuent de ne pas obtenir leur part du gâteau dans le partage de la croissance, il y aura sans cesse des revendications. Les manifestations contre la hausse des tarifs de l’électricité ne sont qu’une face de leur colère. Il faut craindre pire, si tous les griefs (salaires faibles, chômage, hausse du prix des denrées alimentaires, inégalités sociales) viennent s’ajouter à la grogne », prévient Touré. Selon lui, le gouvernement ivoirien doit soutenir la transformation locale des produits d’exportations. « Plus il y aura d’unités industrielles, plus il y aura d’emplois. En outre, le tarif de l’électricité devra être revu », ajoute l’analyste.

Alexis ADÉLÉ

Des manifestants à Bouaké, le 22 juillet 2016

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