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lundi 5 décembre 2016
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Le Courrier, 31 juillet 2016

Turquie : En 15 jours seulement

par Dominique HARTMANN


Recep Tayyip Erdogan

En 15 jours à peine, Recep Tayyip Erdogan a étendu son pouvoir d’une manière inimaginable, bouleversant fondamentalement l’équilibre des pouvoirs en Turquie. Justice, médias, enseignement, aucun des piliers de l’Etat de droit démocratique n’a été épargné. L’armée et les services secrets sont désormais sous le contrôle exclusif de la présidence. En 15 jours à peine, Erdogan a volé vers ce que son parti, l’AKP, revendique depuis longtemps : un régime présidentiel libre de toute entrave parlementaire. Le régime d’Erdogan était autoritaire. Il semble virer à la dictature. Les voix critiques sont à nouveau prévenues.


Turquie

15000 personnes ont été arrêtées depuis le 15 juillet 2016, et plus de 45000 personnes suspendues ou « démissionnées » dans la police, la justice et la fonction publique, tandis que 131 médias et maisons d’édition étaient fermés. Avec un quart des magistrats du pays démis de leurs fonctions et l’intimidation exercée sur les restants, les personnes arrêtées n’ont pas la moindre chance de bénéficier de jugements équitables. La répression menace même les opposants à l’étranger. Particulièrement violentes, ces purges ne font d’ailleurs que suivre de nombreuses autres opérations de reprise du contrôle. « Insulte à la nation » ou « propagande terroriste », ces chefs d’accusation rythment depuis longtemps les interpellations. En janvier encore, 21 universitaires avaient été interpellés à leur domicile, coupables d’avoir demandé avec d’autres que cessent les crimes contre les Kurdes, et le retour à la table des négociations.

Arrestation du brigadier général Nejat Atilla Demirhan

En 2013, lors du mouvement Occupy Gezi (qualifié alors de « coup d’Etat »), où les trentenaires se politisaient, la société civile avait su se faire entendre. En 2015, le Parti démocratique des peuples HDP, formation de gauche pro-kurde, réussissait, 3 ans seulement après sa constitution, à obtenir 59 voix au Parlement. Aujourd’hui, sa base électorale -coalition de formations diverses réunissant syndicats, organisations écologistes, féministes, arméniennes, laïques ou défendant un islam plus libertaire-, osera-t-elle encore se mobiliser et se faire entendre, et avec quels outils, puisque la presse critique est muselée ? L’islam politique et social pratiqué par le gouvernement conservateur,​ aussi, concurrence clairement certaines revendications de la société civile, notamment celles des minorités arméniennes, juives, alévis et kurdes. Et il dispose de moyens politiques et financiers considérables via un Diyanet -la Présidence des affaires religieuses– surdoté. ​Rappelons qu’immédiatement après le mouvement du 15 juillet, l’Etat a mobilisé les mosquées pour que celles-ci appellent leurs fidèles à descendre dans la rue manifester leur soutien au chef de l’Etat. Face aux peurs qu’entraîne cette nouvelle vague de répression brutale, la société civile saura-t-elle ne pas se diviser ?

Des soldats soupçonnés d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat sont conduits au tribunal, à Istanbul

En attendant, l’Union européenne se doit de réagir en soutenant de toutes les façons possibles les forces démocratiques turques. Et en suspendant l’accord passé en mars 2016 avec la Turquie, censé gérer la question migratoire. Quelle sécurité un pays qui foule aux pieds les droits de ses propres habitants peut-il bien offrir aux demandeurs d’asile ?

Dominique HARTMANN

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