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samedi 3 décembre 2016
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Le Courrier, 3 août 2016

Syria : Des ventes à sous-munitions

par Dominique HARTMANN


Une rue de Douma en juillet 2016

Le conflit qui ensanglante la Syrie depuis cinq ans nécessite beaucoup d’armes. On le sait, une partie d’entre elles viennent des Balkans. Jeudi 28 juillet 2016, un consortium de journalistes d’investigation des Balkans publiait des chiffres éloquents : depuis l’escalade du conflit syrien, en 2012, des contrats estimés à 1,2 milliard d’euros lieraient quatre pays de l’Union européenne (la République tchèque, la Bulgarie, la Croatie et la Slovaquie) ainsi que la Serbie, la Bosnie et le Monténégro à l’Arabie saoudite, aux Emirats arabes, à la Turquie et à la Jordanie.


Syria

Ce vaste circuit de vente d’armes est d’autant plus sinistre que ces pays, qui s’enrichissent à millions, ferment sans vergogne leurs frontières aux personnes que le conflit armé oblige à fuir : depuis des mois, la frontière des Balkans reste close et le président tchèque Zeman se redisait, mardi 2 août 2016, opposé à « tout accueil de migrants », alors que son pays est l’un des premiers bénéficiaires de la vente d’armes documentée.

Ce cynisme rappelle celui des embargos décrétés contre les pays en guerre, tel celui déclaré par l’Union européenne contre les belligérants syriens, allégrement contourné, on le voit. La Suisse n’est pas en reste, puisque des grenades produites par l’entreprise Ruag, contrôlée par la Confédération, ont été retrouvées en Syrie, puis en Turquie, lors du premier attentat de l’État islamique. En 2012, interrogé sur cette vente de grenades aux Emirats arabes, le Conseil fédéral [exécutif de la confédération] reconnaissait que ceux-ci, en « offrant » une partie des grenades à la Jordanie, en 2004, n’avaient pas respecté la déclaration de non-réexportation que la Suisse jugeait suffisante. Comme certaines armes, ces ventes sont à sous-munitions : destinées initialement à une certaine zone, elles couvrent au final un territoire bien plus vaste que prévu.

Une rue de Douma en juillet 2016

La Suisse, elle aussi, est prise dans ce tissu d’incohérences. Au premier semestre de 2016, ses ventes d’armes ont augmenté de 11 % par rapport à la même période de 2015. En avril, la Suisse violait le traité onusien sur le commerce des armes (TCA), pourtant ratifié, en vendant du matériel de guerre à l’Arabie saoudite, principal bailleur de fonds des rebelles syriens et impliqué dans le conflit avec le Yémen. Les ventes à l’Inde et au Pakistan ont également augmenté au premier semestre. Si ces deux pays ne sont pas officiellement en guerre, le Pakistan est reconnu comme l’une des plaques tournantes de l’islamisme mondial. Les terroristes qui frappent nos démocraties continueront donc encore longtemps d’utiliser aussi nos armes. Alors que des discours martiaux accompagnent chaque nouvel attentat terroriste, ce sont des décisions cohérentes qu’il faut prendre.

Dominique HARTMANN

Evacuation d’une victime d’un bombardement, à Douma, en juillet 2016

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