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dimanche 4 décembre 2016
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Le Courrier, 5 août 2016

Corruption : Une fête indécente

par Christophe KOESSLER


Des policiers dans la favela de Manguinhos

Détournements de fonds publics, déplacements de population et violences policières minent déjà les Jeux olympiques qui démarrent aujourd’hui.


Brésil

La grand-messe des Jeux olympiques et la fête qui les accompagne débutent aujourd’hui à Rio de Janeiro. Mais derrière les terrains de sport flambant neufs et les exploits des athlètes se cache une réalité moins reluisante marquée par des violations flagrantes des droits humains.

Une conférence organisée fin juin 2016 aux Nations Unies par Amnesty International et Terre des hommes a dévoilé l’envers de ce décor, témoins à l’appui. Parmi les intervenants, le journaliste brésilien Jamil Chade couvre depuis dix ans les questions brûlantes liées à la préparation de la Coupe du monde de football en 2014 au Brésil et des Jeux olympiques de Rio. « Un événement sportif ne peut être vraiment un succès que s’il ne nuit pas à la population locale ». Pour la Fédération internationale de Terre des hommes, c’est déjà raté pour les Jeux olympiques qui démarrent aujourd’hui à Rio. Hausse des homicides de la police dans les favelas de Rio de Janeiro ces derniers mois, déplacements forcés de quelque 7000 familles pour faire place aux installations sportives, atteintes au droit de manifestation et évacuation des enfants des rues, tout cela forme un tableau peu réjouissant.

Ajoutés à la forte augmentation des prix du logement, l’éviction des commerçants informels et la privatisation de lieux publics, dénoncées par le Comité populaire de la Coupe du monde et des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, les Jeux olympiques seraient loin d’être une bonne affaire pour la majeure partie des 6 millions d’habitants de la métropole brésilienne.

Cela ne constitue pas vraiment une surprise car la plupart des grands évènements internationaux ont été émaillés de problèmes similaires ces vingt dernières années, que ce soit en Afrique du Sud, à Beijing, à Sotchi ou à Baku, soulignent les ONG.

Amnesty International s’est pour sa part concentrée sur l’augmentation des violences policières et les violations des droits humains dans les périodes qui ont précédé la tenue au Brésil des Jeux panaméricains en 2007, de la Coupe du monde de football en 2014 et des Jeux olympiques de Rio. Le bilan n’est pas brillant : « En 2007, le nombre d’homicides commis par les forces de l’ordre a atteint un record [avec 1330 morts en une année seulement]. Ce chiffre a diminué ensuite pour remonter de 40 % en 2014 », a détaillé aux Nations Unies Renata Neder, au nom d’Amnesty International.

Renata Neder

Une telle recrudescence des violences est directement liée à la multiplication d’opérations « de maintien de l’ordre » dans les favelas, censées améliorer la sécurité avant les évènements internationaux.

En outre, les exécutions extrajudiciaires, les bavures et autres négligences sont légion. Invitée à témoigner à l’ONU, Ana Paula Oliveira n’a pas pu retenir ses larmes en évoquant la mort de son fils âgé de 19 ans, le 14 mai 2014, dans la favela de Manguinhos : « Le policier a tiré dans le dos de Carlos alors qu’il ne faisait que passer et n’était pas armé. L’assassin en uniforme peut s’en sortir car il plaide la légitime défense. C’est toujours comme ça. Ce même agent avait déjà tué par trois fois par le passé, mais il exerçait toujours. Même après la mort de mon fils, j’étais obligé de le voir tous les jours dans le quartier avant qu’il ne soit muté après mes plaintes répétées ». Les autorités avaient pourtant promis d’impulser des changements et avaient créé une unité spéciale de « police pacificatrice », supposée agir avec plus de retenue. Mais les résultats ne se sont pas fait sentir. Le coupable de la mort de Carlos appartenait d’ailleurs à cette nouvelle unité. « Pour nous, ces évènements sportifs, c’est un nouvel héritage de mort et de douleur », conclut Ana Paula Oliveira.

Ana Paula Oliveira devant le Palais des Nations, à Genève

En 2015, année de préparation des Jeux, la situation s’est encore dégradée, relève dans un rapport Amnesty. Selon celui-ci, les homicides policiers ont augmenté de plus de 11 %, entraînant un autre triste record : plus d’un cinquième des personnes tuées à Rio cette année-là ont été abattues par des hommes en uniforme. Et dans les premiers mois de 2016, plus les Jeux olympiques se rapprochaient, plus les statistiques s’affolaient : de 47 homicides impliquant la police en février, on est passé à 78 en avril.

L’inquiétude monte aussi à l’approche des joutes sportives, qui se tiendront entre le 5 et le 21 août 2016. L’État de Rio a mis sur pied la plus importante opération de sécurité dans l’histoire du Brésil : le déploiement de quelque 65000 policiers durant la ­compétition, mais également de 20000 soldats affectés entre autres à la « sécurité » de six favelas.

Des policiers dans la favela de Manguinhos

Une militarisation qui préoccupe : « Amnesty a alerté les autorités sur les risques liés à l’engagement des soldats, en lumière de graves violations des droits humains qui ont eu lieu par le passé ». Parmi elles, la « tuerie panaméricaine », en juin 2007 : dix-neuf personnes, dont un garçon âgé de 13 ans, avaient été abattues lors d’une opération à laquelle l’armée avait participé à Complexo do Alemao, un ensemble de favelas.

La sécurité des manifestants –nombre d’organisations ont d’ores et déjà annoncé qu’elles protesteraient durant les Jeux olympiques– n’est pas non plus assurée, selon Amnesty International, qui rappelle l’utilisation excessive de la force par la police lors des rassemblements de 2013 et de 2014 contre la hausse de tarifs des transports et la déliquescence des services public. Cette répression avait entraîné de nombreux blessés. « Les armes non létales n’ont toujours pas été régulées (balles en caoutchouc par exemple, ndlr), la police n’a pas reçu d’entrainement adéquat et l’impunité est toujours la règle ».

Mais il n’est même pas sûr que les mécontents puissent se faire entendre. Deux nouvelles lois adoptées en 2016 restreignent clairement la liberté d’expression et le droit de réunion. La législation anti-terroriste brésilienne votée en mars laisse une marge d’interprétation suffisante pour être utilisée à l’encontre des protestataires, dénoncent les mouvements sociaux et les ONG.

Quant à la « Loi générale sur les Jeux olympiques », signée par le nouveau président conservateur, Michel Temer, en mai 2016, elle impose des restrictions drastiques au droit de manifester à Rio de Janeiro « qui peuvent être contraires au droit international », estime Amnesty. Les habitants des bidonvilles vont-ils braver les interdictions et descendre sur la ville olympique ? « On ne peut faire taire la favela. Un jour, elle lève la voix et parle au monde », se prend à espérer Ana Paula Oliveira.

Maria Da Penha Macena

Maria Da Penha Macena a résisté jusqu’au bout. Et a eu gain de cause : elle fait partie de l’une des 20 familles qui pourront rester dans le secteur de Vila Autodromo, sur les quelque 550 qui vivaient là encore en 2014. C’est là l’histoire d’un des nombreux quartiers rasés pour faire place aux Jeux olympiques à Rio de Janeiro. En tout, 7000 familles ont été expulsées selon la Fédération internationale de Terre des hommes (FITDH). « Nous avons d’abord subi toutes sortes de pressions psychologiques et physiques. Notre lieu de vie est devenu une zone de guerre. Des habitants ont alors accepté de partir. Nous vivions dans une ville fantôme. La municipalité a coupé l’eau et l’électricité », racontait Maria Da Penha Macena, fin juin 2016, au Palais des Nations, à Genève. Puis, en mars 2015, sa maison a été détruite : « Je me suis alors réfugiée dans notre Église ». Les derniers résistants ont toutefois continué leur lutte, plus unis que jamais. C’est à ce moment-là que cette mère de famille âgée d’une cinquantaine d’années a été blessée : « J’ai reçu un coup de matraque qui m’a cassé le nez lorsque la police a forcé le barrage pacifique que nous avions formé pour empêcher la démolition d’une habitation ». Au final, la grande majorité des habitants ont obtenu d’être relogés, non loin de là, dans des conditions acceptables. Les vingt familles, elles, vivent dans des containers fournis par la municipalité, en attendant la construction de leurs nouvelles maisons et des infrastructures promises par les autorités.

Mais était-ce vraiment nécessaire d’évacuer cette zone pour les Jeux olympiques ? « Les habitations ne gênaient en rien la construction des infrastructures sportives qui se trouvent un peu plus loin. En réalité, l’enjeu est financier », assure Andrea Florence, de la FITDH, qui s’est elle-même rendue sur place.

Andrea Florence

Car les terrains ainsi libérés, dans un secteur où les prix de l’immobilier sont très élevés, sont destinés à abriter des immeubles de luxe. Les Jeux olympiques apparaissent ainsi comme un prétexte, comme ailleurs à Rio, pour éloigner les communautés défavorisées de zones à forte valeur ajoutée, dans le but de réaffecter ces dernières aux couches sociales les plus aisées. Un mécanisme documenté par le Comité populaire de la Coupe du monde et des Jeux olympiques de Rio de Janeiro dans un rapport très fourni (2).

Ce dernier passe en revue tous les quartiers affectés par des évictions liées directement ou indirectement aux Jeux. La plupart des habitants ont été relogés –lorsqu’ils l’ont été– à de longues distances de leur domicile, parfois jusqu’à 60 kilomètres. Le Comité populaire constate que les pouvoirs publics n’ont pas informé les résidents dans un laps de temps raisonnable –par exemple, des préavis de seulement 24 heures ont été donnés pour quitter les maisons avant leur démolition– et ne les ont pas consultés à propos des options de relocation. Quant aux indemnisations versées –parfois reçues tardivement après l’éviction, obligeant les résidants à vivre dans la rue–, elles ont été très insuffisantes pour compenser les pertes occasionnées. C’est généralement par « la menace, la pression et la coercition » que les autorités auraient procédé.

Christophe KOESSLER

Jamil Chade

Correspondant à Genève du journal O Estado de Sao Paolo, auteur d’un livre au titre explicite –Politique, corruption et football (2015) (1)–, le reporter met en lumière les dépenses faramineuses engagées dans cet événement à Rio alors que dans le même temps les fonctionnaires n’y sont plus payés. Jamil Chade n’épargne pas la Suisse, « boîte noire du plus grand scandale de corruption au Brésil ».

Question :

- "Le nouveau gouvernement conservateur de Michel Temer, issu de ce que la gauche qualifie de coup d’Etat, a-t-il la capacité d’organiser ces Jeux dans de bonnes conditions ?"

Jamil Chade :

- "Ce changement politique est intervenu trop tard pour avoir un impact important sur cette compétition organisée de longue date. Le gouvernement devra être prudent car il est très soucieux de son image internationale.

Plus significative est la manœuvre de l’État de Rio de Janeiro pour avoir accès à des financements publics fédéraux en vue de ces Jeux. À la mi-juin, il a décrété l’« état de catastrophe » (calamitade publica), en raison d’une grave crise des finances publiques. Ceci en vertu d’une disposition qui n’est utilisée au Brésil qu’en cas de tremblement de terre, d’ouragan ou d’autres désastres naturels.

Cela a permis au gouvernement de Rio d’obtenir 3 milliards de reals (887 millions de francs suisses) destinés à combler les trous dans le budget des Jeux, principalement dans le domaine de la sécurité, tout en contournant le système des autorisations.

-"Cette dépense de 3 milliards ne sera-t-elle pas soumise à des contrôles ?"

- "Le contrôle ne sera pas le même, car cette procédure d’urgence permet d’éviter la surveillance prévue ! C’est une preuve de plus que la transparence et la responsabilité ne font pas partie des exigences de ce gouvernement en ce qui concerne les Jeux olympiques. Face à l’opacité qui règne au sein de l’État brésilien, le risque que cet argent soit en bonne partie détourné est très élevé. Et on peut se demander pourquoi Rio s’est déclaré en état de calamité seulement maintenant, si cela fait des mois, voire des années, que l’État est au bord de la faillite".

-"L’État de Rio a aussi annoncé des coupes dans les budgets sociaux…"

- "Oui. Il a aussi suspendu le paiement des salaires de 400000 fonctionnaires et les pensions de milliers de retraités. On a donc le tableau suivant : un État en faillite héberge un événement qui va générer des bénéfices record pour le Comité international olympique (CIO) (5 milliards de dollars selon les estimations), ceci alors que les autorités ont dû sabrer dans les services publics. Il s’agit d’un transfert de richesses de la population brésilienne vers une riche entité privée, le CIO et ses partenaires commerciaux. C’était l’histoire de la Coupe du monde de football 2014 au Brésil, c’est à nouveau celle des Jeux olympiques. La catastrophe est publique, mais le lucre est privé. Et l’argent va en Suisse. C’est le modèle que l’on retrouve dans toutes les compétitions sportives internationales".

-"Quel rôle joue la Suisse ?"

- "Dans un contexte plus large, l’opération anti-corruption lancée en 2014 par la police fédérale brésilienne a montré que plusieurs milliards de dollars avaient été transférés en Suisse. Depuis 2014, en coopération avec le Ministère public helvétique, plus de mille comptes ont été bloqués dans le cadre de l’Opération Lava Jato lancée par la police fédérale brésilienne. Quarante-deux banques suisses sont concernées.

Au total, près de 800 millions de dollars d’avoirs ont été gelés, appartenant à des ex-directeurs de Petrobras, au directeur de campagne électorale de Dilma Rousseff et de Lula, à des politiciens brésiliens de tous bords, incluant certains membres du gouvernement actuel.

Il y a des liens directs avec la Coupe du monde de 2014, puisque plusieurs entreprises constructrices des stades sont concernées. La Suisse est donc la principale boîte noire du plus important scandale de corruption de l’histoire du Brésil".

-"Dans le cadre de la préparation des Jeux, des affaires de corruption ont-elles été dévoilées ?"

- "Oui, la police fédérale a déjà mené une opération et arrêté des personnes accusées de détournements de fonds publics à large échelle dans le cadre de la construction du complexe olympique de Deodoro.

Il y aussi l’affaire du parc olympique de Maracana. Ses plans avaient été présentés sous une certaine forme au Comité olympique, qui les a acceptés. Quelques mois plus tard, mystérieusement, le parc olympique a changé d’aspect. Après enquête, on a appris que l’entreprise de construction Odebrecht a fait modifier les plans pour pouvoir faire davantage de bénéfices. L’un des accusés d’une autre affaire a affirmé que l’ex-gouverneur de Rio, Sergio Cabral, recevait 1 % de pots-de-vin pour l’édification du site du Maracana. Ces évènements sportifs internationaux sont le théâtre d’opérations de corruption de grande envergure".

-"Comment éviter le détournement d’argent public ?"

- "Il faut des règles claires pour chaque poste de dépense et une transparence totale. Aujourd’hui, pour ne prendre qu’un exemple, lorsque je demande à l’État de Rio et au Comité olympique combien sera dépensé pour les ballons utilisés par les athlètes, je ne reçois aucune information. On me répond qu’il est très difficile de le savoir. Il n’y a aucun bureau auquel on peut accéder pour obtenir des renseignements de ce type".

-"Combien le Brésil a-t-il dépensé pour les Jeux olympiques ?"

- "Prenons le budget du village olympique uniquement : 7 milliards de reals (plus de 2,1 milliards de dollars). Les organisateurs affirment qu’il ne s’agit que d’argent privé. C’est un mensonge. D’abord, parce que l’État de Rio a donné des terrains à des entreprises privées. Leur valeur est gigantesque, car ils se situent dans une zone de développement, cotée, de la ville de Rio. Quand les Jeux se termineront, les immeubles qui ont été construits seront convertis en résidences et bureaux de luxe et non en logements abordables. Ce qui était public est converti en biens privés pour les familles les plus riches de la ville.

Durant les sept dernières années, le boom économique qu’a connu le Brésil s’est terminé et les recettes que les organisateurs anticipaient seront beaucoup moins importantes que prévu : la publicité et la vente de billets n’engendrent pas les recettes escomptés. Il y a un risque de déficit énorme ! Le gouvernement de Rio va finalement payer les équipements sportifs nécessaires au déroulement des jeux, comme les ballons, les filets, etc., et il financera probablement d’autres dépenses".

-"Vous dites que tout cela était prévisible…"

- "En 2007, quand le Brésil a remporté l’attribution de la Coupe du monde de football en 2014, j’ai vu les responsables politiques de premier plan comme Lula et Sergio Cabral s’embrasser et pleurer. J’ai eu la nausée. Pourquoi étaient-ils si heureux ? Qu’allait-il se passer dans les sept prochaines années ? À chaque étape, on a vu la même chose. Qui payait ? La population. Qui s’enrichissaient ? Les responsables politiques et les grandes entreprises privées. Les évènements sportifs internationaux ont permis à des particuliers de devenir immensément riches. En grande partie grâce à l’aide publique, sans que la population soit consultée. Des enquêtes ont montré que 50 % des Brésiliens s’opposent à l’événement. Au-delà des confettis et des feux d’artifice, les Jeux olympiques seront une fête indécente".

-"Vous avez enquêté sur la Coupe du monde de football 2014. Quels ont été vos principaux résultats ?"

- "La Copa 2014 a été la compétition la plus chère jamais réalisée dans le monde du football. Elle a coûté l’équivalent de deux Coupes du monde, celles hébergées par l’Afrique du Sud et l’Allemagne. En 2007, lorsque le Brésil a lancé sa candidature, la Fédération brésilienne de football avait garanti que pas un seul denier public ne serait investi dans les stades.

Au final, sur 9 dollars dépensés, 8 sont sortis des caisses de l’État, que ce soit sous la forme de subventions, de dons ou de prêts. On sait aujourd’hui que les entreprises qui ont bénéficié de prêts sur quinze ans pour construire les infrastructures sont aussi celles qui ont financé les campagnes électorales des décideurs politiques. Ces derniers leur ont renvoyé l’ascenseur en leur attribuant les marchés.

Tout cela pour quoi ? Générer des profits pour la Fifa et la fédération brésilienne. Les autorités disent que cela vaut la peine car cela renvoie une image positive du Brésil à l’extérieur. À voir. Mais est-ce que les citoyens du Brésil ont été consultés pour savoir s’ils voulaient débourser autant d’argent pour cela ?"

-"Les stades ont coûté bien davantage que prévu…"

- "L’explosion des coûts ne s’est pas produite par hasard. Le budget des stades a triplé au cours du temps, passant de 1 à 3 milliards de dollars et cela n’est pas dû à une erreur d’évaluation initiale. Aujourd’hui, la police ­commence à révéler de quelle manière diverses dépenses ont été surfacturées et comment l’argent a été détourné.

À Salvador, Sao Paulo, Maracana et Brasilia, des enquêtes officielles ont été ouvertes, en raison de forts soupçons de détournements de fonds publics dans la construction des stades.

Et à quoi ont servi ces investissements ? On a bâti 12 de ces arènes du football. Six d’entre elles sont aujourd’hui soit vides soit carrément fermées. À Manaus, par exemple, où se sont déroulés trois matchs du Mundial seulement, les gradins peuvent accueillir 40000 personnes. Or, le public du championnat amazonien de football accueille en moyenne 600 personnes par match. Les clubs locaux ne peuvent même pas payer le coût de l’électricité d’un stade géant comme celui-ci".

-"Quelle est la responsabilité des fédérations sportives internationales ?"

- "Elles sont complices. Dans le cas du Mundial 2014, la Fifa a, par exemple, accepté que le Brésil construise 12 stades, alors que la fédération n’en avait besoin que de 8 (au départ, le gouvernement brésilien avait offert d’en bâtir 17). Sachant que ces installations allaient devenir des éléphants blancs (de grandes infrastructures inutilisées, ndlr), la Fifa devait les limiter au nombre strictement nécessaire, d’autant que cette institution finance une partie de l’événement. Il en est de même pour les Jeux olympiques. Le déficit qui ne manquera pas de clôturer les Jeux sera en partie de la responsabilité du CIO".

Propos recueillis par Christophe KOESSLER

Des soldats devant le village olympique, à Rio de Janeiro

Notes :

(1) Le livre est écrit en portugais, Política, Propina et Futebol, Objetiva, Rio de Janeiro, 2015.

(2) Rio 2016 Olympics : the exclusion Games, Mega-events and human rights violations in Rio de Janeiro Dossier. World Cup and Olympics Popular Committee. Novembre 2015.

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source