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samedi 3 décembre 2016
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Le Courrier, 22 août 2016

Guatemala : Victoire pour les indigènes

par Christophe KOESSLER


Des manifestants à Santa Cruz de Barillas en mai 2012

Ils ont tous passé plus d’une année en prison. Pour rien. Sept leaders autochtones du Guatemala viennent d’être libérés par la justice après avoir été accusés à tort de « séquestration et plagiat ». C’est une excellente nouvelle pour les activistes de ce pays que Le Courrier avait rencontrés fin 2015 (1).


Guatemala

Dans son jugement du 22 juillet 2016, la juge Yassmin Barrios Aguilar ne s’est pas montrée tendre avec ses pairs : « Il est préoccupant que les juges puissent valider des accusations pénales sur la base de faits manifestement infondés. Nous sommes en l’an 2016, pas au temps de l’Inquisition ». La courageuse magistrate est la même qui avait condamné, en 2013, l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt à quatre-vingts ans de prison pour génocide (annulé ensuite pour vice de forme (2).

Iris Yassmin Barrios Aguilar

Les sept dirigeants communautaires blanchis fin juillet 2016 avaient tous pour point commun de s’opposer à des barrages hydroélectriques projetés par le gouvernement, en partenariat avec des entreprises locales et espagnole, dans le département de Huehuetenango, dans le nord du pays. Les communautés ont réussi à obtenir la suspension de plusieurs des projets après une lutte pacifique acharnée. Leurs leaders avaient été incarcérés pour avoir prétendument séquestré des employés d’une société privée venus prospecter sur leur terrain, alors qu’ils les avaient en réalité retenus sans contrainte pour s’entretenir avec eux. De fausses accusations, courantes au Guatemala, qui ont pour but de criminaliser toute contestation sociale dans le pays face à la multiplication de projets miniers et hydroélectriques depuis 2005.

Ce nouveau développementalisme a entraîné une hausse sans précédent des conflits sociaux et des assassinats ciblés depuis la fin de la guerre civile en 1996. À Huehuetenango, trois militants ont été tués depuis 2012. Ils avaient pour seul tort de participer à la contestation des barrages prévus dans les environ des localités de Santa Cruz de Barillas et de Santa Eulalia, d’où provenaient également les sept leaders indigènes emprisonnés. Les commanditaires de ces homicides n’ont pas été inquiétés. Deux autres de leurs camarades avaient été condamnés à trente-trois ans de prison, accusés à tort de « lynchage et de féminicide ». Ils ont été libérés en janvier 2016.

Le verdict du 22 juillet 2016 vient aujourd’hui renforcer la détermination des communautés autochtones guatémaltèques à protéger leurs territoires contre les centaines de projets miniers et énergétiques qui les menacent. D’autant qu’elles ont pu constater qu’elles ne sont pas seules : le mois dernier, neuf Prix Nobel de la paix avaient écrit au président du Guatemala, Jimmy Morales, pour exiger la libération des activistes injustement embastillés, et Amnesty International s’était aussi engagé en leur faveur.

Jimmy Morales

Mais les autochtones rebelles ne sont pas pour autant tirés d’affaire : plus de 60 mandats d’arrêt ont été émis par la justice locale contre des dirigeants autochtones à Huehuetenango. Dans l’État voisin de San Marcos, un représentant d’une autorité indigène locale a été arrêté le 4 août 2016, portant à 11 le nombre de leaders embastillés.

Christophe KOESSLER

Notes :

(1) Lire notre édition du 20 octobre 2015. www.lecourrier.ch/133534/passage_en_force_en_territoire_maya

(2) Un nouveau procès contre Efraín Ríos Montt a encore été reporté le 11 janvier 2016 pour des questions de procédure, alors que l’ex-dictateur a 89 ans.

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