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vendredi 9 décembre 2016
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La Presse, 28 août 2016

Saudi Arabia : Une relation sciemment soignée

Suivi d’un commentaire

par Jean-Thomas LEVEILLE


Adel ben Ahmed al-Joubeir

Une « relation solide », des échanges commerciaux importants, une collaboration militaire pour sécuriser le Moyen-Orient : les notes de breffage préparées pour le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, en prévision de sa rencontre avec son homologue saoudien, en décembre 2015, montrent à quel point Ottawa soigne ses rapports avec la monarchie saoudienne.


Saudi Arabia

« Je suis impressionné par l’ampleur de notre relation commerciale », a-t-il été suggéré à Stéphane Dion de dire au prince Adel al-Joubeir. C’est l’un des trois « messages clefs » contenus dans les notes de breffage préparées pour le ministre des Affaires étrangères en prévision de sa rencontre avec son homologue saoudien, en décembre 2015, à Ottawa. « Le Canada apprécie sa relation de longue date avec l’Arabie saoudite », suggère-t-on également au ministre Dion, ainsi que « les échanges entre nos sociétés sont particulièrement forts, avec 16000 étudiants saoudiens dans les universités et collèges canadiens ».

Le document, que La Presse a obtenu en invoquant la Loi sur l’accès à l’information, contient de nombreux passages caviardés. Des six points traitant des droits de la personne, cinq ont été caviardés, dont trois entièrement. Le seul qui ne l’a pas été comporte des félicitations au « Royaume d’Arabie saoudite pour ses récentes élections municipales » durant lesquelles des femmes saoudiennes ont pu voter et se porter candidates.

Au sujet de la guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite mène une coalition de soutien au régime, le document suggère au ministre Dion de dire que « le Canada est préoccupé par le conflit en cours, la grave détérioration de la crise humanitaire et le nombre croissant de victimes civiles ».

Le nom du blogueur saoudien Raïf Badawi, dont la femme et les enfants ont trouvé refuge au Québec, n’apparaît pas dans les « points de discussion » visibles dans le document. Il figure cependant dans le « contexte », des informations complémentaires aux points de discussion préparées par les fonctionnaires à l’intention du ministre. « Le cas du citoyen saoudien Raïf Badawi, qui a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison » est le seul passage lisible, le reste étant entièrement caviardé.

Raïf Badawi

Le passage sur la vente de véhicules blindés légers à Riyad, qui soulève une controverse au Canada depuis deux ans, a subi le même traitement : seul un passage disant qu’« il s’agit d’un contrat de 14 ans évalué à plusieurs milliards de dollars » qui fournira « 3000 emplois à l’usine de General Dynamics Land Systems of Canada à l’usine de London, en Ontario » est lisible.

« Ça me semble un portrait un peu jovialiste », affirme la porte-parole de l’opposition néo-démocrate en matière d’Affaires étrangères Hélène Laverdière, qui se serait attendue à voir « une approche plus équilibrée ». « On la connaît tous, la situation des droits de la personne [en Arabie saoudite], je ne sais pas ce qu’ils veulent cacher en caviardant ça ». L’ancienne diplomate souligne également que « la plupart, sinon tous les étudiants saoudiens qui viennent au Canada, c’est des hommes », y voyant « encore des enjeux de droits de la personne qui semblent poussés sous le tapis ».

Hélène Laverdière

Les passages caviardés au sujet de la vente de véhicules blindés suscitent également la curiosité de Mme Laverdière, ainsi que celle de son homologue conservateur, Peter Kent. « J’aurais été curieux de savoir si le gouvernement a des preuves que ces véhicules ont été utilisés en violation de ce que prévoit le contrat », a dit à La Presse le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Affaires étrangères. L’absence d’information sur le respect ou non de l’Arabie saoudite de son engagement à ne pas utiliser les véhicules canadiens contre des civils, chez elle ou à l’étranger, indispose également Amnistie internationale. « Il faut davantage de transparence » d’Ottawa quant au respect des droits de la personne par l’Arabie saoudite, a écrit dans un courriel à La Presse Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada. M. Neve regrette que le document n’indique pas si « le ministre a été encouragé à évoquer respectueusement le cas de Raïf Badawi, par exemple en réclamant clairement et sans ambiguïté sa libération ».

Alex Neve

Contacté par La Presse, le cabinet de Stéphane Dion a indiqué que le ministre est « déterminé à promouvoir les droits de la personne dans le monde entier, y compris en Arabie saoudite » et assuré qu’Ottawa ne rate « aucune occasion » de discuter de ces enjeux avec les Saoudiens.

Jean-Thomas LEVEILLE

Stéphane Dion

Commentaire

La politique du gouvernement canadien est de la pure hypocrisie. A l’instar de la plupart des gouvernements occidentaux, il se donne des airs de référence morale et feint d’accorder une grande importance aux droits de l’homme, alors que, dans la pratique, il se considère et se comporte comme une pute des banquiers et des multinationales. Seul compte le fric, les contrats d’armement, etc...

A ce propos, la préservation des emplois dans l’industrie d’armement est prétexte cousu de fil blanc, car les gouvernements néolibéraux ne sont nullement gênés par des licenciements massifs. Il suffit d’invoquer « la compétitivité internationale » et d’affirmer cyniquement que les emplois supprimés permettent de préserver ceux qui ne l’ont pas encore été.

Enfin, on constate que le gouvernement canadien affecte d’ignorer que l’Arabie Saoudite est l’un des sponsors du terrorisme international.

Frank BRUNNER

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