retour article original

dimanche 4 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Europe Grèce
cadtm, 4 septembre 2016

Grèce : La dette


D’où vient la dette grecque ?

Avant la « crise », les origines de la dette grecque étaient liées à :

- la dictature des colonels (1967-1974) qui l’a multipliée par quatre ;

- des dépenses militaires démesurées (3 % du PIB pour une moyenne européenne de 1,4 %) ;

- la facture démesurée des jeux olympiques de 2004 ;

- la corruption (cas de Siemens, entre autres) ;

- l’évasion fiscale massive et l’exonération d’impôts pour les armateurs, l’Église orthodoxe et les plus riches ;

- des taux d’intérêts sur la dette publique usuriers.


Grèce

D’où vient la crise grecque ?

Il n’y avait pas d’exception grecque. Les dépenses publiques étaient moins élevées que la moyenne européenne (48 % du PIB). La crise a été provoquée par les banques qui avaient spéculé sur l’économie grecque durant toute la décennie 2000 (+700 % de crédits aux ménages, +400 % aux entreprises et seulement +20 % au secteur public). La bulle a fini par exploser (comme aux États-Unis, en Espagne, en Irlande, etc.).

Les comptes publics ont été manipulés par le gouvernement en place et l’aide d’Eurostat (augmentation du déficit public de 4 % à 15,8 % et gonflement de la dette publique de 28 milliards €), afin de faire passer la crise bancaire pour une crise de la dette publique.

Une soupe populaire à Athènes

Socialisation des pertes

En 2010, soit un an après avoir sauvé ses banques (25 milliards €), la Grèce est au bord du défaut de paiement. Ses principaux créanciers sont alors la quinzaine de plus grandes banques françaises (36 %), allemandes (21 %), hollandaises, etc.

Au lieu de restructurer la dette (ce qui aurait amené ces banques à assumer leurs pertes) la Troïka décide de prêter de l’argent à la Grèce sous conditions.

Rq : un document interne du FMI montre qu’il savait pertinemment que l’application de ces plans de « sauvetage » allait provoquer (1) une crise humanitaire, (2) un effondrement de l’économie grecque et (3) une explosion de la dette.

89 % des 240 milliards € « prêtés » par la Troïka en 2010 et 2011 ne sont même pas passés par la Grèce et sont directement allés sur les comptes en banque des créanciers. Son utilisation était gérée de l’extérieur.

Après que les créanciers privés se soient dégagés de leurs risques (sauf la minorité de petits porteurs et les retraités dont les futures pensions avaient été investies dans la dette publique), la Troïka a restructuré la dette grecque en 2012 et en a socialisé la plus grande partie (aujourd’hui, 80 % de cette dette est détenue par le FMI, la BCE, les pays européens et le Fonds européen de stabilité financière (FESF)).

Des sans abri à Athènes

Quelques remarques ...

- La BCE n’a rien prêté à l’État grec. Elle a racheté à bas prix les titres grecs sur le marché secondaire et lui réclame aujourd’hui à leur valeur nominale + les intérêts. C’est donc un « fond vautour ». Les plus gros actionnaires de la BCE sont l’Allemagne et la France.

- Le premier « memorandum » n’a même pas été voté par le Parlement grec en 2010 (ce qui est anticonstitutionnel).

En 2009, 77,5 % de la population active payaient leurs impôts à la source. Par contre, l’évasion fiscale à grande échelle et la corruption représentaient près de 100 milliards € de manque à gagner.

- La dette publique est passée de 120 % du PIB, avant les mesures d’austérité, à 180 % du PIB aujourd’hui.

- En 4 ans d’austérité un million de personnes ont été licenciées ; un quart des entreprises ont fermé ; les salaires ont baissé en moyenne de 40 % ; le PIB a chuté de 25 % ; les ménages ont perdu 1/3 de leurs revenus ; le chômage a quadruplé (65 % pour les jeunes et les femmes) ; le taux de pauvreté a doublé ; etc.

- L’État grec est l’actionnaire majoritaire des 4 plus grandes banques grecques (qui gèrent 85 % du secteur), mais n’en fait rien.

- Le 3e mémorandum, voté en août 2015 par le gouvernement Tsipras I, inclut de nouvelles mesures d’austérité catastrophiques et une vague de privatisations. Cet accord passé avec la Troïka est anticonstitutionnel car il ne respect par le résultat de referendum.

- Le gouvernement Tsipras II a dissout la Commission d’audit en novembre 2015, mais celle-ci continuera son travail bénévole, comme prévu, jusque mai 2016.

cadtm

Pour aller plus loin :

- Lire l’article « Chronique d’une tragédie grecque » : http://cadtm.org/Chronique-d-une-tragedie-grecque

- Lire le « Rapport préliminaire de la Commission de la Vérité sur la dette grecque » : http://cadtm.org/Rapport-preliminaire-de-la

- Lire l’article « Analyse de la légalité du mémorandum d’août 2015 et de l’accord de prêt en droit grec et international » : http://cadtm.org/Analyse-de-la-legalite-du

Liens liés a l'article.cadtm

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source