retour article original

samedi 3 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Histoire
egaliteetreconciliation, 4 septembre 2016

Histoire : L’avertissement de Jean Jaurès

par Alex G.


Attentat de l’anarchiste Meunier contre le restaurant Véry, boulevard Magenta, à Paris, le 25 avril 1892

Depuis les attentats sous faux drapeau de mars 1892, perpétrés par des anarchistes contrôlés en profondeur par les pouvoirs républicains (voir le cas du Préfet de police de Paris, Louis Andrieux [1]), les perquisitions se sont multipliées chez certains militants révolutionnaires. La police trouve d’ailleurs, au cours des fouilles menées aux domiciles des individus liés aux attentats anarchistes de l’année 1893, des documents compromettants pour certaines personnalités liées à la haute banque et au pouvoir. Mais l’opacité règne. Les lois scélérates, elles, viennent cadenasser l’opinion publique et les groupes de critique sociale radicale.


Louis Andrieux

Jaurès, après de multiples refus du président du Conseil, obtient enfin l’opportunité de questionner le gouvernement sur les zones d’ombre entourant ces « attentats », au cours de deux prises de parole, les 8 mars et 30 avril 1894 [2]. Hormis sa suspicion excessive à l’endroit de l’Église, ce texte prémonitoire demeure éclairant, a fortiori à la lueur du développement terroriste actuel.

Le parallèle entre les attentats anarchistes et islamistes est en effet frappant : des individus fragiles, porteurs d’une idéologie et d’une culture souvent rudimentaires ; des liens évidents avec les services de renseignement ; des violences opportunes, commises dans le cadre d’un contexte social tendu (grèves ouvrières de Carmaux, 1892-1895 ; loi Travail, 2015) ; la mise en place d’un puissant système de surveillance (censure de la presse ; loi relative au Renseignement de 2015) ; une République aux abois, discréditée et corrompue.

Nous avons sélectionné les passages les plus pertinents de ces discours de Jaurès et les avons surlignés lorsqu’ils sont décisifs. Quelques analogies avec la situation présente figurent çà et là à la suite des passages concernés.

Séance du 8 mars 1894

« Messieurs, j’enregistre d’abord la déclaration de M. le président du Conseil. […] alors que se pose par conséquent la question maîtresse à propos du mouvement antérieur : d’où vient l’argent ? … le gouvernement déclare qu’il n’en sait rien. Eh bien ! messieurs, il nous est permis de faire constater au pays avec quelle vigilance on protège la sécurité des citoyens ».

Jean Jaurès

Les polémiques se sont également succédé, dès le lendemain de l’attentat de Nice, sur l’amateurisme –volontaire ?– des services de sécurité sur la promenade des Anglais. Manuel Valls fut d’ailleurs conspué par la foule.

« Il est incontestable pour le pays tout entier que s’il s’était produit contre un seul ouvrier, contre une seule organisation socialiste ou syndicale des soupçons aussi sérieux que ceux qui paraissent atteindre une partie de la classe capitaliste ou l’organisation cléricale, vous n’auriez pas attendu que quelqu’un soit monté à cette tribune pour ordonner des perquisitions. Les perquisitions, vous les multipliez ; mais il y a un côté où vous ne cherchez pas : c’est le côté d’où viennent les fonds, d’où vient peut-être l’inspiration première ».

Séance du 30 avril 1894

« Messieurs, je n’ai pas l’intention puérile de réduire l’anarchisme à un complot policier ou à une intrigue capitaliste et cléricale. [...] L’anarchisme [l’islamisme brouillon de paumés marginaux ?] est un des innombrables symptômes d’un malaise social profond : il est le produit spontané d’une société qui se décompose. [...]

Pourquoi vous êtes-vous montrés, depuis quelques mois, dans vos recherches, dans vos perquisitions, si méfiants, si ombrageux envers des militants ouvriers ? Pourquoi, sur les indices les plus vagues, sur les prétextes les plus futiles, sur de simples délations de quartiers, sur des dénonciations anonymes, avez-vous multiplié chez les pauvres gens les perquisitions et les arrestations ? »

Perquisitions incohérentes, dans le cadre de l’état d’urgence, chez un restaurateur de confession musulmane en novembre 2015, chez des maraîchers bio à Lusignac, ou encore chez le secrétaire général d’Égalité & Réconciliation en mars 2016...

« Et au contraire, pourquoi avez-vous systématiquement ignoré des indices sérieux qui pouvaient compromettre, au moins devant la conscience publique, certaines personnalités de la haute banque et du grand capital ? [...]  »

Pensons aux multiples pistes israéliennes soulevées par le journaliste Hicham Hamza.

« L’ordre capitaliste a creusé un tel abîme que pour surprendre les pensées criminelles qui peuvent germer dans les cerveaux des misérables, il est obligé d’avoir recours précisément à leurs compagnons de misère. C’est ainsi que vous êtes obligés de recruter dans le crime de quoi surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère et dans l’anarchie de quoi surveiller l’anarchie ».

Ainsi, les terroristes « islamistes » ayant sévi sur le territoire sont tous recrutés dans le lumpenprolétariat délinquant ; tout comme les groupes d’antifa « anarchistes », liés à des officines mondialistes, ont pour fonction objective de faire taire tout débat sur le sionisme, l’Union européenne ou l’immigration oligarchique.

« Et il arrive inévitablement que ces anarchistes de police, subventionnés par vos fonds, se transforment parfois —comme il s’en est produit de douloureux exemples que la Chambre n’a pas pu oublier— en agents provocateurs ».

Pensons aux troublants épisodes des violences stériles et contre-révolutionnaires dont l’hôpital Necker a fait les frais, le 14 juin 2016, dans le cadre de la manifestation contre la loi Travail.

Jaurès évoque alors un certain Tournadre, actif lors des grèves de mineurs de Carmaux, en 1892. Celui-ci aurait proposé aux ouvriers de la dynamite, pour faire sauter les immeubles de la compagnie en charge de l’exploitation, ainsi que les fonds nécessaires à cette entreprise [3]. Un peu plus tard, en 1908, c’est l’agent provocateur Luc Métivier, syndicaliste de la CGT au rôle trouble, payé par les renseignements généraux, qui s’illustrera lors de la grève de Draveil-Villeneuve-saint-Georges, en mettant de l’huile sur le feu [4].

« Tournadre disait aux ouvriers : Je vous apporte le moyen d’opérer (en leur fournissant de l’argent). D’habitude, ont-ils dit, parmi les nôtres, les billets de banque n’abondent pas ainsi. Est-ce que ces sommes ne viendraient pas des fonds secrets ? Tournadre leur a répondu, et c’est la théorie d’une partie des anarchistes : Qu’importe d’où viennent les fonds, pourvu qu’ils vous servent ? »

Voir, par exemple, les Toyota de Daech, fournies par le département d’État américain, ou les armes livrées par le complexe militaire américano-sioniste : les « jihadistes » semblent peu regardants sur la main qui les nourrit.

« Mais ceux-ci ne sortent pas des fonds secrets. Il y a à Paris des capitalistes, des chefs de grandes maisons industrielles, des chefs de grands magasins… [...]  »

Là encore, constatons que les financements de ces terroristes sont, comme à l’époque, aisément démontrables.

« Après l’attentat de Vaillant, la municipalité socialiste de Carmaux a ouvert la malle (de Tournadre) —la municipalité socialiste, et non pas la police ; car si ç’avait été la police, nous n’aurions certainement pas eu connaissance de ces deux petits documents curieux, et M. le garde des sceaux pourrait s’écrier avec la même intrépidité qu’il n’y a rien, absolument rien !

Dans cette malle, on a trouvé deux cartes ; l’une est ainsi libellée : “À M. Tournadre, M. de Rothschild, avec tous mes remerciements” ; et l’autre : “À M. Tournadre, Mme la duchesse d’Uzès, regrettant de ne pouvoir faire davantage”. […] Lorsque les deux petits documents furent communiqués à la presse, les journaux s’empressèrent de fournir toutes les explications convenables ».

Tout comme, aujourd’hui, les faits les plus compromettants sont systématiquement éludés par la presse étatique subventionnée.

« Comment se fait-il que vous ne puissiez pas nous renseigner ? Il y a deux mois que vous avez réduit toute la politique à une police contre les anarchistes ; il y a deux mois que vous organisez une sorte de poursuite théâtrale contre les anarchistes pour frapper l’opinion beaucoup plus que pour atteindre le péril ».

La dénonciation théâtrale du burkini, ou antérieurement du « pain au chocolat » volé de J.-F. Copé, masque mal l’incapacité et l’absence de volonté de lutter contre les causes véritables du terrorisme, à savoir la soumission de la France à des intérêts étrangers et l’immigration massive qui déstructure le territoire.

« Mais alors, de quoi vous occupez-vous donc ? Quelle est la comédie que vous jouez ici ? »

Ces paroles d’insubordination et d’intelligence critique intolérables devaient être neutralisées. Ce fut chose faite le soir du 31 juillet 1914, au café du Croissant, à Paris : la seule solution du pouvoir fut d’assassiner Jean Jaurès, grâce aux soins du très fragile spadassin Raoul Villain.

Après les attentats, les lois scélérates, la montée des tensions internationales : la guerre. Avec son lot de malheur, de désespoir, d’absurdité, de mystifications. Jaurès avait saisi les mensonges de son époque : la laideur du Capital, les manipulations terroristes, la guerre comme seule solution à la crise.

Un dissident authentique, dont l’influence croît à mesure que monte la tension, dont le courage se révèle à la faveur des persécutions, est toujours en danger. Le risque qu’un jour, un « déséquilibré » (islamisé en vitesse ?) vienne, au profit de l’État profond, faire taire la Vérité.

Une leçon à méditer pour tous les hommes d’intransigeance.

Alex G.

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Terrorisme-l-avertissement-de-Jean-Jaures-40475.html

Notes :

[1] Andrieux Louis, Souvenirs d’un préfet de police, Hachette livre BNF, 2012.

[2] Séances des 8 mars et 30 avril 1894, assemblee-nationale.fr

[3] Seilhac Léon, La Grève de Carmaux et la verrerie d’Albi : une enquête sociale, Hachette livre BNF, 2013.

[4] Julliard Jacques, Clemenceau, briseur de grèves. L’affaire de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, Archives, 1965.

Liens liés a l'article.egaliteetreconciliation

AUTEURS 

  • Alex G.

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source