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jeudi 27 juillet 2017
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Le Courrier, 9 septembre 2016

Suisse : Un droit, pas un cadeau

par Laura DROMPT


Faites le compte. En 2016, quelle personne retraitée parvient à vivre dignement avec 2350 francs par mois ? Ou 3525 pour un couple ? Qui peut payer son loyer, ses charges, son assurance-maladie, ses factures de santé, ses impôts, sa nourriture, ses transports et envisager, peut-être, quelques extras –un restaurant, ou un cadeau sous le sapin pour les petits-enfants ? Certains équilibristes y parviennent, beaucoup doivent faire appel aux prestations complémentaires. D’autres comptent sur leur prévoyance professionnelle ou leur 3e pilier, qui dépendent du niveau de leur salaire.


Suisse

Une vie de labeur ne devrait-elle pas suffire à vivre à l’abri du besoin, une fois l’âge de la retraite atteint ? C’est la question posée par la gauche avec son initiative « AVS plus » qui prévoit l’augmentation des rentes de 10 %. Sans autre raison que ce constat : les pensions actuelles ne suffisent pas à assurer une retraite digne de ce nom.

La doxa libérale prévoit qu’à cet argument on oppose la question du financement. Certes, ces revenus sont insuffisants pour vivre, mais une revalorisation des rentes serait insoutenable. Vraiment ? En 1997 déjà, quand Pascal Couchepin chapeautait la Santé, on annonçait un trou de plusieurs milliards pour 2010 ; or le fonds est resté dans les chiffres noirs. Des sommes colossales sont thésaurisées, alors que leur rendement pourrait améliorer le quotidien de nos aînés. Et celui de l’ensemble des actifs, car un retraité à l’abri du besoin est un soutien précieux pour son entourage et la collectivité (enfants, petits-enfants, associations...). Notre dossier le démontre : les femmes, moins bien rémunérées et aux parcours professionnels plus fragmentés, auraient beaucoup à y gagner.

Mais à droite, certains nous verraient bien trimer jusqu’à 67 ans. Pas tous les travailleurs, bien sûr : essentiellement ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner en vue d’une retraite anticipée. Admettons que les salariés pas trop éreintés par des années de labeur acceptent de travailler jusqu’au seuil de leurs 70 ans. Lorsqu’on sait la considération des employeurs pour les plus de 55 ans, cette perspective laisse perplexe ; elle n’est tout simplement pas adaptée à la réalité sociale.

Mais le camp bourgeois n’en a cure, plus obsédé par ses projections inutilement alarmistes que par les besoins réels des plus démunis. Au point de sombrer dans des comparaisons douteuses. Ainsi, jeudi 8 septembre 2016, le PDC amenait-il trois suidés sur la place fédérale, estimant qu’« AVS plus » revenait à « servir un menu gourmet à un cochon ». Celles et ceux qui ont sué quarante ans de leur vie pour toucher une modeste retraite apprécieront.

Face à un tel mépris, il faut rappeler que l’AVS (1) n’est pas une largesse tombée du ciel, mais un salaire différé, contrepartie de décennies de cotisations sociales qui permettent une juste répartition des richesses.

Laura DROMPT

Note :

(1) https://www.ahv-iv.ch/fr/Assurances-sociales/Assurance-vieillesse-et-survivants-AVS

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