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jeudi 8 décembre 2016
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Le Courrier, 20 septembre 2016

Amérique du Sud : Mentalités coloniales

par Benito PEREZ


Le coup d’État parlementaire au Brésil vient de connaître une première réplique continentale. Sous l’impulsion du gouvernement non élu de Brasilia, les quatre pays fondateurs du Mercosur –Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay (1)– ont privé, mercredi 14 septembre 2016, le Venezuela de la présidence du marché commun sud-américain. Caracas, qui aurait dû statutairement assumer la direction tournante du bloc depuis le 1er août, s’en est vu exclure au prétexte que le pays pétrolier, membre du Mercosur depuis 2012, n’a pas encore intégré l’entier du droit communautaire dans ses législations. Une argutie à peine moins grossière que les prétendues manipulations financières qui ont conduit à la destitution de Dilma Rousseff de la présidence brésilienne.


Dilma Rousseff

L’épisode n’est pas fortuit. Au pouvoir pour deux ans, le président de facto, Michel Temer, n’a pas de temps à perdre s’il veut satisfaire les partisans d’une « reconnexion » du Brésil à la mondialisation néolibérale après dix ans de « lulisme ». Dans ce cadre, un accord de libre-échange avec l’Union européenne ouvrirait idéalement le chemin. À condition d’obtenir l’accord de tous ses partenaires, puisque le Mercosur n’autorise pas de traités bilatéraux. En attendant, à terme, de faire tomber Nicolas Maduro ou d’exclure le Venezuela du bloc, cette privation de présidence fera l’affaire.

Michel Temer

Pour les tonnes de viande, de céréales et de minerais supplémentaires que les transnationales et leurs alliés locaux entendent expédier vers l’Europe, il faudra bien accepter de nouveaux biens et services occidentaux. Désespérée par la crise, la bourgeoisie industrielle de Sao Paulo se montre toutefois prête à des concessions et lorgne les investissements. Avec la conséquence prévisible d’une hausse du chômage, les productions de matières premières exigeant nettement moins de personnel que les industries en voie de démantèlement. Mais qui s’en émeut ?

De l’autre côté de l’Atlantique, la « fenêtre d’opportunité » ouverte par la chute de Dilma Rousseff est observée avec la même ferveur. Un délai de « deux ans » pour trouver un accord serait « très raisonnable », a admis, avec un cynisme assumé, la responsable de l’Union européenne pour l’Amérique latine, Lorella de la Cruz, au surlendemain de la mise à l’écart des Vénézuéliens.

Lorella De La Cruz Iglesias

Au moment où les élites mondiales se lancent éperdument à la recherche de la croissance en multipliant les traités commerciaux (transatlantique, transpacifique, TISA, etc.), le Sud du continent américain fait office de « trou noir » libre-échangiste, a rappelé le « socialiste » espagnol Ramón Jaúregui qui participait à la même réunion que Mme de la Cruz à Madrid. En d’autres temps, on aurait parlé de « terre vierge » (avec ses 250 millions de consommateurs quand même) prête pour une nouvelle Conquista. Cela vaut bien, à nouveau, quelques accommodements avec la morale.

Benito PEREZ

Note :

(1) L’Uruguay s’est abstenu pour ne pas « bloquer » l’institution.

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