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Le Courrier, 29 septembre 2016

Suisse : Un nouveau verrou a sauté sur l’âge de la retraite

par Dominique HARTMANN


Vue de l’hémicycle du Conseil national, à Berne

Le référendum semble inévitable. Et c’est tant mieux. Mercredi 28 septembre 2016, la droite du Conseil national [chambre du peuple au parlement fédéral] n’a fait qu’une bouchée des tentatives de la gauche de rééquilibrer la prévoyance vieillesse 2020 concoctée par le ministre –socialiste– Alain Berset. Refusée, la retraite anticipée pour les travailleurs et travailleuses assumant des tâches lourdes ; refusé, le bonus de 70 francs destiné à compenser via le 1er pilier la baisse de rente du second, en raison de la baisse du taux de conversion. Les rentes des veuves sans enfant sont supprimées sans transition.


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Surreprésentées dans les tâches précaires et mal rémunérées, nombreuses à n’avoir pas de 2e pilier, les femmes sont les grandes perdantes de cette réforme. En 2010, Didier Burkhalter alors ministre de l’Intérieur proposait encore que les femmes touchent un supplément de rente pour la différence injustifiée entre les salaires des hommes et ceux des femmes ; mercredi 28 septembre 2016, il n’en était plus question.

Symboliquement, mais pas seulement bien sûr, la défaite la plus cuisante est celle de l’âge de la retraite des femmes, qui, pour bénéficier d’une rente pleine, sont priées de travailler désormais jusqu’à 65 ans. Car ce symbole a galvanisé bien des discours féministes ou de gauche. Aujourd’hui, ce relèvement ouvre la voie à la retraite à 67 ans pour tous. Un nouveau verrou a sauté. Un peu comme si chaque avancée –tel l’accès facilité au 2e pilier pour les petits salaires, souvent féminins–, devait immédiatement être compensée, alors que l’égalité professionnelle est encore bien loin d’être réalisée : en 2015, les femmes gagnaient toujours 20 % de moins que les hommes, soit quelque 7 milliards de francs, chaque année. Cette somme, une partie de l’économie la soustrait aux travailleuses et la détourne aussi des caisses de la prévoyance vieillesse.

Le referendum semble inévitable. Et c’est tant mieux. La population avait déjà balayé, en 2010, un projet de baisse du taux de conversion, fixé alors à 6,4 %, contre 6 % mercredi 28 septembre 2016. Le peuple pourrait renouveler son geste, refusant aussi dans la foulée le cadeau fait aux assureurs vie qui n’auront pas, comme l’aurait voulu le Conseil fédéral [exécutif de la confédération], à reverser davantage des gains réalisés aux assurés. Mercredi 28 septembre 2016, le Conseil national n’en était pas à une indécence près.

Dominique HARTMANN

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