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jeudi 8 décembre 2016
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Investig’Action 13 octobre 2016

Informations internationales : Les bombes américaines, françaises, saoudiennes ne tuent pas de civils

Suivi d’un commentaire

par Robert CHARVIN


Un F-15E Strike Eagle américain ravitaillé en vol au-dessus de la Méditerranée

Lors de la Première Guerre mondiale, 5 % des victimes étaient civiles ; aujourd’hui 90 % des victimes des conflits armés sont des civils. Ces populations sont assassinées, affamées, déplacées, pillées. Les civils sont devenus, de plus en plus, des moyens de faire la guerre.


Une rue bombardée à Alep, en Syrie, le 12 octobre 2016

Cette situation est paradoxale. Le droit humanitaire s’est développé et jamais la question des droits de l’homme n’a été aussi systématiquement posée dans l’ordre international. Des tribunaux pénaux chargés de sanctionner les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ont même été créés. Plus globalement, l’« Humanitaire » jouit d’une image sacrée fortement médiatisée au point qu’exprimer un doute sur une culpabilité entraîne une suspicion de complicité criminelle sur celui qui l’émet.

Au-delà des invocations sans portée et ne témoignant qu’une compassion officielle, les Puissances violent à tour de rôle le droit humanitaire et les populations civiles sont massacrées lors de chaque conflit armé. Ces dernières décennies, il y a même une fuite en avant : refus du principe de négociation pour tenter de prévenir les conflits armés, transformation d’affrontements civils en guerres internationales infiniment plus destructrices, impunité de certains et sanctions contre d’autres, indifférence aux dispositions de la Charte des Nations Unies, etc.

Le comble est atteint lorsque ceux qui tuaient hier s’autoproclament juges de ceux qui tuent aujourd’hui, ou lorsque ceux qui eux-mêmes bombardent sans scrupule s’indignent des bombardements des autres.

L’actualité est révélatrice de ce délire à prétention moralisatrice.

On se souvient peut-être encore des destructions massives subies par les populations de Dresde, Hambourg, Hiroshima, Nagasaki puis, après la Seconde Guerre mondiale, de l’écrasement total sous les bombes de Pyong Yang (durant la guerre de 1950-1953), de Hanoï et de la totalité du Vietnam, etc., « quadrillée » par les B52 américains.

Un B-52 américain bombarde le Nord-Vietnam en décembre 1972

Plus proches de nous, on peut rappeler les bombardements de Belgrade, de l’Irak et les attaques contre Bagdad, les huit mois de guerre contre la Libye, les bombardements de Gaza matraquée par Israël, etc.

Pour excuser le fait que les bombardements tuaient des civils, les médias occidentaux dénonçaient le fait que l’ennemi et les populations civiles, « prises en otages », étaient mêlés…., l’essentiel étant cependant que les forces militaires alliées ne subissent pas de pertes importantes.

Surviennent le cas syrien et l’intervention de la Russie dans un « jeu » étrange de complicité objective des Occidentaux avec les Islamistes. Après quatre années d’une fausse guerre contre Daech, installé sur le territoire syrien, l’intervention russe a modifié les données.

La France et les États-Unis ne peuvent plus atteindre l’objectif principal : liquider le régime de Damas en se servant des forces islamistes installées solidement dans différentes villes, en particulier à Alep. En quelques mois, sur le terrain, les rapports de force se sont inversés. Les États-Unis ont même été conduits à intensifier parallèlement leurs efforts militaires contre Daech en Irak et les « préoccupations » humanitaires des autorités françaises sont devenues prioritaires.

Le « scandale » est que la Russie n’accepte plus que les « frontières » de l’OTAN s’avancent jusqu’à elle et que seules les bases militaires occidentales soient fondées à encercler les États censés être hostiles.

A propos d’Alep, l’ONU a proposé que les Islamistes quittent sous protection les quartiers de la ville où ils sont installés pour que les populations civiles soient épargnées. Mais les Puissances occidentales, subitement devenues « humanitaires » à l’approche de la défaite de leur stratégie, dénoncent seulement « Damas et son allié russe » qui bombardent Alep et ceux qu’elles qualifient opportunément non plus d’islamistes mais de « rebelles » (*).

Une rue bombardée à Alep, en Syrie, le 12 octobre 2016

C’est que des intérêts stratégiques de grande importance sont en jeu : au-delà du pétrole, la Syrie est une zone de transit de l’énergie depuis la découverte en Méditerranée de ressources pétrolières et gazières. Selon les Occidentaux et le gouvernement français en particulier, la Syrie comme l’Irak et comme la Libye devraient demeurer sous un « néo-protectorat ».

Par contre, il n’y a pas de réaction hostile à la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen, si ce n’est un bref communiqué appelant à la « retenue » pour un bombardement saoudien du début du mois d’octobre faisant à lui seul 600 victimes (morts et blessés) civiles.

Un bâtiment bombardé pendant que s’y tenaient des funérailles, à Sanaa, au Yemen, le 10 octobre 2016

La reprise de Mossoul par les États-Unis et les forces de Bagdad se fera certainement sans perte civile car les bombes occidentales ont pour qualité exceptionnelle de distinguer les ennemis armés des civils désarmés.

Sera-t-il possible un jour de s’inspirer tout simplement de la Charte des Nations Unies qui interdit aux États le recours à la force armée et qui recommande la recherche de solutions politiques négociées, seules méthodes pour que les civils soient réellement en sécurité ?

Robert CHARVIN

* Ces « rebelles » opposés au régime de Damas sont armés par les États-Unis depuis 2013 et financés par l’Arabie Saoudite, en plus des revenus provenant du trafic pétrolier.

Un mortier utilisé par les terroristes à Gwer, en Irak, le 7 octobre 2016

Commentaire

Les prétendues « préoccupations humanitaires » des dirigeants occidentaux et leur soi-disant attachement aux droits de l’homme sont de la pure hypocrisie. Ceux qui affectent la vertueuse indignation à propos du conflit syrien, par exemple, sont les mêmes qu’on retrouve toujours prêts à « justifier » les crimes continuels du régime raciste israélien, l’espionnage de masse, etc...

Les Etats-Unis, en particulier, n’ont jamais éprouvé le moindre scrupule à violer massivement les droits de l’homme, que ce soit à l’encontre des Indiens, systématiquement déportés, massacrés, puis clochardisés, ou que ce soit en finançant et en entraînant des escadrons de la mort, en soutenant des régimes tortionnaires, en utilisant des terroristes comme mercenaires, etc...

Bien qu’ils prétendent lutter contre le terrorisme et se fendent de déclarations scandalisées quand un attentat a lieu aux Etats-Unis ou en Europe, les dirigeants occidentaux sont totalement complices des organisations terroristes, avec lesquelles ils ne cessent de coopérer par l’intermédiaire de leurs services secrets et de commandos envoyés sur le terrain en Syrie, en Irak, en Libye, etc... De même, ils n’ont eu aucun scrupule à fomenter un coup d’Etat fasciste en Ukraine et à y soutenir les néo-nazis dans leur agression à l’encontre de la population russophone.

En réalité, derrière leurs airs de défenseurs des droits de l’homme et leur sempiternel numéro de références morales, les dirigeants occidentaux sont des crapules de la pire espèce, totalement corrompues et dénuées du plus élémentaire sens moral.

Les médias mainstream participent activement à ce bal des hypocrites. Ainsi, par exemple, le site internet de Reuters propose régulièrement des galeries de photos sur le conflit syrien. Les légendes de ces photos se résument à une campagne de désinformation. Les terroristes n’y sont jamais désignés comme des terroristes, mais comme des « rebelles » ou des « activistes ». Tous les bombardements sont systématiquement attribués aux forces gouvernementales, alors que les terroristes sont continuellement en train de bombarder les localités au moyen de roquettes et d’obus de mortier.

On s’étonne de constater que, même dans les pays occidentaux, certains musulmans rejettent la démocratie et se persuadent que l’espoir réside dans un califat. Mais il faut voir que, pour toute une génération, la démocratie est synonyme d’injustice sociale, de corruption, de prostitution des médias au profit des riches, d’islamophobie d’Etat, d’alignement sur Israël, etc... On ne voit guère, dans ce tableau, ce qui est censé susciter un attachement pour la démocratie.

Il est vrai que le mot « démocratie » est une imposture, puisqu’il s’agit, en réalité, de sociétés oligarchiques : le gouvernement des riches pour les riches.

Frank BRUNNER

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