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mercredi 19 juillet 2017
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poggia, 4 janvier 2016

Suisse : Philipp Müller le prestidigitateur

par Mauro POGGIA


Vue de l’hémicycle du Conseil national à Berne

La loi de mise en oeuvre du nouvel article 121a de la Constitution fédérale (gestion de l’immigration) est sous toit. Ce texte, issu de nos Chambres fédérales le 16 décembre 2016 pose de telles conditions à son application, qu’il restera lettre morte. Le but est ainsi atteint : faire croire que l’on fait quelque chose pour finalement ne rien faire, satisfaire Bruxelles et sortir de la crise autoproclamée. Bravo les enfumeurs !


Suisse

Philipp Müller, ancien président du PLR [parti des multinationales], est officiellement l’artisan de ce tour de bonneteau. Mais ne nous y méprenons pas, derrière lui, c’est Economiesuisse [lobby des multinationales] qui tire les ficelles. Avec cette même suffisance suicidaire qui a permis l’aboutissement de l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février 2014.

Philipp Müller

Alors que le texte adopté par les électeurs à cette date stipulait : "Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale ; ils doivent inclure les frontaliers", les trois années de vaines palabres du Conseil fédéral auront permis de faire passer le nombre de permis frontaliers de 88000 à 104000, soit une augmentation de 20 % au nez et à la barbe de notre démocratie bafouée.

Les milieux économiques aux courtes vues ont gagné. On serait même tenté d’ajouter "c’est de bonne guerre", si notre paix sociale n’était mise en péril. Tout cela se payera sans doute lourdement à la prochaine occasion, mais le propre du court terme n’est-il pas précisément d’ignorer le long terme ?

Ce qui m’émerveille personnellement -sur le plan politique évidemment- c’est le soutien apporté par le parti socialiste suisse à cette embrouille d’Etat. Où est donc l’intérêt des travailleurs domiciliés dans notre pays à ce que l’on ne tente même pas de mettre en avant leurs compétences plutôt que d’aller chercher inlassablement de la main-d’oeuvre européenne ? Cette question restera sans réponse si l’on s’en tient aux explications confuses des représentants du PS, qui rêvent sans doute encore et toujours d’une entrée de la Suisse dans l’Union européenne et, pourquoi pas, d’un mandat européen à Bruxelles...

Et voilà même que des rangs socialistes, justement, s’avance un puriste illuminé, à défaut d’être éclairé, qui nous annonce un référendum contre la loi issue du Parlement. Le politologue tessinois Nenad Stojanovic annonce cette action, non pas pour combattre une "loi scélérate", mais pour apporter à celle-ci l’onction populaire. Diantre ! Si le peuple vote oui, cela voudra dire aussi bien, selon l’orientation de l’analyste, que cette loi est superbe, ou qu’elle est encore préférable au néant.

Nenad Stojanovic

Si le peuple vote non, la palette des interprétations sera plus large encore, mais il sera alors évident que notre Parlement refuserait de revoir sa copie, et nous aurions un bel article 121a sans descendance. Sauf le respect dû à la majorité de nos élus, le bon sens populaire dirait qu’on "ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif"...

Cameron et Renzi aussi ont parié sur un oui. Ils ont eu tort, et ils l’on payé de leur carrière. Quand on n’est pas face à un tel enjeu, faute de risque, on peut s’amuser à l’inutilité.

Il y aurait cependant mieux à faire. Devant le constat affligeant de la volonté claire de la Confédération de refuser la mise en oeuvre de la Constitution, les cantons qui le souhaitent pourraient eux-mêmes adopter une législation d’application compatible avec les accords de libre circulation.

Obliger les entreprises qui sollicitent un permis frontalier à annoncer le poste ouvert à l’Office régional de placement et à démontrer que les candidats présentés, en nombre limité, n’avaient pas les compétences requises, n’entrave pas la libre circulation, mais la canalise. En tout état de cause, la réponse à cette question ne serait pas confiée à des politiciens, mais à des juges du Tribunal fédéral...

A force de jouer avec le feu, on risque bien de se brûler.

Mauro POGGIA

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