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mercredi 23 août 2017
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Le Courrier, 17 janvier 2017

Suisse : Les plaies de la démocratie

par Benito PEREZ


En Suisse, pour jauger l’importance d’un vote, il suffit de décompter les coups tordus et les mensonges assénés par les milieux patronaux et leurs affidés. A ce titre, la campagne sur la troisième Réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) viendra certainement s’installer au panthéon de la manipulation au côté de sa prédécesseure, adoptée de justesse en 2008, après que le Conseil fédéral [exécutif de la confédération] avait sciemment menti sur l’ampleur des pertes fiscales attendues. Ce que même le Tribunal fédéral avait fustigé sans pour autant exiger un nouveau scrutin.


Suisse

La cuvée 2017 est déjà prometteuse : avec les faux soutiens de Sandrine Salerno et d’Antonio Hodgers [politiciens genevois] à la réforme fédérale et une photo volée puis trafiquée sur photoshop, le tous-ménages de l’Union suisse des arts et métiers –ancien défenseur des PME devenu filiale de l’UDC [parti d’extrême droite dont l’islamophobie est le fonds de commerce électoraliste]– a mis d’emblée la barre très haut. Mais la manipulation a encore franchi un nouveau cap, hier, lorsque l’agence de presse nationale et les sites des médias mainstream ont relayé sans distance la dernière invention patronale. On veut parler de l’abracadabrantesque étude commanditée par Economiesuisse [lobby des multinationales], selon laquelle l’adoption de la RIE III rapportera 160 milliards de francs au pays –80 fois la mise officielle !– et permettra de créer 850000 emplois ! Un fabuleux hold-up planétaire, carrément angoissant quand on sait que nous n’avons que 150000 chômeurs… Faudra-t-il faire travailler nos enfants ?

A contrario, le refus de la réforme –sans savoir quelle législation alternative serait choisie– est d’ores et déjà chiffré par nos Nostradamus patronaux : 200000 emplois perdus ! Sans compter la nuée de sauterelles envahissant Berne, la pluie de grenouilles sur Genève et les eaux de la Limmat changées en sang.

A ce catastrophisme grossier, certains ont cru bon d’ajouter la menace. « Si le non l’emporte, je lance dès le lendemain un programme d’économie de plusieurs milliards de francs », a grondé le conseiller fédéral [ministre de la confédération] Ueli Maurer, qui se rêve sans doute une nouvelle carrière de dictateur, sans parlement ni démocratie directe pour l’entraver. Un UDC qu’on a connu, soit dit en passant, moins déterminé à appliquer une réforme qu’on nous présente comme imposée par l’étranger…

Ueli Maurer

Même le placide Serge Dal Busco, chargé des Finances genevoises, s’est senti obligé de se mettre à ce pathétique niveau. Et de faire part, ces jours, aux contribuables du canton, dans une très officielle lettre de l’administration, de l’importance « capitale » d’une RIE III « qui bénéficiera à toute la population ».

Serge Dal Busco

Quel effet peuvent avoir ces dérapages propagandistes sur l’électeur ? Les optimistes se diront que ce dernier n’aime pas se faire imposer un bulletin de vote et qu’il pourrait choisir de donner une leçon « trumpesque » à ses élites. Les pessimistes se rappelleront plutôt du nombre de scrutins perdus ces dernières années à coups de chantages à l’emploi. Et de menaces cataclysmiques dignes de l’Antiquité, mais indignes d’une démocratie moderne.

Benito PEREZ

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