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dimanche 25 juin 2017
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Le Courrier, 27 janvier 2017

Suisse : RIE III, le fond de l’air effraie

par Philippe BACH


Une certaine nervosité règne dans le camp bourgeois. Alors que la campagne en faveur de la troisième réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III) semblait ficelée, emballée, c’est vendu, la sauce ne prend pas. Le doute s’est instillé.


Suisse

La polarisation menée par des forces politiques et syndicales qui ne sont pas laissé intimider par la doxa des dominants a permis aux personnes méfiantes dans les formations de centre-gauche de dégager un espace politique et d’emporter le morceau. Le débat a remplacé la propagande. Ce qui est une bonne nouvelle en termes démocratiques.

Résultat, les partis de droite perdent les pédales. On voit voler des noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux. Et le ton se fait imprécateur. Des chiffres invérifiables sont brandis quant à l’impact sur l’emploi. Soulignons donc que lorsque le processus avait été initié, nous avions demandé au Conseil d’Etat genevois [exécutif cantonal] de pouvoir jeter un coup d’œil sous le capot de ces études. On nous avait rétorqués que, non, nous n’étions pas en mesure de les comprendre. Et que le Conseil d’Etat lui-même avait démontré le principe de Peter (1) en la matière. Ce qui est toujours rassurant.

La méfiance est donc non seulement légitime, mais nécessaire. La RIE II avait déjà été une scandaleuse escroquerie politique : là où le Conseil fédéral [exécutif de la confédération] évoquait des pertes de l’ordre de quelque 83 millions de francs, le manque à gagner s’est vite révélé dix fois plus élevé. L’Union syndicale suisse a fait marcher ses calculettes et arrive même à des pertes globales de 2,5 milliards de francs.

Et le camp bourgeois s’est –un tout petit peu– lézardé. L’ex-conseillère fédérale [ministre de la confédération] Eveline Widmer-Schlumpf a notamment dit ses doutes quant au bien-fondé de la réforme. Plusieurs villes ont annoncé leur opposition.

Du coup, les partisans semblent prêts à prendre certaines libertés avec les us et coutumes démocratiques. Par exemple envoyer une lettre propagandiste avec la feuille d’impôt à tous les contribuables genevois, comme le dénonce un recours des opposants à ce nouveau dumping fiscal. Du chantage ? En tous les cas, une manœuvre sinon illégale, du moins antidémocratique. Et qui pourrait bien constituer un tournant dans cette campagne, et pas dans le sens où l’espèrent les milieux économiques.

Philippe BACH

Note :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Peter

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