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dimanche 30 avril 2017
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sputniknews, 10 février 2017

L’Afrique tourne le dos à la Cour Pénale Internationale

par Mikhail GAMANDIY-EGOROV


L’Assemblée générale de l’Union africaine, à Addis Abeba, en Ethiopie, en 2016

Fait marquant du sommet de l’Union africaine : le retrait de la plupart de ses membres de la Cour Pénale Internationale. Un geste qui marque la volonté d’indépendance de ces pays vis-à-vis de l’Occident et celle de peser dans les affaires du monde multipolaire.


Le siège de la Cour Pénale Internationale, à La Haye, en Hollande

Le récent sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, a confirmé, une fois de plus, les clivages qui existent au sein du continent africain, mais aussi que l’Afrique ne sera pas absente des processus du monde multipolaire. En effet, l’organisation panafricaine a adopté une stratégie de retrait collectif de la Cour pénale internationale. Pourtant et sans surprise, certains pays n’ont pas manqué de se faire les « avocats » de ladite structure, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Nigeria. Des pays dont les leaders actuels sont connus pour avoir des liens très proches avec les élites occidentales. Néanmoins, et malgré leur opposition au processus engagé, l’Afrique semble effectivement décidée à quitter massivement la Cour pénale internationale.

Pour rappel, le Burundi avait montré l’exemple en lançant le processus, pour être presque immédiatement suivi par l’Afrique du Sud, puis par la Gambie. Plus que cela, la République sud-africaine semble avoir pris le leadership au niveau continental dans ce mouvement d’opposition face à une structure dite de justice internationale n’ayant pas rempli le rôle qui lui avait été confié. Et au regard d’un processus désormais engagé au niveau de l’Union africaine, les pressions occidentales n’y feront rien, mis à part les quelques exceptions citées.

Pourquoi ce retrait massif africain de la Cour pénale internationale est-il si important ? Tout d’abord, car pour beaucoup de nations africaines, la cour est une structure défendant des intérêts néocolonialistes et même racistes. Sa caractéristique est de s’attaquer aux leaders africains qui se sont opposés aux manœuvres occidentales dans leurs pays et régions, tout en épargnant gracieusement ceux travaillant en étroite « collaboration » avec les élites de l’Occident. Cette hypocrisie est devenue aujourd’hui presque impossible à cacher, d’où la « révolte » africaine. L’autre raison avancée par les dirigeants de plusieurs pays africains est que plusieurs grandes puissances mondiales ne reconnaissent pas la compétence de la Cour pénale internationale : États-Unis, Chine, Inde, et plus récemment la Russie, qui s’est aussi retiré en intégralité de cette structure.

L’ex-président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, devant la Cour Pénale Internationale

Un autre argument en faveur des partisans de la sortie, c’est qu’aucun leader de pays occidental ou affilié à ceux-ci n’ait jamais été visé par une quelconque poursuite à son encontre, même en étant responsable de crimes indéniables en différents endroits du monde. Plusieurs experts et observateurs reconnaissent aussi l’accusation qui est portée en direction de la Cour pénale internationale : celle d’être un instrument de punition et de pression de l’Occident politique.

Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent actuellement, en Afrique, pour mettre en place une Cour pénale panafricaine. Un défi de taille, mais qui pourrait effectivement être la solution à terme pour résoudre les problèmes existants au niveau continental. Enfin, il y a aussi les partisans du renforcement des justices nationales. Parmi eux beaucoup d’experts africains comme étrangers, notamment Alexandre Mezyaev, un expert russe du droit international qui connaît bien l’Afrique. Leur argument : renforcer l’état du droit des juridictions concernées, tout en privilégiant la souveraineté nationale.

Quoi qu’il en soit et à travers cette initiative panafricaine au niveau de l’Union africaine, l’Afrique confirme qu’elle compte faire partie intégrante du monde multipolaire et des processus qui en découlent. Les pressions extérieures vont certainement se poursuivre, peut-être même s’accentuer, mais c’est effectivement aux États africains de décider de leur avenir, dans un cadre souverain. Si certains pays préfèrent rester dans le giron occidental, il faut leur reconnaître ce droit. Mais ceux qui ont décidé de s’en affranchir et de former les alliances qu’ils jugeront nécessaires ont eux aussi ce droit que personne ne peut leur nier. Et c’est dans ce cadre qu’il faut voir la suite des événements. Une suite logique : beaucoup d’autres pays africains vont vraisemblablement quitter la Cour pénale internationale, d’autres vont y rester pour encore quelque temps. Le futur montrera qui avait raison.

Mikhail GAMANDIY-EGOROV

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