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mercredi 19 juillet 2017
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La Presse Canadienne, 11 février 2017

Etats-Unis : Un athlète québécois refoulé à la frontière

par Morgan LOWRIE


Le poste frontière de Derby Line, du côté américain de la frontière

L’athlète québécois Yassine Aber, qui a été refoulé à la frontière américaine, jeudi 9 février 2017, ignore pour quels motifs, précisément, les douaniers l’ont ainsi empêché de participer à une compétition d’athlétisme à Boston.


Etats-Unis

Le coureur de 400 mètres n’a pu accompagner son équipe du Vert et Or, de l’Université de Sherbrooke. Les douaniers américains au poste de Stanstead, à la frontière avec le Vermont, l’ont retenu pendant cinq heures, lui et ses six coéquipiers. Ils l’ont notamment interrogé sur sa religion et sur ses parents marocains, qui sont installés au Canada depuis 25 ans.

Le jeune homme âgé de 19 ans, né à Sherbrooke, a raconté, vendredi 10 février 2017, en entrevue à La Presse canadienne, que les douaniers américains lui avaient notamment demandé s’il fréquentait une mosquée et combien de fois il s’était rendu au Maroc. Ils lui ont aussi posé des questions « très précises » sur ses connaissances et ses fréquentations, a-t-il soutenu. Les douaniers avaient aussi saisi son téléphone cellulaire et lui ont même demandé son mot de passe pour y accéder. Les six coéquipiers et l’entraîneur qui voyageaient avec lui dans la même fourgonnette ne pouvaient pas utiliser leur téléphone, même pour prévenir le reste de l’équipe déjà à Boston, a raconté M. Aber, spécialiste du 400m et du 4x400m. Après avoir pris les empreintes digitales et des photos du jeune homme, les douaniers lui ont annoncé que son entrée aux États-Unis lui était refusée. « Officiellement, le document qu’ils m’ont donné indique que je n’avais pas de passeport ou de visa valides », explique-t-il. Lorsque l’athlète a fait remarquer aux douaniers que son passeport était pourtant parfaitement en règle (il est valide jusqu’en 2026), les agents lui ont dit qu’ils ne pouvaient pas lui fournir d’autres précisions. « Sache que l’entrée aux États-Unis n’est pas un droit, mais un privilège, qui peut être révoqué à tout moment », lui ont-ils simplement répondu, après l’avoir retenu durant cinq heures. Ils ont par ailleurs indiqué que cette décision n’était pas irrévocable et qu’elle pourrait être différente un autre jour ou à un autre poste frontière.

Yassine Aber

Le nouveau président américain, Donald Trump, a signé, le 27 janvier 2017, un décret qui interdit l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane : Syrie, Irak, Iran, Yémen, Somalie, Soudan et Libye. Ce décret a depuis été suspendu par un juge de district à Seattle la semaine dernière, puis par la Cour d’appel fédérale à San Francisco jeudi 9 février.

M. Aber ne comprend tout de même pas pourquoi il a été refoulé cette fois-ci, alors qu’il a déjà voyagé aux États-Unis à plusieurs reprises sans être embêté -même avec ses parents. L’étudiant en kinésiologie indique que le personnel de l’université tente de trouver une façon de « le faire passer » la prochaine fois. En attendant, il songe à participer à une compétition à Ottawa la fin de semaine prochaine.

« Je suis surtout déçu et triste de ne pas pouvoir courir avec mes coéquipiers (à Boston). J’ai l’impression de les laisser un peu tomber, avoue le jeune homme. Quand on s’entraîne fort toute l’année pour avoir la chance de participer à de belles compétitions de haut calibre comme ça, c’est sûr que c’est un peu décevant qu’un événement extérieur vienne nous empêcher de concrétiser nos efforts ».

Cet incident rappelle la mésaventure d’une femme de Brossard qui soutient avoir été refoulée, samedi 4 février 2017, à la frontière américaine, à Philipsburg, avec ses deux enfants et sa cousine. Fadwa Alaoui, une musulmane d’origine marocaine qui vit au Canada depuis 20 ans, soutient que les douaniers l’ont interrogée sur sa religion et sur ce qu’elle pensait de Donald Trump, avant de refuser l’entrée à tout le monde.

Fadwa Alaoui

Vendredi 10 février 2017, le député néo-démocrate Murray Rankin a exigé du premier ministre, Justin Trudeau, qu’il soulève ces incidents lors de sa rencontre avec le président Trump, à Washington, lundi 13 février. « Notre premier ministre doit signaler à Donald Trump qu’un Canadien, né au Canada, même s’il est de confession musulmane, n’a pas besoin de visa pour aller aux États-Unis ».

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Murray Rankin

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