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vendredi 18 août 2017
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24heures.ch, 15 février 2017

Suisse : Punitions collectives dans un centre de requérants d’asile

par Pascal SCHMUCK


Vue du centre de requérants d’asile d’Aesch

Le centre de requérants d’Aesch dans le canton de Bâle-Campagne a fermé ses portes à la fin 2016. Mais ce sont surtout les pratiques du centre géré par l’entreprise ORS Service AG qui font désormais débat.


Suisse

La Basler Zeitung (1) s’est procuré des protocoles d’ORS sur l’organisation du centre. Ils établissent très clairement la mise en pratique de punitions collectives, comme l’ont confirmé des sources au journal bâlois.

De 70 à 100 requérants, hommes, femmes et enfants, ont séjourné depuis novembre 2015 au centre de protection civile pour des périodes allant jusqu’à plusieurs semaines. Ils étaient encadrés par une douzaine d’accompagnants.

Le centre avait mis sur pied un ordre du jour et un système de punitions. Des sanctions étaient prévues pour la ponctualité du service de nettoyage assuré par les réfugiés. Ceux qui arrivaient en retard étaient à nouveau inscrits sur les listes de tâches le jour suivant et ils étaient également « condamnés » à devoir rester au centre le jour suivant.

Des punitions collectives étaient également prévues. Si une des règles, comme l’interdiction de manger dans les chambres pour raison d’hygiène, était bafouée, c’est toute la chambrée de quinze personnes qui devait en répondre. Idem si un des lits n’avait pas été fait par son occupant. Là aussi, une interdiction de sortie pour toute la journée était décrétée.

ORS ne s’en cache pas dans ses protocoles d’hygiène : « Le contrôle des chambres s’effectue à 8h30 par un accompagnant avec un Securitas. Les chambres doivent toujours être propres et en ordre, les couvertures tirées et les lits faits. Si tel ne devait pas être le cas, tous les occupants de la chambrée seront consignés ».

Quant aux repas, des témoins ont rapporté à la Basler Zeitung que le pain était rationné à une tranche par repas et que le déjeuner était limité à deux tranches de pain avec une portion de beurre et une portion de confiture. Un fruit n’était prévu que tous les trois jours.

Les parents devaient acheter eux-mêmes les aliments pour les bébés. « Les occupants reçoivent de l’argent de poche afin que les mères puissent acheter de la nourriture pour les enfants s’ils ont faim durant la nuit ». Le montant de cet argent de poche a été fixé à trois francs par jour et par personnes.

Le lait pour bébé était également rationné. Un verre de lait par personne était autorisé pour le petit déjeuner. Les parents avaient droit à une bouteille de lait après le repas de midi. Des parents n’ont pas pu obtenir de lait pour leur enfant qui se réveillaient affamés durant la nuit. ORS avait établi un ordre très strict sur la distribution de nourriture.

Les accompagnants ont émis à plusieurs reprises des critiques envers les pratiques d’ORS, qui les menaçait de licenciements et leur rappelait qu’ils avaient signé une clause de confidentialité.

La porte-parole de l’entreprise, Simona Gambini, a redirigé toutes les questions vers le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). Ce dernier a démenti toutes les accusations, mais a également cherché à savoir quels étaient les documents en possession de la Basler Zeitung.

Le porte-parole Martin Reichlin a déclaré qu’une seule réclamation avait été déposée. Les points critiqués ont été « pris en considération et corrigés lorsqu’il le fallait », a-t-il ajouté, sans autre précision.

Il a également souligné que le Secrétariat d’Etat aux migrations « ne tolérait aucune punition collective ». Selon Martin Reichlin, il n’y a pas eu de requérants consignés toute la journée. Le porte-parole a également rejeté toute critique sur la nourriture, affirmant que « les bébés avaient à leur disposition une nourriture adéquate ».

ORS s’était déjà retrouvé sur la sellette il y a cinq ans pour la gestion de son centre d’asile à Eigenthal (LU). Le Conseil fédéral [exécutif de la confédération] avait confié l’enquête à un prestataire externe. Et son rapport critiquait déjà ORS pour son ordre du jour chicanier, ses sanctions arbitraires et la nourriture insuffisante.

Pascal SCHMUCK

Des requérants d’asile dans un abri de la protection civile

Note :

(1) http://bazonline.ch/basel/region/wie-asylsuchende-schikaniert-werden/story/31671756

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