retour article original

mardi 25 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Iran (1ère partie) : Du 12 janvier 2004 au 23 juin 2004
Le Monde, 12 janvier 2004

Le rejet de candidats réformateurs aux législatives ouvre une crise en Iran


Teheran

Le Conseil des Gardiens de la révolution, conservateur, a interdit à près de 40 % des candidats réformateurs de se présenter au scrutin du 20 février. Les députés ont organisé un sit-in, le président Khatami a promis d’intervenir, le ministre de l’intérieur a décidé de passer outre et 27 gouverneurs menacent de démissionner.


Un vent de fronde soufflait dimanche 11 janvier au Parlement iranien, après le rejet par une commission du Conseil des Gardiens de la Révolution (conservateur) des candidatures de quelque 40 % des candidats réformateurs aux élections législatives du 20 février. Les députés réformateurs ont brièvement quitté la chambre, où ils sont majoritaires depuis 4 ans, et une soixantaine d’entre eux ont entamé un sit-in.

"Je ne trouve pas que ces méthodes-là soient compatibles avec les principes de la démocratie religieuse", a déclaré à la presse le président Mohammad Khatami, lui-même réformateur. Désireux de "réagir par les voies légales", il a ajouté qu’il allait s’entretenir à ce sujet avec le Conseil des Gardiens de la Révolution ainsi qu’avec l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, qui a le dernier mot sur toutes les affaires touchant à l’Etat.

Mohammad Khatami

"Non respect de l’islam"

Selon un parlementaire déclaré inéligible, Reza Yousefian, 80 des 210 députés réformateurs sortants ont été disqualifiés par la commission électorale du Conseil, dont Mohammad Reza Khatami, frère du président et chef du Front de la participation (FP), le premier parti à la chambre. Au total, entre 2 000 et 4 000 candidats sur 8 145 enregistrés ont été rejetés à travers le pays. Les plus visés ont été les membres du FP et de son allié politique l’Organisation des moudjahidines de la révolution islamique (Omri), et des personnalités de l’opposition libérale.

La plupart des candidats invalidés l’ont été pour "non-respect de l’islam" et "non fidélité à la Constitution et au principe" de la primauté du religieux sur politique, dont découlent les pouvoirs très étendus du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Des sources au sein du camp réformateur, estiment que les auteurs des lettres adressées ces derniers mois à l’ayatollah appelant à des réformes démocratiques ont été sanctionnés, quand la presse évoque des rejets pour consommation de drogue ou liens avec des groupes politiques marginaux.

Ali Khamenei

Lettres de démission

"C’est un coup d’Etat (...) Si cette décision est maintenue, il n’y aura pas d’élections, mais des nominations", a déclaré Mohsen Mirdamadi, dont la candidature a été rejetée. "Si ce processus continue, les conditions pour notre participation aux élections n’existeront pas, les gens n’auront plus de motivation pour aller voter et nous irons droit vers un boycott national du scrutin", a déclaré pour sa part Mohammad Reza Khatami. "Nous demandons au président et au gouvernement de ne pas accepter ces rejets massifs et surtout de ne pas prendre la responsabilité d’organiser des élections non-démocratiques", a-t-il ajouté.

Mohammed Reza Khatami

Dans la soirée, le ministère de l’intérieur, chargé de l’organisation des élections législatives, a dénoncé le rejet "illégal" des candidatures par les commissions de la surveillance de la Constitution et affirmé qu’il ne sera pas "appliqué". Les gouverneurs de 27 provinces iraniennes ont pour leur part menacé de démissionner d’ici une semaine si ces rejets sont maintenus, dans une lettre au président Mohammad Khatami. Et selon des responsables réformateurs, "sept ou huit ministres ont déjà préparé leur lettre de démission". Mais le vice-président chargé des relations avec le Parlement et des questions juridiques, Mohammad Ali Abtahi, a indiqué qu’il n’était "pas optimiste concernant une révision du rejet des candidatures".

Le résultat de ce bras de fer devrait en tout cas déterminer le niveau de participation au scrutin du 20 février. Si celui-ci est faible, les conservateurs seront avantagés.

Avec AFP et Reuters

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source