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mercredi 28 juin 2017
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Le Temps, 20 septembre 2004

Irak : L’offensive en préparation contre Falloujah devient un enjeu de la campagne présidentielle américaine


ÉTATS-UNIS. L’impossibilité d’organiser, en janvier 2004, des élections dans les villes irakiennes tenues par la résistance relance l’hypothèse d’une action militaire. John Kerry, qui avait prévu de développer dans la fin de campagne ses propositions économiques et sociales, recentre son combat sur la guerre.


L’image est grise. Un soldat américain, craintif, avance sur le sable. Il s’enfonce peu à peu jusqu’à la taille. A la fin, l’air perdu, il tient son fusil à deux mains au-dessus de sa tête. « Il faudra un nouveau président pour nous sortir de là », dit une voix off. Le dernier clip TV de MoveOn.org, proche du parti démocrate, a agi comme un électrochoc sur l’appareil de campagne de George Bush. Les républicains demandent à John Kerry de désavouer le film de ses supporters. Pourquoi ? Parce que le GI ensablé donne l’impression qu’il va se rendre. C’est une trahison !

L’Irak a envahi l’élection présidentielle américaine, et ça durera jusqu’au 2 novembre 2004. Le candidat démocrate, dont la situation ne s’améliore pas dans les sondages, avait prévu de développer, dans les dernières semaines de la campagne, ses propositions économiques et sociales. Il vient de changer de stratégie, écoutant ceux de ses innombrables conseillers qui croient pouvoir vaincre George Bush sur la question de la guerre : il faut, disent-ils, briser le miroir dans lequel le président affirme que la situation en Irak n’est pas si mauvaise, alors qu’elle se dégrade chaque jour.

Richard Holbrooke, super-diplomate de Bill Clinton, sans doute irrité par les tergiversations de John Kerry, lui demande de devenir plus offensif : le candidat n’a pas à dire ce qu’il ferait à la Maison-Blanche, il doit dénoncer sans trêve ceux qui ont conduit le pays dans ce bourbier. Le rapport très pessimiste des services de renseignement, dont la teneur a été connue la semaine dernière, est, ajoute Richard Holbrooke, le meilleur aliment de ce réquisitoire.

La critique du discours presque irréel de George Bush gagne aussi les rangs républicains. Cela avait commencé la semaine dernière au Sénat, à propos des milliards de la reconstruction.

La polémique a repris, dimanche 19 septembre 2004 au matin, dans les émissions politiques de la télévision, avec les mêmes ténors : Richard Lugar, Chuck Habel, et aussi John McCain. Avec un angle d’attaque neuf : il faut une offensive militaire, dit en particulier John McCain, il faut reprendre Falloujah.

George Bush parlera, mardi 21 septembre 2004, devant l’Assemblée générale de l’ONU, et il recevra Iyad Allaoui, le premier ministre irakien, à Washington, deux jours plus tard. Aux Nations Unies, le président tentera d’amadouer l’organisation hostile en parlant de développement et de démocratie. Dans la foulée, avec Iyad Allaoui, il devrait réaffirmer l’engagement d’organiser des élections en Irak au mois de janvier 2005.

Vraiment ? John McCain demande à son faux ami, ex-adversaire, de regarder la vérité en face. Une partie du pays échappe au contrôle de l’armée américaine, pour ne rien dire des forces irakiennes. Dans ces conditions, des élections sont impossibles. Il faut d’abord, dit le sénateur de l’Arizona, reprendre le contrôle du pays. Il faut cesser de bombarder Falloujah en tuant des civils, il faut envoyer les Marines dans la ville pour effacer ce symbole de la résistance, et rétablir un semblant de contrôle dans le triangle sunnite.

La levée du siège de Falloujah, au printemps 2004, avait ouvert un débat dans la hiérarchie militaire. L’offensive avait alors été arrêtée sur décision de Washington. Les généraux pensent que ce fut une erreur : il fallait soit ne rien entreprendre, soit aller jusqu’au bout. Aujourd’hui, Falloujah -comme disent les militaires- demeure « un cancer ». Le New York Times révélait, dimanche 19 septembre, que les plans d’une nouvelle offensive sont en préparation pour reprendre la ville. Début prévu : novembre. A la fin décembre 2004, la situation devrait être stabilisée. Alors, des élections pourront se tenir...

Le démocrate Joseph Biden, qui fait partie du cercle des conseillers de John Kerry, s’est insurgé, dimanche 19 septembre, contre ce plan. Non pas contre le principe d’une offensive, mais contre la date retenue : George Bush a peur, dit le sénateur, de perdre des voix, le 2 novembre 2004, si la guerre gagne en violence.

Le candidat démocrate vient de son côté d’affirmer que le Pentagone prépare la mobilisation de nouvelles unités de la Garde nationale et de la Réserve pour le lendemain des élections. Les services de Donald Rumsfeld démentent.

Alain CAMPIOTTI

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