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mercredi 24 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Iran (1ère partie) : Du 12 janvier 2004 au 23 juin 2004
Le Monde, 17 janvier 2004

Crise en Iran


Vue de Teheran

Dans quelques semaines, la République islamique d’Iran célébrera son 25e anniversaire. Sans gloire. Car c’est un régime bloqué, un régime qui va mal et qui paraît plus que jamais incapable de répondre aux aspirations d’une population de 60 millions d’habitants, dont 70 % ont moins de 30 ans. Elle aspire à la démocratie, à la libre expression de tous ses talents - et ils sont nombreux -, à l’ouverture sur le monde sans rejeter ce qui fait sa riche et attachante singularité. Mais le pays est, une fois de plus, en pleine crise politique.

Ce qui est en cause, c’est ce pouvoir bicéphale institutionnalisé et dont les deux pôles sont une fois de plus en conflit ouvert. D’un côté, le président Mohammad Khatami et le Parlement, qui disposent de la légitimité que leur ont conférée deux victoires consécutives dans les urnes (1997 et 2001).

Mohammad Khatami

De l’autre, le pouvoir "spirituel", c’est-à-dire les organes à la disposition du Guide de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, qui, de la justice à l’organisation des élections, disposent des moyens de paralyser totalement le président et le Parlement.

On aurait tort de limiter l’affrontement à une bataille entre conservateurs, tenants d’une ligne islamique dure et réformateurs. La fracture est sociale : les conservateurs s’appuient sur une armée de miliciens venus du lumpen-prolétariat des grandes villes ; les réformateurs sur "l’Iran éclairé". Elle est économique : les conservateurs assoient leur pouvoir sur de très riches fondations qu’ils contrôlent avec jalousie.

Scène de rue à Teheran


A la veille des élections de février, l’un des centres de pouvoir des conservateurs, le Conseil des gardiens de la Constitution, a invalidé les candidatures de près de 45 % des postulants, et notamment celles de 80 des 83 députés réformateurs sortants. La décision s’apparente à un coup d’Etat pour éliminer le camp réformateur. Le président Khatami a menacé de démissionner, ainsi que le gouvernement. Au risque de plonger le pays dans le chaos et la paralysie. Le Guide de la révolution a "calé", ordonnant au Conseil des gardiens de revenir sur sa décision.

L’affrontement est révélateur d’une impasse institutionnelle aux conséquences de plus en plus graves. La France en sait quelque chose, qui recevait cette semaine en visite officielle l’un des plus hauts responsables iraniens sur les questions de sécurité, Hassan Rohani.

Hassan Rohani

Jacques Chirac a dû lui rappeler que Téhéran devait "appliquer intégralement" les engagements pris dans le domaine nucléaire. Car, de source proche de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), on tire la sonnette d’alarme : contrairement à l’accord conclu en octobre, en fanfare, avec un trio européen britannico-franco-germanique, l’Iran continue à assembler des centrifugeuses destinées à enrichir l’uranium à des fins militaires. Avec qui signe-t-on quand on vient à Téhéran ? C’est tout le problème. C’est celui d’un régime qui, pas plus qu’il n’accède à la maturité à l’intérieur, ne peut normaliser les relations du pays avec l’extérieur.

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