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mardi 27 juin 2017
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AFP, 26 septembre 2004

Haïti : La déforestation, un facteur aggravant dans la catastrophe des Gonaïves

Suivi d’un commentaire


Des habitants de Gonaives en route pour Port-au-Prince, le 25 septembre 2004

GONAIVES (Haïti) (AFP) - La déforestation massive et incontrôlée en Haïti, alimentée par la pauvreté, a eu un effet aggravant lors des glissements de terrain et des inondations dans la région des Gonaïves, dans le nord-ouest du pays, où plus de deux mille habitants sont morts ou portés disparus.

Haïti


"Dans un pays déboisé, la végétation ne retient pas l’eau. La couche de terre arable est emportée par les eaux. C’est particulièrement le cas en Haïti, notamment à cause de l’agriculture sur brûlis", souligne Randolf Gilbert, un expert des Nations Unies.

Une zone déboisée à Cayes Didier

Les montagnes qui dominent la ville portuaire des Gonaïves sont totalement pelées, la végétation y a pratiquement disparu. Les habitants de cette région défavorisée font brûler tout ce qui pousse pour en tirer du charbon de bois. En Haïti, pays le plus pauvre du continent américain, les forêts ont en grande partie disparu, et le taux de déboisement atteint 98 %, selon des scientifiques.

Des Haïtiens coupent du bois pour faire du charbon

"Evidemment, le déboisement est un facteur aggravant, mais pas la seule cause de la catastrophe (des Gonaïves). En cas de précipitations, il provoque un apport rapide de terre dans le lit de la rivière et les débordements deviennent beaucoup plus fréquents", explique Christian Rousseau, un des sept membres du conseil des sages -organe consultatif intérimaire qui se substitue à l’assemblée nationale. D’après lui, c’est avant tout la situation géographique des Gonaïves qui est à l’origine de l’ampleur du drame. "La ville est le point d’aboutissement d’un bassin versant, tous les cours d’eau convergent vers les Gonaïves", souligne ce géographe de formation qui rappelle en outre que le point le plus élevé de la ville se situe à deux mètres au dessus du niveau de la mer.

Un Haïtien fabrique du charbon de bois

Le coordinateur des opérations de la Protection civile haïtienne dans la région des Gonaïves, Benoît Pierre-Michel, estime que les torrents de boue provenant de la vallée de la rivière Quinte ont charrié des corps humains jusqu’aux Gonaïves, à un vingtaine de kilomètres en aval. Le membre du conseil des sages ajoute que "sans alternative économique", la question de la déforestation ne pourra pas être réglée. "La population est dans une logique de survie. Les gens sont conscients du problème, ils savent qu’il ne faut pas couper du bois, faire brûler la végétation, mais ils n’ont pas d’autre source de revenus". Dans 70 % des foyers haïtiens, on cuisine au charbon de bois, faute d’électricité.

Des Haïtiens pillent un camion chargé de vêtements, à Gonaives, le 25 septembre 2004

"Aux Gonaïves, nous avons maintenant des inondations, mais dans deux mois nous aurons probablement une sécheresse", a écrit le ministre haïtien de l’Environnement André Wainwright, dans une tribune publiée par le quotidien haïtien La Nation. Il plaide pour un vaste programme de reboisement. Pour le mener à bien, insiste le ministre, il faut trouver de nouvelles sources de revenus pour ceux qui vivent du commerce du charbon de bois. "Notre économie est extrêmement fragile, observe-t-il, notamment en raison de la dégradation des conditions de vie dans les zones montagneuses, où les agriculteurs ne peuvent plus compter sur les revenus de leurs cultures traditionnelles pour subvenir aux besoins de leur famille".

Deux hommes affamés s’éloignent avec un sac de nourriture pillé dans un camion, à Gonaives, le 25 septembre 2004

Une des responsables de la Banque mondiale dans les Caraïbes, Caroline Anstey, partage cette analyse et juge "urgent et fondamental de mener de front le combat contre la pauvreté et la déforestation".

Une bagarre éclate pendant une distribution de vivres, à Gonaives, le 26 septembre 2004

Pays exsangue, Haïti dépend de l’aide apportée par la communauté internationale et le gouvernement intérimaire actuel, au pouvoir depuis le départ de l’ancien président Jean Bertrand Aristide en mars 2004, dispose d’une marge de manoeuvre économique très étroite.

Associated Press

Un soldat argentin s’efforce d’arrêter un enfant qui s’est emparé d’un sac d’eau dans le camion, à Gonaives, le 26 septembre 2004

Commentaire

Il est évident qu’un plan de reforestation d’Haïti de grande ampleur est indispensable. Il est non moins évident que cette reforestation s’étendrait sur de nombreuses années. Elle est donc susceptible de fournir de nombreux emplois à la population haïtienne et les salaires versés bénéficieront à l’économie locale.

Des Haïtiens pillent un camion chargé de sacs d’eau, à Gonaives, le 26 septembre 2004

Un autre avantage de cette reforestation d’Haïti serait d’offrir aux jeunes l’occasion d’échapper à leur bidonville et à l’influence des gangs.

Dans cette perspective, il serait avisé de prévoir des camp de reboisement mobiles, où les travailleurs seraient logés, nourris, et où des cours seraient dispensés afin que chacun puisse poursuivre ou compléter ses études. Ces camps se déplaceraient, de mois en mois, à mesure de la progression du reboisement.

Ainsi, on obtiendrait, simultanément :

- Le reboisement du pays.

- Une amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs.

- Une amélioration de l’économie locale résultant des salaires dépensés.

- Une diminution de la criminalité et de l’influence des gangs.

- Une opportunité, offerte à chacun, d’améliorer sa formation ou, plus simplement, d’apprendre à lire et à écrire,

conformément à la logique interne de l’intérêt général.

Frank BRUNNER

Une femme prie dans la cathédrale de Gonaives, tandis que des enfants transportent de l’eau à l’arrière plan, le 26 septembre 2004

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