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vendredi 24 février 2017
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AFP, 27 septembre 2004

Haïti : Un convoi d’aide humanitaire attaqué aux Gonaïves


Un convoi d’aide humanitaire est attaqué par des Haïtiens affamés, à Gonaives, le 26 septembre 2004

GONAIVES (AFP) - Un convoi d’aide humanitaire a été attaqué, dimanche 26 septembre 2004 après-midi, en plein centre de la ville des Gonaïves, par plusieurs dizaines de jeunes haïtiens armés de barres de fer.

Haïti


Malgré la présence de soldats argentins de la mission de stabilisation de des Nations Unies en Haïti (Minustah), dont l’un a tiré un coup de feu en l’air en l’air, les jeunes gens ont tenté de dévaliser deux camions d’aide humanitaire avant d’être dispersés par des gaz lacrymogènes. Cet incident grave, le premier du genre, survient alors que l’acheminement et la distribution de vivres aux sinistrés des Gonaïves s’effectue depuis plusieurs jours sous haute surveillance, les convois étant escortés par des soldats de la Minustah qui veillent ensuite à ce que la distribution se déroule en bon ordre.

Des Haïtiens poursuivent des camions chargés de nourriture et de médicaments, dans les rues de Gonaives, le 26 septembre 2004

Dimanche 26 septembre 2004 après-midi, une cinquantaine de soldats uruguayens de la Minustah, ont escorté dans le centre de la ville, certains à pied armés d’un fusil à pompe, deux camions de vivres et de vêtements offerts par l’Université adventiste d’Haïti aux sinistrés. Le pasteur Joseph Lormeus, qui dirigeait cet envoi humanitaire, a expliqué que les deux camions avaient été pris en charge par les Casques bleus, "par crainte des pillards", une dizaine de km avant l’entrée de la ville.

Des casques bleus de l’ONU déployés à Gonaives, le 26 septembre 2004

Par ailleurs, une distribution de vivres dans les jardins de l’Eglise adventiste du 7ème jour a nécessité la présence d’une trentaine de soldats argentins de la Minustah. Le commandant Cristian Pafundi a déclaré que ses hommes avaient pris en charge la sécurité du périmètre et le filtrage des accès en relation avec les employés haïtiens de l’organisation humanitaires Care. Près de deux mille femmes, munies de récipients vides, ont patienté plusieurs heures derrière des chevaux de frise, installés par les soldats argentins, avant de recevoir des lentilles et de l’huile.

Scène de rue à Gonaives, le 26 septembre 2004

Samedi 25 septembre 2004 au soir, un convoi d’une trentaine de camions d’aide humanitaire avait été escorté, par des engins de transports de troupes blindés de la Minustah et par la police de l’ONU, jusqu’au site de l’organisation Care où est stockée l’ensemble de l’aide humanitaire. Là, un jeune garçon haïtien est mort écrasé par un des camions en tentant de s’y accrocher.

Scène de rue à Gonaives, le 26 septembre 2004

Des milliers d’habitants des Gonaïves, chassés de leurs maisons inondées ou détruites par la tempête tropicale Jeanne, s’entassent depuis une semaine dans des églises et des écoles où ils survivent dans le plus grand dénuement et sans la moindre hygiène. Dimanche 26 septembre, des volontaires de la Croix Rouge haïtienne ont entrepris de faire la tournée de 43 de ces centres d’hébergement improvisés pour y dénombrer les réfugiés et dresser la liste de leurs besoins les plus urgents en matière de santé et d’alimentation. Ces demandes seront ensuite transmises aux représentants de la Croix-Rouge internationale qui distribueront le nécessaire à partir de lundi 27 septembre 2004.

Un soldat argentin aidé de Haïtiens transporte une dame blessée à l’hôpital de Gonaives, le 26 septembre 2004

A la cathédrale, au centre de cette ville de 250000 habitants, 5OO personnes, en majorité des familles nombreuses, se sont réfugiées à la tribune de ce bâtiment moderne de béton et de bois. Au rez-de-chaussée, recouvert de dix centimètres d’une boue à l’odeur pestilentielle, les bancs des fidèles ont été renversés par les flots de l’inondation. Au dessus de l’autel, une banderole, vieille de quelques semaines, dit : "la plénitude du bonheur, la satisfaction d’une vie ne tiennent pas à sa durée mais à sa qualité". A la tribune, les bancs ont été rapprochés pour y poser quelques matelas moisis tandis que les rares ustensiles de cuisine contiennent des soupes de pâtes et de pain. "Le pain, c’est tout ce que nous avons depuis une semaine", se plaint une grand-mère devant Barthélemy Destin, volontaire de la Croix-Rouge haïtienne, qui dirige l’opération de recensement.

Une rue de Gonaives vue depuis l’intérieur d’une maison dévastée par les intempéries, le 26 septembre 2004

Un infirmier soigne une fillette aux plaies purulentes. Une mère et son fils de quelques mois sous-alimenté gisent, visiblement malades, sur un matelas, attendant l’improbable visite d’un médecin. Barthélemy Destin forme un "comité local" de trois personnes chargé de faire la liste des familles et de leurs besoins. "Ils sont abandonnés à eux-mêmes sous le toit de Dieu", dit-il, en désignant les sinistrés qui se pressent autour de lui.

Un Haïtien prend son repas dans sa maison dévastée par les intempéries, à Gonaives, le 26 septembre 2004

A quelques centaines de mètres de là, l’école de la Rédemption de l’Eglise épiscopale haïtienne abrite quelque 400 personnes. Au premier étage, le père Max Accimé célèbre la messe dominicale devant quelques dizaines de fidèles. Un autel a été improvisé sur une table de bois branlante, recouverte d’une nappe blanche où ont été posés un bouquet de fleurs artificielles et le ciboire pour la communion des fidèles qui chantent "Dieu de miséricorde, nous avons pêché".

Le domicile d’une Haïtienne, à Gonaives, le 26 septembre 2004

Sur le site de l’organisation humanitaire Care, dont les entrepôts abritent près de deux mille tonnes de blé, de riz, d’huile, de médicaments et de matériel de purification et de distribution d’eau des organisations humanitaires, 87 familles, soit 450 personnes, campent, démunies de tout, sous des hangars et quelques tentes blanches qui viennent d’être montées. "Elles n’ont rien, sinon leur vie", résume Barthélemy Destin.

Agence France Presse

Un Haïtien couvert de boue se repose, dans la rue, à Gonaïves, le 26 septembre 2004. Le bilan des inondations désastreuses, infligées à Haïti par le passage de la tempête tropicale Jeanne, s’est alourdi à 1650 morts, et 800 autres personnes sont toujours portées disparues

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