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Le Temps, 28 septembre 2004

Irak : A Washington, dans les couloirs de l’administration, on commence à parler de retrait


La France a accepté, du bout des lèvres, la proposition de réunir une conférence internationale. Mais elle réclame un calendrier de la fin de l’occupation. La ligne officielle américaine vise toujours les élections irakiennes, fin janvier 2005, en tentant de maîtriser l’insurrection d’ici là. Mais les experts militaires n’y croient pas.


L’insurrection irakienne ne peut pas gagner la guerre, mais elle a déjà remporté une bataille. A Washington, pull out n’est plus un mot tabou. Pull out, c’est le retrait, le recul, la sortie : le rappel des troupes d’Irak. Naturellement, avant le 2 novembre 2004, c’est un mot qui ne franchira pas les lèvres de George Bush. Ni celles d’ailleurs de John Kerry. Le président candidat dit bien que l’armée ne restera pas à Bagdad un jour de plus que nécessaire. Le démocrate s’avance davantage : son plan en quatre points (renforts internationaux, formation de l’armée irakienne, etc.) permettra, dit-il, de commencer à retirer de premières unités américaines au milieu de l’an prochain. Mais pull out n’a déjà plus ce sens-là. Le retrait, dont parle désormais l’administration elle-même derrière des portes closes, c’est l’engagement des coalisés, avec un calendrier, de mettre fin à l’occupation de l’Irak.

Michel Barnier, lui, n’a pas besoin de se cacher pour en parler. Le ministre français des Affaires étrangères en fait même une condition pour que Jacques Chirac adoucisse sa position intransigeante sur la guerre américaine. Michel Barnier a accepté, du bout des lèvres, la proposition, faite par Colin Powell, de réunir dans quelques semaines, à Amman ou au Caire, une conférence internationale sur la crise irakienne. Mais les diplomates français ne s’y rendront que si le retrait des forces d’occupation fait partie de la discussion. C’est la seule manière, dit le ministre d’échapper au chaos, de sortir du « trou noir » dans lequel l’Irak s’enfonce, y compris dans la « zone verte », le périmètre fortifié des Américains à Bagdad.

Le projet de Colin Powell -et du premier ministre Iyad Allaoui- est de rassembler tous les voisins de l’Irak, y compris l’Iran et la Syrie (les Etats-Unis mènent déjà des discussions à Damas sur le contrôle de la frontière irakienne), avec un encadrement des membres du G8.

L’accueil hautain de Paris va hérisser encore pas mal de poils à Washington. Mais le temps de ces susceptibilités est dépassé : ce qui est en jeu pour les Etats-Unis est trop grave, et les conservateurs au pouvoir ne l’ignorent pas. Robert Novak, qui est de la famille, est chargé de le faire savoir. Ce pundit (commentateur introduit) est un des journalistes les mieux informés de Washington. C’est lui qui avait révélé l’identité d’une blonde espionne de la CIA, pour briser la crédibilité de son mari, l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, passé à l’ennemi démocrate. Maintenant, Robert Novak affirme que la nécessité d’entreprendre dès l’an prochain un désengagement d’Irak a gagné de larges couches de l’administration.

Robert Novak est conservateur, mais pas « néo ». Cet homme aux cheveux blancs fait partie des républicains qui étaient très dubitatifs à la veille de la guerre. Cette aventure ne lui disait rien qui vaille. Mais à la veille de l’élection présidentielle, le camp conservateur (à quelques exceptions près) enterre ses divergences pour ne pas nuire à George Bush. Et on ne peut pas exclure que Robert Novak rende un service commandé en parlant de retrait au moment où John Kerry promet le retour de premières unités dans dix mois.

Pour le moment, la ligne officielle est celle que Colin Powell et le général John Abizaid, le chef des armées de l’Afghanistan à la Corne de l’Afrique, ont été chargés de présenter pendant tout le week-end. La situation en Irak s’aggrave, va s’aggraver à mesure qu’approchent les élections dont George Bush et Iyad Allaoui répètent qu’elles se tiendront fin janvier 2005. Le secrétaire d’Etat annonce pour la fin de l’année des opérations militaires pour reprendre le contrôle des villes du triangle sunnite qui échappent à Bagdad : Ramadi, Samarra, Falloujah ensuite. John Abizaid dit que ses effectifs en Irak ne sont sans doute pas suffisants.

Le général David Petraeus, qui est chargé de former les nouvelles forces se sécurité irakiennes, a pris la plume, dans le Washington Post, laissant entendre que les renforts pourront venir de ce côté-là. Mais au moment où son papier était publié, le commandement américain à Bagdad annonçait l’arrestation du général Talib al-Lahibi, le chef de la nouvelle Garde nationale irakienne à Diyala, pour « association avec des insurgés connus »...

Ceux qui ne sont pas ligotés par leur responsabilité ou par les tactiques électorales parlent plus librement. Michael O’Hanlon, l’un des experts militaires les plus écoutés, utilise presque les mêmes mots que Michel Barnier : pour les Etats-Unis, la seule manière de sortir du bourbier, c’est de fixer une date pour le début du retrait des troupes, et de ne les maintenir en Irak que si un nouveau gouvernement le demande expressément. Lislie Gelb, ancien président du Council on Foreign Relations, dit aussi que fixer un calendrier de retrait est une étape indispensable. Lui a renoncé depuis longtemps à croire à la possibilité de maintenir un Irak unifié, et encore moins démocratique.

Alain CAMPIOTTI

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