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vendredi 24 février 2017
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AFP, 3 octobre 2004

Haïti : Retour au calme à Port-au-Prince après deux jours de violences

Suivi d’un commentaire


Scène de rue à Port-au-Prince, le 1er octobre 2004

PORT-AU-PRINCE (AFP) - Le calme règne à Port-au-Prince, après deux journées de violences durant lesquelles au moins dix personnes, dont neuf policiers, ont été tuées dans la capitale, d’où continue de partir l’aide humanitaire pour les sinistrés des Gonaïves.

Haïti


Samedi 2 octobre 2004, les blindés de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (Minustah), ne stationnaient plus devant le Palais national, siège de la présidence haïtienne, et devant la Primature, qui abrite les bureaux du Premier ministre. Dans le quartier Delmas, une quinzaine de soldats de la Minustah, appuyés par deux blindés de la Minustah, contrôlaient les véhicules venant de l’aéroport. Dans le centre, où tous les magasins étaient toujours fermés dans la crainte de la reprise des violences, seuls des étals de fruits et d’articles ménagers offraient leurs produits à même le trottoir.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 1er octobre 2004

Selon des témoins oculaires, des véhicules ont été brûlés, vendredi 1er octobre 2004 au soir, et des coups de feu entendus dans la Cité Soleil, quartier déshérité et fief des partisans du président déchu Jean-Bertrand Aristide.

Le lieu de l’assassinat de cinq Haïtiens, à Port-au-Prince, le 2 octobre 2004

Un débat animé a opposé, samedi 2 octobre, sur les ondes de Radio-Caraïbes, les partisans du Premier ministre Gérard Latortue et les "lavalassiens" (parti Lavalas) qui soutiennent l’ex-président Aristide. Sous la menace d’une insurrection armée et de la pression internationale, Jean-Bertrand Aristide a quitté ses fonctions, le 29 février 2004, et vit en exil en Afrique du Sud. Les deux parties se sont mutuellement accusées d’avoir "armé les bandes de mercenaires et de bandits" qui ont tué ces derniers jours neuf policiers tout en déplorant de concert le manque d’effectifs et de moyens octroyés à la police haïtienne.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 1er octobre 2004

Samedi 2 octobre 2004, en fin de journée, la police a encerclé la station de radio pendant six heures et procédé à l’interpellation de quatre anciens parlementaires proches de Jean-Bertrand Aristide, accusés d’être "à la base des actes de violences" qui ont été perpétrés dans la capitale, selon un journaliste de l’AFP.

Yvon Feuille, Roudy Heriveau et Louis Gérald Gilles, après leur arrestation, à Port-au-Prince, le 2 octobre 2004

Les partisans du président déchu avaient annoncé vouloir organiser une manifestation, jeudi 30 septembre 2004, dans la capitale à l’occasion du 13e anniversaire du coup d’Etat militaire qui l’avait renversé en 1991. C’est lors de cette manifestation que des incidents armés ont éclaté.

Louis Gérald Gilles en compagnie de Roudy Heriveau, après leur arrestation, à Port-au-Prince, le 20 octobre 2004

Malgré la présence en Haïti de 3000 militaires de la Minustah et policiers de l’ONU, le désarmement des bandes armées, à la solde de l’ancien dirigeant haïtien ou formées d’anciens militaires ayant participé à l’insurrection qui a conduit à son départ, reste un problème non résolu. La situation politique d’Haïti, le pays le plus pauvre du contient américain, apparaît encore plus fragilisée après ces violents incidents et dans l’attente des élections générales prévues en 2005.

Gérard Latortue

Sur le plan humanitaire, le pays souffre toujours du passage de la tempête tropicale Jeanne il y a deux semaines sur la région des Gonaïves, qui a fait plus de 1500 morts. Des inondations liées à cette tempête ont fait des dizaines de milliers de sinistrés qui ont tout perdu et qui dépendent désormais entièrement de l’aide humanitaire internationale. Deux convois d’une dizaine de camions, chargés de vivres, de médicaments, d’eau potable, quittent chaque jour Port-au-Prince pour les Gonaïves à 200 km de la capitale.

Vue de Gonaives, le 19 septembre 2004

Vendredi 1er octobre au soir, un avion-cargo géant Antonov 124 s’est posé sur l’aéroport de Port-au-Prince. Dans sa soute se trouvaient cent tonnes de biscuits vitaminés et protéinés dont une partie devaient prendre, samedi 2 octobre 2004, la route des Gonaïves, a précisé à l’AFP Anne Poulsen, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti.

Agence France Presse

Un enfant devant un point de distribution de nourriture, à Gonaives, le 23 septembre 2004

Commentaire

Les médias ont tendance à présenter Jean-Bertrand Aristide comme un "ami du peuple", pour le motif qu’il se pose en victime d’un "enlèvement" organisé, à l’en croire, par les Etats-Unis et la France. La réalité est bien différente.

A l’origine, Jean-Bertrand Aristide était un misérable prêtre de bidonville. A l’occasion d’un voyage en Suisse, il avait dû être hébergé chez l’habitant, faute de pouvoir s’offrir des nuits d’hôtel. Lorsqu’il a été chassé du pouvoir par l’insurrection, Jean-Bertrand Aristide avait accumulé une véritable fortune personnelle, grâce au pillage du pays et à son implication dans le trafic des stupéfiants. Cette fortune lui permet de vivre dans le luxe et l’impunité, en Afrique du Sud, tandis que le peuple haïtien crève de faim dans les bidonvilles.

Quand il était au pouvoir, Jean-Bertrand Aristide, gardé par des mercenaires américains, circulait avec tout un convoi de limousines, survolé par un hélicoptère

C’est probablement aussi cette fortune qui sert, en totalité ou en partie, à financer les agissements du parti Lavalas à Haïti. On constate que les manifestants pro-Aristide semblent bénéficier d’un stock inépuisable de T-shirts, parapluies et affiches à l’effigie de Jean-Bertrand Aristide, alors que ces manifestants, vivant eux-mêmes dans des bidonvilles, seraient bien incapables de financer l’achat de tout ce matériel.

Une manifestation du Aristide’s fans club, à Port-au-Prince, le 30 septembre 2004

Le parti Lavalas n’est pas un parti politique cherchant à gouverner dans l’intérêt général du peuple haïtien. Il s’agit d’une organisation mafieuse opérant sous couvert politique. Le parti Lavalas s’est toujours efforcé de s’imposer par la terreur, s’appuyant sur des gangs de tueurs -les chimères- et faisant assassiner les opposants jusqu’au fond des bidonvilles.

Un policier haïtien sur le lieu du "Massacre du jour des élections"

Dans la région de Gonaives, Jean-Bertrand Aristide faisait régner la terreur par l’intermédiaire de "l’armée cannibale" d’Amiot Métayer. A la suite de l’assassinat de ce dernier par des tueurs à la solde de Jean-Bertrand Aristide, "l’armée cannibale" a déclenché, à Gonaives, l’insurrection qui allait, en quelques semaines, gagner la quasi totalité du pays et contraindre Jean-Bertrand Aristide à l’exil.

Le cadavre d’Amiot Métayer, assassiné par les tueurs de Jean-Bertrand Aristide

Au monent où Jean-Bertrand Aristide a quitté Port-au-Prince, les chimères pillaient la capitale au grand jour et assassinaient les opposants politiques en toute impunité.

Un chimère, relvolver au poing, à Port-au-Prince, le 26 février 2004

Les troupes de l’ONU n’ayant jamais réussi à désarmer les gangs de tueurs du parti Lavalas, les ex-insurgés ont jugé préférable de se contenter, pour leur part, de remises d’armes symboliques.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 27 février 2004

Il y a tout lieu de croire que l’agitation orchestrée par le parti Lavalas, à Port-au-Prince, vise à préparer un hypothétique retour d’exil de "l’ami du peuple", dans la perspective des élections préparées par le gouvernement intérimaire de Gérard Latortue.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 28 février 2004

Il est vrai que le gouvernement de Gérard Latortue est débordé par la situation actuelle à Haïti, mais quel est le gouvernement qui, à sa place, ne le serait pas ? Le gouvernement intérimaire de Gérard Latortue a hérité d’un pays dont la plupart des habitants végètent, de génération en génération, dans des bidonvilles. Les caisses de l’Etat étaient vides. La police était corrompue au point de s’allier aux chimères. Une guerre civile entre chimères et insurgés menaçait d’éclater à tout moment. Il fallait absolument tout reconstruire, et tout dépendait de l’aide internationale. Or, c’est dans ce contexte que deux cyclones sont venus semer la dévastation.

Les cadavres de Haïtiens assassinés après avoir eu les mains liées dans le dos, à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

Il est naturel que les Haïtiens se révoltent contre l’injustice du sort et compréhensible qu’ils assimilent l’impuissance du gouvernement intérimaire à une indifférence délibérée.

L’arrivée des insurgés à Port-au-Prince, au lendemain du départ de Jean-Bertrand Aristide, le 1er mars 2004

Le parti Lavalas s’efforce cyniquement de surfer sur ce sentiment de mécontentement généralisé. Il s’adonne au charity business politique, tout en suscitant des émeutes et des assassinats. Ses agissements criminels n’ont pas à être tolérés par un gouvernement démocratique.

Frank BRUNNER

Un cadavre en décomposition à Port-au-Prince, le 24 mars 2004

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