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Le Monde, 3 octobre 2004

Irak : L’hypothèse de la supercherie est évoquée après l’"échec" de la "mission" Julia


L’"opération de libération" des deux otages français détenus en Irak menée par le député français Didier Julia aurait pu n’être qu’un leurre. Selon Radio France internationale, Philippe Brett, le collaborateur de M. Julia qui avait annoncé, vendredi 1er octobre 2004, être en Irak, aux côtés des otages, se trouvait alors dans la banlieue de Damas.

Des récits de journalistes présents en Syrie jettent eux aussi le doute sur la présence de M. Brett sur le territoire irakien.


Dimanche 3 octobre 2004, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a mis fin au consensus politique qui prévalait depuis le début de cette crise des otages en réclamant une intervention du gouvernement ou de l’UMP.

L’"opération de libération" des deux otages français en Irak, montée par le député (UMP) français, Didier Julia, n’a-t-elle été qu’une vaste supercherie ? Cette hypothèse était ouvertement évoquée, dimanche 3 octobre au matin, après des révélations diffusées sur les ondes de Radio France internationale (RFI) -l’antenne pour laquelle travaillait Christian Chesnot, l’un des deux journalistes- et des récits de journalistes présents à Damas, en Syrie. Dimanche 3 octobre 2004, à 08h00, RFI a en effet affirmé que l’intermédiaire Philippe Brett, principal collaborateur de M. Julia, qui avait indiqué, vendredi 1er octobre 2004, à 13h00, sur les ondes d’Europe 1, se trouver en compagnie de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, avait menti.

Selon la radio publique, qui évoque des informations en provenance des services de renseignement syriens, israéliens et français, Philippe Brett aurait passé, depuis son téléphone cellulaire, vendredi 1er octobre 2004, en milieu de journée, quatre appels, et en aurait reçu un, celui d’Europe 1. Or, selon ces services, qui auraient intercepté ces appels, ce téléphone cellulaire a été localisé dans la banlieue de Damas. M. Brett aurait donc menti en assurant qu’il se trouvait alors en Irak aux côtés des deux otages.

Les fausses indiscrétions de M. Julia

En outre, de nombreuses zones d’ombre sont apparues, depuis vendredi 1er octobre 2004, autour de la "mission" Julia, qui a drainé à Damas des dizaines de journalistes de la presse internationale et arabe, ballottés pendant deux jours par des déclarations contradictoires publiques, et manipulés par des indiscrétions distillées aux représentants de la presse française.

Vendredi 1er octobre 2004, M. Julia déclarait à la presse que Philippe Brett était arrivé à la frontière syro-irakienne, mais qu’il était revenu en Irak rejoindre le convoi transportant les otages, bloqué dans sa progression vers la frontière par les tirs américains qui l’ont pris pour cible. L’armée américaine en Irak avait aussitôt démenti avoir visé le convoi des journalistes.

Samedi 2 octobre 2004, selon le récit d’une journaliste de l’AFP à Damas, les collaborateurs de M. Julia laissaient filtrer à la presse que le convoi tentait de nouveau de franchir la frontière et qu’un premier véhicule ayant à son bord des Français était déjà du côté syrien du poste-frontière de Tanaf, qu’un autre le suivait et qu’ils invitaient la presse à aller le constater. Ils ajoutaient avoir dépêché trois véhicules à la frontière pour recueillir tout ce monde. Un point de presse était prévu une à 14h00, après le retour des otages. Cette information a jeté sur la route Damas-Tanaf une cinquantaine de journalistes qui n’ont finalement rien vu, ni convoi, ni véhicules. A la douane, ils ont appris qu’aucun Français n’avait franchi la frontière.

Absence de preuve et scénario improbable

En milieu d’après-midi, l’équipe de M. Julia informait certains journalistes que, finalement, Philippe Brett devait arriver seul à Damas, le convoi n’étant pas parvenu à prendre la route en raison de bombardements à Ramadi, à l’ouest de Fallouja, où les otages seraient détenus. En Irak, aucune activité militaire américaine notoire n’a été enregistrée, samedi 2 octobre 2004, dans cette région. Deux heures plus tard, il n’était plus question de voir M. Brett : des journalistes avaient exigé d’examiner son passeport pour s’assurer qu’il était bien entré et sorti de Syrie.

Le député déclarait alors publiquement avoir rencontré Philippe Brett, dans la nuit de vendredi 1er octobre à samedi 2 octobre, à Damas, et que ce dernier était reparti à la hâte en Irak en raison d’informations sur l’approche du convoi des otages de la frontière. A la question de savoir comment M. Brett pouvait être, vendredi 1er octobre au soir, à 21h00, en Irak en compagnie des otages, et samedi 2 octobre 2004, à 01h00, à Damas, dans la chambre de M. Julia, à l’hôtel Cham, ce dernier n’a pas répondu. Le poste-frontière ferme à 19h00. M. Julia a affirmé que depuis lors, il est sans nouvelles de M. Brett et des otages, tout en continuant à assurer qu’ils sont en sécurité.

Pourquoi ?

M. Julia a indiqué que "la rencontre de Damas avec Brett s’est déroulée avec des responsables importants de l’Armée islamique", le groupe qui a revendiqué l’enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, juste avant de dire à d’autres journalistes avoir "rencontré des responsables de la résistance islamique". Outre tous ces propos contradictoires, M. Julia a cité pour preuve de la prochaine libération des otages l’afflux de 50 journalistes au poste-frontière, alors qu’ils y avaient été envoyés par ses soins. Le député a indiqué, samedi 2 octobre 2004, qu’il rentrerait le lendemain à Paris, mais que "cela ne veut pas dire que j’arrête les négociations".

Si l’hypothèse de la supercherie se confirme, reste à savoir si celle-ci concerne l’ensemble de la "mission" Julia, ou la simple opération de vendredi 1er octobre 2004, pour quelles raisons elle a été montée, par qui elle a été commandée, et quels intérêts elle servait.

Lemonde.fr (avec AFP)

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