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Le Monde, 7 octobre 2004

Proche Orient : Le plan israélien de retrait de Gaza "gèle" le processus de paix

par Gilles PARIS


Un résistant palestinien à Jabalya, le 30 septembre 2004

La décision d’Ariel Sharon de retirer ses troupes et les colons de la bande de Gaza à la fin de 2005 vise, selon son principal conseiller, à "empêcher la création d’un Etat palestinien pour une durée indéterminée". Cette stratégie implique également la mort définitive de "la feuille de route".

Un blindé israélien à Jabalya, le 6 octobre 2004


La fête juive de la fin de Sukkot, qui a débuté mercredi 6 octobre 2004 après-midi, est tombée à pic. Elle a permis au premier ministre israélien, Ariel Sharon, de gagner un peu de temps et de fourbir ses arguments après la stupeur créée, le jour même, par les déclarations de son bras droit, Dov Weissglass. Chargé des contacts avec l’administration américaine, ce dernier est réputé pour son franc-parler et les jugements à l’emporte-pièce qu’il distille lors de ses rencontres informelles avec la presse israélienne et internationale. Dans un entretien au quotidien Haaretz, M. Weissglass a assuré que l’objectif véritable du plan de désengagement de Gaza que défend actuellement M. Sharon est "le gel du processus de paix", pour une " durée indéterminée", ce qui reviendra à "empêcher la création d’un Etat palestinien".

Evacuation d’une victime de l’armée israélienne, à Jabalya, le 6 octobre 2004

Les déclarations du principal homme de confiance de M. Sharon ont jeté le trouble car la ligne politique esquissée s’écarte en effet singulièrement du discours officiel avancé jusque-là et selon lequel le retrait de Gaza s’inscrit dans le cadre d’un processus politique, celui de la "feuille de route". Ce plan de paix international, resté lettre morte depuis juin 2003, prévoit la création d’un Etat palestinien dans des frontières définitives en 2005. M. Weissglass a tenté de tempérer ses propos en critiquant les extraits choisis par le Haaretz, retirés, selon lui, de leur contexte, et le bureau du premier ministre a publié une mise au point en assurant que M. Sharon "soutient la "feuille de route", seul plan susceptible de permettre de progresser vers un accord politique viable".

Des victimes de l’armée israélienne, à Beit Lahya, le 7 octobre 2004

Le premier ministre israélien lui-même avait pourtant levé le voile sur ses intentions en assurant au contraire, le 15 septembre 2004, dans un entretien au quotidien israélien Yediot Aharonot, qu’il ne suivait pas la "feuille de route" et qu’il "se pourrait très bien qu’après l’évacuation -de Gaza- il y ait une très longue période durant laquelle il ne se passe rien". M. Sharon, qui jugeait les Palestiniens responsables du blocage, ajoutait que, pour "des avancées supplémentaires, il faudra un changement dans la stratégie palestinienne et aucun signe ne laisse augurer d’un tel changement". En 2003, M. Sharon avait longtemps ferraillé avec l’administration avant d’accepter cette "feuille de route" assortie de conditions israéliennes en contravention avec l’esprit et la lettre du plan de paix.

Ariel Sharon

Ces déclarations successives interviennent alors que M. Sharon tente de se concilier les bonnes grâces d’une partie de la droite israélienne désorientée par le projet de retrait de Gaza auquel s’opposent les radicaux du Likoud, les colons et l’extrême droite. C’est d’ailleurs pour répondre à ces interrogations que M. Sharon a déclenché, le 28 septembre 2004, la plus grande opération militaire à Gaza depuis le début de l’Intifada.

Les funérailles de deux Palestiniens tués par un obus israélien, à Beit Lahya, le 6 octobre 2004

"Un filet de sécurité"

Le chef de l’opposition travailliste Shimon Pérès, l’un des artisans des accords d’Oslo de septembre 1993, a déclaré à la radio militaire qu’il "demanderait des explications" à M. Sharon sur les propos de M. Weissglass. Les travaillistes permettent en effet au gouvernement dirigé par M. Sharon -qui a perdu sa majorité à la Knesset depuis l’adoption de son plan début juin 2004- de se maintenir au pouvoir en lui assurant "un filet de sécurité". "Nous n’avons pas assuré un filet de sécurité pour ce plan mais pour un plan de séparation qui fait partie d’un processus politique" plus large, a déclaré M. Pérès. Le retrait de la bande de Gaza a, en effet, toujours été présenté comme faisant partie intégrante de "la feuille de route" et non pas comme un moyen définitif pour la tuer. C’est d’ailleurs ce que pense Saeb Erekat, ministre palestinien chargé des négociations. "Il est évident que ce plan a été élaboré pour saboter "la feuille de route"", a-t-il fait remarquer.

Shimon Peres

Quant à l’offensive lancée sur le nord de la bande de Gaza, il est clair qu’il s’agit, pour M. Sharon, de donner des gages à l’opinion publique israélienne et au Likoud. Cette opération a entraîné, jeudi 7 octobre au matin, la mort de 90 Palestiniens et des dizaines de blessés graves. Au moins la moitié de la population de la zone (dont le nombre est supérieur à 260000 personnes) est directement touchée par les incursions et les accrochages qu’elle provoque avec des activistes palestiniens. Décidée, après la mort de deux enfants dans la ville israélienne de Sderot, victimes d’un tir de roquette, alors que des blindés israéliens opéraient déjà en territoires palestiniens, cette offensive a produit jusqu’à présent des résultats contrastés. L’armée israélienne a mis en avant "des résultats", à savoir l’élimination de nombreux activistes ainsi que "la baisse" des tirs de roquettes, qui n’ont cependant pas cessé.

Gilles PARIS

L’armée israélienne tire sur Beit Hanoun, le 6 octobre 2004

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