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Le Monde, 24 janvier 2004

Le responsable de la mission américaine chargée de découvrir un éventuel arsenal d’armes de destruction massive (ADM) en Irak a démissionné vendredi 23 janvier 2004 en affirmant qu’il ne pensait pas que le régime de Bagdad détenait des stocks d’armes interdites.


Pour l’administration Bush et le premier ministre britannique, Tony Blair, la sortie de David Kay constitue un revers. Lors de son récent discours sur l’état de l’Union, le président américain s’était appuyé sur un rapport de David Kay pour tenter de justifier de nouveau les opérations militaires en Irak. Pour Tony Blair, cette démission intervient quelques jours avant la publication du rapport d’enquête du juge Lord Hutton sur les circonstances du suicide du scientifique britannique David Kelly, une affaire directement liée celle-là au dossier irakien.


"Je ne pense pas qu’elles existaient", a déclaré, vendredi 23 janvier, David Kay, responsable du Groupe de surveillance de l’Irak (IGS) chargé de l’éventuelle présence d’armes de destruction massive en Irak, lors de sa démission.

Ces propos ont sonné comme un défi lancé à l’administration du président George W. Bush, lancé dans la campagne présidentielle américaine.

La présence présumée d’ADM en Irak avait été présentée en effet par Washington et Londres comme la principale raison de la guerre contre le régime de Saddam Hussein au printemps 2003. Jusqu’ici, aucune preuve de l’existence d’un tel arsenal n’a été découverte sur le terrain par les équipes de l’IGS.

"Ce dont tout le monde parlait, c’est des stocks produits après la fin de la guerre du Golfe (1991) et je ne pense pas qu’il y ait eu un programme de production de grande ampleur dans les années 1990", a ajouté David Kay. "Je pense que nous avons probablement découvert 85% de ce que nous recherchons et je pense que nous avons la preuve manifeste que (les Irakiens) n’ont pas relancé de production de grand ampleur, et c’est ce dont nous parlons vraiment", a-t-il poursuivi.

Tony Blair éclaboussé ?

La Maison blanche n’a pas réagi immédiatement aux déclarations de David Kay. Mais à Londres, les services de Tony Blair ont aussitôt diffusé un communiqué balayant d’un revers les propos de l’inspecteur démissionnaire. "Il est important que nous soyions patients et que nous laissions le Groupe de surveillance de l’Irak (ISG) faire son travail. Il reste du travail à accomplir et nous en attendons les conclusions. Mais notre position est inchangée", a déclaré un porte-parole de Tony Blair.

Deux rendez-vous cruciaux attendent dans les prochains jours le chef du gouvernement britannique, dont l’engagement dans la guerre contre l’Irak a été sérieusement contesté par son opinion publique. Mardi, il lui faudra affronter une possible mutinerie d’élus travaillistes aux Communes contre son projet d’augmentation des droits d’inscription à l’université. Puis, le lendemain, le rapport d’enquête du juge Lord Hutton sur les circonstances du suicide du scientifique britannique David Kelly, une affaire directement liée celle-là au dossier irakien, sera rendu public.

"Changement de priorités"

Pour l’administration Bush, la sortie de David Kay constitue aussi un revers, puisque dans son récent discours sur l’état de l’Union, le président des Etats-Unis s’est appuyé sur un rapport du chef démissionnaire de l’ISG pour tenter de justifier de nouveau les opérations militaires en Irak.

"Kay est un homme très prudent, qui choisit ses mots avec beaucoup de soin. Il essaie de tirer les choses au clair et d’être consciencieux", a analysé Joseph Cirincione, du Carnegie Endowmen for International Peace. La CIA avait annoncé un peu plus tôt dans la journée la démission de David Kay et son remplacement à la tête de l’ISG par Charles Duelfer, un ancien inspecteur en armement des Nations unies.

Interrogé sur les raisons de son départ, David Kay a avancé un "ensemble complexe d’éléments". Mais, a-t-il précisé, sa démission est "en partie liée à une réduction des ressources (de l’ISG) et à un changement des priorités". "Lorsque j’ai commencé (cette mission), j’avais posé comme condition que l’ISG se concentre exclusivement sur les armes de destruction massive. Ce n’est plus le cas", a-t-il dit, ajoutant que ses équipes d’analystes étaient de plus en plus mises à contribution dans la lutte contre la guérilla irakienne.

Dans le communiqué annonçant le départ de David Kay, le directeur de la CIA, George Tenet, rend hommage au "rôle extraordinaire" rempli par l’ex-chef inspecteur "dans des circonstances dangereuses et difficiles".

Son successeur, Charles Duelfer, est ancien vice-président de la Commission spéciale des Nations unies qui était chargée du démantèlement des armes de destruction massive en Irak. "M. Kay et son équipe ont cherché très attentivement. Je pense que s’ils n’ont pas trouvé (ces armes), c’est qu’elles ne sont probablement pas", indiquait-il récemment sur NBC. Dans une déclaration diffusée en même temps que le communiqué de la CIA, il se dit toutefois "absolument engagé à rechercher ces preuves où qu’elles soient".

Avec Reuters

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