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Le Monde, 19 octobre 2004

France : L’écrivain Jean-Christophe Rufin classe l’"antisionisme radical" dans l’antisémitisme

par Sylvia ZAPPI


Dans un rapport au ministre de l’intérieur, l’ancien vice-président de Médecins sans frontières juge que "légitimer la lutte armée des Palestiniens " facilite le passage à l’acte antisémite.


L’écrivain et ancien vice-président de Médecins sans frontières, Jean-Christophe Rufin, devait rendre public, mardi 19 octobre, son rapport sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, l’un des "chantiers", ouverts, le 9 juillet 2004, lors d’un comité interministériel, par le ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin. L’écrivain reconnaît qu’il "en savait peu" sur un domaine "où les passions sont vives et les blessures profondes". "Français "de souche" n’appartenant à aucune "communauté sensible"", M. Rufin s’est pourtant risqué sur ce terrain sensible, et son rapport pourrait soulever de vives protestations.

Après quelques recommandations sur la nécessité d’installer une surveillance vidéo dans les cimetières, d’harmoniser les statistiques ou de sortir de la loi sur la presse, trop protectrice, les dispositions concernant le racisme ou antisémitisme, l’écrivain plaide pour un "traitement séparé" du racisme et de l’antisémitisme. Pour "agir sur le fond" contre la violence antisémite, l’auteur distingue trois niveaux de responsabilités : l’antisémitisme "comme pulsion", comme "stratégie" et "par procuration".

L’antisémitisme "comme pulsion" est celui des auteurs de violences, les "catalogués à l’extrême droite", les jeunes "issus de l’immigration" et les "non spécifiques", unis par les mêmes "déracinement, perte de repères, échec social et confusion identitaire". Il note que, "sur les jeunes interpellés issus des quartiers sensibles, seul un nombre relativement faible est d’origine maghrébine. Beaucoup d’autres sont originaires de pays sans lien avec la question israélo-arabe, ce qui rend déjà moins "naturelle" leur identification éventuelle à la cause palestinienne". Ce "nouvel antisémitisme" concernerait les populations précarisées. M. Rufin range dans ce phénomène la "banalisation de l’antisémitisme dans les établissements scolaires" qui manifeste, par exemple, dans "l’emploi décalé et banalisé du mot "feuj" un négationnisme feutré, voire déclaré". L’auteur fait un lien entre opinions propalestiniennes et antisémitisme : des jeunes peuvent "s’identifier à la lutte palestinienne, voire se convertir à l’islam et prendre part à des agressions antisémites".

"Apparence antiraciste"

Quant à "l’antisémitisme comme stratégie", il est attribué "aux manipulateurs" : l’extrême droite et les groupes terroristes. M. Rufin s’interdit de mettre sur le même plan "des insultes ou des agressions mineures et les attentats suicides de grande envergure qui se multiplient sous l’impulsion de mouvements islamistes radicaux", mais note "qu’il est possible de passer de l’un à l’autre".

Reste l’essentiel, "l’antisémitisme par procuration", celui "des facilitateurs, qui par leurs opinions -ou leur silence- légitiment les passages à l’acte". Parmi ces formes, "subtiles", d’antisémitisme, l’écrivain en distingue une, "l’antisionisme radical". "Cet antisémitisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte."

"En légitimant la lutte armée des Palestiniens quelle qu’en soit la forme", l’antisionisme radical, "amalgamé à des thématiques auxquelles les jeunes sont sensibles" (écologie ou pauvreté dans le tiers-monde), tend à "légitimer les actions commises en France même". "Lorsque des militants de la Confédération paysanne passent de l’action violente, ici, à des opérations de soutien à la direction du Fatah, là-bas, insiste M. Rufin, le mécanisme d’identification à la cause palestinienne des jeunes en déshérence tourne à plein." L’auteur estime démonter "l’une des mécaniques les plus redoutables" d’un antisionisme "en apparence politique et antiraciste".

Contacté, M. Rufin assume : "C’est une forme d’avertissement pour dire attention à ce qu’on dit et ce qu’on fait quand on attaque un pays comme Israël." Pour le ministère de l’intérieur, il s’agit d’une "analyse très personnelle, mais utile".

Sylvia ZAPPI

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