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GHI, 20 octobre 2004

Informations internationales : Faut-il Brûler l’ONU ?

par Mohammad FARROICH


Jean-Loup Izambert n’étouffe pas de respect pour Kofi Annan ,et l’ONU ne sort pas grandie d’un livre dont la rédaction a amené son auteur plusieurs fois à Genève.

Ancien rédacteur au quotidien économique français « Les Echos », collaborateur de plusieurs magazines, en France et dans toute l’Europe, ce journaliste d’investigation a une demi-douzaine de livres à son actif, et il lui a fallu une longue expérience pour mener à bien une enquête exceptionnellement difficile.


Car on n’entre pas dans le siège européen des Nations Unies, à Genève, comme dans un moulin, même si on est journaliste. Il faut se justifier, décrire par avance le sujet de l’article ou du reportage considéré. Pour couper court aux explications et à la censure, il lui a fallu, dans un cas au moins, entrer dans la place dissimulé sous une couverture, recroquevillé sur la banquette arrière d’une voiture.

Comment l’auteur du « Crédit Agricole hors la loi », entre autres ouvrages qui ont défrayé la chronique depuis 1998, s’est-il retrouvé là ? Spécialiste des scandales bancaires, le journaliste français ne s’est pas toujours montré très complaisant à l’égard de la place financière genevoise. Mais, pour une fois, il n’est pas question de banques.

Employés traumatisés

Initialement venu à Genève pour enquêter sur les raisons de la paralysie de l’ONU avant l’invasion de l’Irak, Jean-Loup Izambert s’est retrouvé confronté à une réalité qu’il n’attendait pas. Il a découvert des internationaux terrorisés, partagés entre la crainte de parler à un journaliste et le désir de dire ce qu’ils ont sur le cœur, lui fixant des rendez-vous à l’extérieur et hors de vue du Palais des Nations. Il a entendu des témoignages bouleversants qui sont reproduits dans son livre, des histoires de vies brisées. Par exemple, celle de Chahrzad l’Iranienne qui, après avoir passé le plus clair de son temps à travailler dans un sous-sol rempli de matériel informatique, jusqu’à y dormir, a été jetée dehors. Car l’ONU c’est, pour beaucoup, sinon la plupart de ses employés, que l’on croit privilégiés -le plus souvent à tort-, l’expérience de la précarité.

A la lecture de « Faut-il brûler l’ONU ? », il apparaît que l’organisation, dans son fonctionnement de tous les jours, bafoue grossièrement les droits qu’elle est censée promouvoir. L’impact principal du livre est là, dans la révélation du décalage parfois grotesque entre les discours grandiloquents sur les « idéaux des Nations Unies » et la réalité sordide des magouilles de bureau et de cas de mobbing particulièrement odieux. Et la question se pose de savoir si une organisation mal gérée et qui viole ses propres idéaux est encore capable de remplir sa mission. Inutile de s’attarder ici sur une réponse que l’on devine...

Qu’il suffise de dire que l’ouvrage fait état de dysfonctionnements impressionnants et que Jean-Loup Izambert préconise un audit qui ferait apparaître l’ampleur des gaspillages, des programmes qui n’arrivent jamais à leur terme, des fonds détournés de leur emploi légitime.

L’auteur fait aussi le point sur les tentatives de ramener l’ONU, en tant qu’employeur, dans le champ du droit du travail et des droits de l’homme tout court. Car c’est bien là le problème : les employés de l’ONU, tout comme ceux des autres organisations rattachées au « système des Nations Unies », ne dépendent pas des lois du pays d’accueil, en l’occurrence la Suisse, mais uniquement de règlements internes. Les décisions prises, dans ce contexte, sont susceptibles d’être attaquées seulement devant un tribunal administratif des Nations Unies, où l’organisation est évidemment juge et partie.

Le journaliste français a rencontré les quelques personnalités qui, à Genève, tentent de lutter contre cet état de fait, notamment Salika Wenger. Même si leur combat est difficile et leurs moyens limités, « Faut-il brûler l’ONU ? » peut être un premier pas vers une prise de conscience qui pourrait permettre que les choses changent. Jean-Loup Izambert paraît en tout cas avoir une réelle confiance dans les institutions suisses, et il souligne d’ailleurs que la Suisse est le seul pays à avoir soumis l’adhésion à l’ONU à référendum. Heureusement pour les partisans d’une Suisse ouverte que le vote ait eu lieu avant la parution du livre qui, surtout s’il avait été traduit en allemand, aurait pu décourager plus d’un citoyen.

Mohammad FARROICH

« Faut-il brûler l’ONU ? », Jean-Louis Izambert, éditions du Rocher, Monaco, 2004, 359 pages

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