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Le Matin Online, 24 octobre 2004

Irak : Les troupes d’occupation ne croient pas aux mensonges des politiciens

par Didier DANA


BAGDAD Les membres désenchantés d’une patrouille américaine se livrent face à la caméra. « Les types sont capables de faire n’importe quoi pour rentrer au pays. Les femmes de tomber enceintes, et les hommes de se blesser. » La phrase est prononcée par un soldat américain basé en Irak. Un témoignage recueilli à Bagdad, en juillet 2004, par le journaliste Laurent Richard et le cameraman Alexandre Jolly, pour France 3.


Le postulat de départ de ce reportage intitulé « GI en Irak : Paroles interdites » est une enquête diligentée par le Pentagone, selon laquelle deux soldats américains sur trois basés en Irak n’ont pas le moral. « Pour obtenir des paroles libres, nous les avons interrogés hors de la présence de l’officier de presse. »

Le reportage n’en rajoute pas. Face à la caméra, les GI avouent leur désarroi, incapables de comprendre ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Le documentaire saisit sur le vif le quotidien d’une patrouille surarmée et donne à voir le versant humain de la guerre. Celui des peurs, des blessures et des traumatismes, de la désillusion et de la lassitude. La plupart d’entre eux constatent que Bush leur a menti et risquent la Cour martiale pour leur propos. « Le métier de Bush et de son cabinet, c’est juste de foutre la trouille aux Américains, avec leur prétendue guerre contre le terrorisme. Je n’ai pas vu un seul terroriste », dit l’un d’eux.

A Bagdad, une scène a été volée. « J’ai filmé à l’insu d’un soldat avec une minicaméra DV », explique Laurent Richard. Au volant de sa jeep, le jeune appelé fait crisser la lame de son couteau contre la vitre. Il menace des gamins irakiens de « couper leur putain de tête ». La violence sourd. L’ambiance pesante rappelle les films. « Les soldats sont déracinés et, face à un ennemi invisible, dans une situation de guérilla, commente Laurent Richard. Trois jours après notre départ, la patrouille a sauté sur une mine, il n’y a pas eu de morts, mais la menace est permanente. »

Depuis le début de la guerre, plus de 1000 boys sont morts, 7000 amputés et 25000 blessés. La plupart des GI développent des syndromes constatés chez les vétérans du Vietnam. Tremblements, cauchemars, traumatismes, tentatives de suicide et maladies mentales. « Environ 18 % des soldats sont touchés, certains disent même 27 %, soit plus qu’au Vietnam », commente un expert.

Les reporters français se sont ensuite rendus aux Etats-Unis, à l’Hôpital Walter Reed, où ils ont interrogé des soldats mutilés, déjouant une fois de plus l’interdiction de filmer.

Didier DANA

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