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AFP, 25 octobre 2004

L’Iran se dit prêt à envisager une suspension des activités liées à l’enrichissement d’uranium

Suivi d’un commentaire


Débarquement d’un élément destiné aux installations de Bouchehr, le 22 août 2004

TEHERAN (AFP) - Le dirigeant iranien en charge du dossier nucléaire, Hassan Rohani, a déclaré, lundi 25 octobre 2004, que l’Iran était prêt à envisager une suspension illimitée des activités liées à l’enrichissement d’uranium, comme l’ont réclamé la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Iran


"Le plan des Européens pour la suspension illimitée de l’enrichissement de l’uranium, s’il n’est pas en contradiction avec les critères de la République islamique, peut être appliqué", a déclaré M. Rohani, cité par la télévision d’Etat. Il s’agit d’un changement majeur dans la position de l’Iran deux jours avant la reprise des négociations avec trois pays européens, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Vue de la centrale nucléaire de Bouchehr

Dans la proposition européenne, le terme "illimité" ne signifie pas permanent. Les Européens parlent d’une (suspension) illimitée pendant les négociations, car il est prévu que des négociations à long terme commencent avec les Européens", a déclaré M. Rohani, cité par l’agence officielle Irna. "Ils disent par exemple que si les négociations durent sept mois, l’Iran doit respecter la suspension (...). Nous avons toujours dit que, si la République islamique acceptait la suspension, à quelque niveau que ce soit, ce serait une décision volontaire", a-t-il ajouté.

Vue des installations nucléaires de Bouchehr

Jeudi 21 octobre 2004, à Vienne, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont demandé à Téhéran de suspendre totalement ses activités d’enrichissement d’uranium, pour éviter que le dossier du nucléaire iranien soit envoyé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, comme le réclament les Etats-Unis. Selon un document confirmé de sources diplomatiques, Paris, Berlin et Londres ont proposé de fournir à Téhéran de la technologie nucléaire civile, y compris éventuellement un réacteur de recherche à eau légère, une fois que l’Iran aura prouvé qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique. Au préalable, les trois pays demandent que Téhéran suspende sine die toutes ses activités d’enrichissement, notamment l’usine de conversion d’uranium d’Ispahan et renonce à la construction d’un réacteur à eau lourde à Arak capable de produire du plutonium. Dimanche 24 octobre 2004, un responsable de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) avait affirmé que l’usine d’Ispahan était "opérationnelle à 70 %".

Les installations nucléaires d’Arak, vues par satellite

Hassan Rohani a indiqué que Téhéran allait poursuivre sa coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, non pas "pour plaire aux Européens mais pour prouver que les Etats-Unis mentent lorsqu’ils disent que l’Iran cherche à fabriquer l’arme atomique", selon l’agence officielle Irna. "Nous allons faire tout le nécessaire pour établir la confiance car nous voulons la synergie avec le monde dans les domaines politique, économique, social et culturel et nous ne voulons pas inquiéter le monde inutilement", a-t-il affirmé. "Mais les Européens doivent accepter que nos lignes rouges et nos droits nationaux ne soient pas violés", a-t-il dit. "L’Europe doit reconnaître que la République islamique a des droits, conformément aux conventions internationales, notamment le Traité de non prolifération (TNP)", a-t-il dit en référence à la maîtrise de la technologie de l’enrichissement de l’uranium. Selon lui, la proposition européenne reconnaît "les droits de l’Iran dans le cadre du TNP, notamment le droit à posséder des centrales nucléaires".

Hassan Rowhani

"Les propositions européennes ne correspondent pas à ce que nous voulions mais nous sommes déterminés à poursuivre les discussions pour arriver à un accord et nous pensons que cela est possible à travers des négociations", a pour sa part déclaré le porte-parole du gouvernement, Abdollah Ramezanzadeh.

Abdollah Ramezanzadeh

Le vice-président du parlement, Mohammad Reza Bahonnar, a, quant à lui, affirmé que l’Iran était prêt à poursuivre les négociations avec les Européens, mais "n’acceptera jamais" de renoncer au cycle du combustible nucléaire.

Agence France Presse

Les installations nucléaires d’Arak, vues par satellite

Commentaire

Dans ce psychodrame autour du nucléaire iranien, on est frappé par la flagrante malhonnêteté intellectuelle des gouvernements américain et européens. On ne peut pas objectivement justifier leur attitude à l’égard de l’Iran. Elle est manifestement arbitraire.

Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne possèdent, tous trois, l’arme atomique, et ils n’ont pas la moindre intention d’y renoncer. Or, a priori, les autres peuples peuvent légitimement s’estimer menacés par ces armements. Après tout, qui nous dit qu’en France, par exemple, des extrémistes de droite ne finiront pas par arriver au pouvoir et obtenir le contrôle de la force de frappe ? Potentiellement, le risque existe. Le gouvernement français nous demande d’accepter ce risque, alors même qu’il prétend qu’un risque similaire, provenant de l’Iran, serait intolérable.

Cet arbitraire ressort d’autant plus quand on compare l’attitude hostile, pour ne pas dire menaçante, de ces pays à l’égard de l’Iran, et leur extrême complaisance à l’égard d’Israël, dont nul n’ignore la possession d’armes nucléaires. Car, on l’aura compris, il n’est absolument pas question de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU du dossier nucléaire israélien, et moins question encore d’imposer de quelconques sanctions à Israël.

Les installations nucléaires de Natanz, vues par satellite

Ni les Etats-Unis, ni la France, ni la Grande-Bretagne ne peuvent légitimement exiger de l’Iran des mesures auxquelles ils refuseraient eux-mêmes de se soumettre. Or, si l’Iran formulait, à l’égard de ces mêmes pays, exactement les mêmes exigences que ces pays formulent à l’encontre de l’Iran, elles n’auraient absolument aucune chance d’être acceptées.

Il est évident qu’en persistant dans cette attitude arbitraire et partiale, les Etats-Unis et l’Union européenne ne peuvent que se discréditer aux yeux des peuples d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Il est difficile de percevoir, dans cet arbitraire et cette partialité, autre chose qu’un complexe colonialiste ; les uns tenant pour évident que les autres n’ont que les droits qu’on veut bien leur concéder. Il n’est pas possible d’entretenir des relations internationales saines dans un tel esprit.

Frank BRUNNER

Les installations nucléaires de Natanz, vues par satellite

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