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Le Monde, 5 novembre 2004

Côte d’Ivoire : Les accords de paix sont "caducs"


Les raids de l’armée régulière ivoirienne contre les positions des ex-rebelles dans leurs fiefs de Bouaké et Korhogo, jeudi 4 novembre 2004, font craindre le risque d’une dégradation de la situation dans la région, provoquant la réprobation de la France et de l’ONU, alors que le processus de règlement politique est grippé depuis plusieurs mois.


Les bombardements, à quatre reprises, des positions des ex-rebelles dans leurs fiefs de Bouaké, au centre du pays et Korhogo au nord, par les forces armées ivoiriennes, jeudi 4 novembre 2004, ont fait trois morts et des dizaines de blessés, faisant remonter la tension alors que le processus de règlement politique est grippé depuis plusieurs mois.

L’organisation Médecin sans frontières (MSF), en charge de l’hôpital de Bouaké, indiquait avoir soigné 39 personnes en "urgence", dont 14 civils, tous atteints par des balles de mitrailleuse. Selon une source militaire ivoirienne, les "bombardements de Korhogo vont se poursuivre toute la nuit".

"Acte de guerre"

Réunis, jeudi 4 novembre 2004, à Lomé, pour des discussions avec le président togolais, Gnassingbé Eyadéma, qu’ils ont quitté avant l’arrivée de l’émissaire de Laurent Gbagbo, les dirigeants des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion), ont dénoncé cette attaque qualifiée d’"acte de guerre" et de "violation unilatérale du cessez-le-feu signé le 17 octobre 2002 par le clan présidentiel".

Le secrétaire général des FN, Guillaume Soro, s’est déclaré "stupéfait" par ces bombardements et a estimé que cette situation "rend caducs les accords de paix". Il a également évoqué "l’irresponsabilité qui a mené le régime à lancer le raid sur Bouaké, au moment où nous étions en train de chercher les voies et moyens de sortir de la crise". M. Soro a indiqué qu’il envisageait un éventuel retrait des FN du gouvernement où lui-même détient le portefeuille de la communication. "Nous n’avons pas encore pris de mesure, mais à notre avis c’est une évidence. Nous ne pouvons pas être au gouvernement quand le régime lance une offensive sur nos positions", a-t-il dit.

Les FN contrôlent le nord du pays depuis l’échec, le 19 septembre 2002, du coup d’Etat contre le régime du président Laurent Gbagbo. Pour leur part, les autorités politiques d’Abidjan n’ont pas commenté ces actions.

Paris, qui dispose d’un contingent de 4000 hommes en Côte d’Ivoire, et l’ONU, qui a déployé 6000 casques bleus, ont "condamné" ces raids. "Nous condamnons ces faits. La seule solution est une solution politique", a déclaré le ministre de la défense français, Michèle Alliot-Marie.

Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a qualifié les bombardements de "violation majeure du cessez-le-feu". Il a appelé "fermement à la reprise immédiate du dialogue en vue de poursuivre la mise en œuvre des accords (de paix) de Marcoussis et Accra 3, qui restent la seule feuille de route viable pour la résolution de la crise". Le Conseil de sécurité des Nations Unies a exigé, jeudi 4 novembre 2004 au soir, que le "cessez-le-feu" soit "pleinement respecté" et exprimé sa "profonde préoccupation".

A Abidjan, des milliers de "Jeunes Patriotes", un mouvement proche du président Laurent Gbagbo, se sont regroupés devant l’état-major des forces armées nationales ivoiriennes (Fanci) pour "galvaniser l’armée" et lui apporter leur "soutien".

En réponse, le chef d’état-major des Fanci, le général Mathias Doué, a affirmé que la "Côte d’Ivoire sera demain une et indivisible".

Blocage politique

Les FN ont refusé d’entamer, mi-octobre 2004, le processus de désarmement, accusant le camp présidentiel de bloquer l’adoption des réformes politiques prévues par les accords de paix. Les proches du pouvoir rétorquent que les réformes ne peuvent être finalisées tant que le pays est divisé.

Signe de ce blocage, le conseil des ministres s’est réuni, mercredi 3 novembre et jeudi 4 novembre, en l’absence du premier ministre du gouvernement de "réconciliation nationale", Seydou Diarra, et des ministres issus de l’opposition politique et armée. Le conseil de mercredi 3 novembre 2004, présidé par M. Gbagbo en présence du tiers des 41 ministres du gouvernement, a adopté deux projets de loi sur une "disposition spéciale en matière de naturalisation" et le "code de nationalité", deux textes importants issus des accords de Marcoussis, signés en janvier 2003 en France.

La diffusion de Radio France Internationale (RFI), de la BBC et d’Africa N° 1 sur la FM à Abidjan, a été interrompue, jeudi 4 novembre 2004, après un sabotage, selon une bonne source. Trois journaux proches de l’opposition ont été attaqués à Abidjan par des Jeunes Patriotes, qui ont mis le feu à deux d’entre eux.

Avec AFP

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